Bahar Kimyongür est libre: "Je pense que c'est un peu trop cher payé"

Bahar Kimyongür est libre
Bahar Kimyongür est libre - © OLIVIER VIN

Le Belge d'origine turque et militant d'extrême gauche était en résidence surveillée en Italie depuis quatre mois, accusé de terrorisme par la Turquie qui réclamait son extradition depuis 14 ans. Sur nos ondes, Bahar Kimyongür s'est dit soulagé après sa libération, mais aussi fâché.

"Cette décision est arrivée trop tard", a-t-il déclaré en estimant que "111 jours pour une action démocratique pacifique non-violente, c'est un peu trop cher payé".

Bahar Kimyongür a déjà été arrêté aux Pays-Bas, en Espagne et récemment en Italie. Ankara demande son extradition depuis 14 ans, lui reprochant d'avoir chahuté un ministre turc en visite à Bruxelles et d'avoir dénoncé les violations des droits de l'homme en Turquie. A chaque fois, il a été libéré sans être extradé.

"Le régime de Recep Tayyip Erdogan est oppresseur, policier et tyrannique"

"Je pense qu'après toutes ces années d'acharnement et de persécutions, je peux dire 'basta' à tout ça", a-t-il dit en ajoutant que "cet acharnement montre un peu la nature de l'Etat turc, extrêmement vindicatif, violent et répressif".

Il a clairement dénoncé "le régime oppresseur, policier et tyrannique de Recep Tayyip Erdogan" en assurant que "des dizaines de milliers de militants en Turquie partagent mes opinions". "Je dirais que cette pratique de criminaliser l'opinion politique dissidente n'est pas une exception mais un vieux réflexe autoritaire du régime d'Ankara", a-t-il conclu.

"Les autorités belges n'ont pas fait ce qu'il fallait", selon la Ligue des Droits de l'Homme

Pour le président de la Ligue des Droits de l'Homme, la libération de Bahar Kimyongür est une bonne nouvelle mais bien trop tardive. Alexis Deswaf épingle trois responsables, dont "l'Etat turc": "Le gouvernement d'Erdogan a utilisé un mandat d'arrêt international complètement bidon pour faire emprisonner un opposant qui est trop critique à son égard, alors que des juges européens ont dit qu'il n'avait fait qu'utiliser sa liberté d'expression", explique-t-il.

Il pointe aussi "le système d'Interpol qui, alors qu'un juge - le juge hollandais - s'est prononcé, devrait désactiver plus rapidement un mandat d'arrêt international plutôt que de l'exécuter aveuglément".

Enfin, Alexis Deswaf épingle "l'absence de réaction pertinente des autorités belges" - responsabilité qui lui semble "la plus grande dans ce dossier": "le gouvernement belge n'a pas fait ce qu'il fallait de manière suffisamment forte, dit-il, pour protéger un national".

Pour lui, "le ministère de la Justice et de l'Intérieur n'ont pas été à la hauteur des obligations qui pèsent sur eux".

R.G., propos recueillis par Simon Bourgeois

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