Avions F-16: Une succession à gros budget et gros enjeux

Avions F-16: Une succession à gros budget et gros enjeux
Avions F-16: Une succession à gros budget et gros enjeux - © Renaud Hoyois

On dit d'eux qu'ils étaient le contrat du siècle. Les F-16, les avions de chasse achetés au milieu des années 70 étaient un énorme investissement  pour la Défense belge. Mais cet achat  a, aussi, permis de propulser le secteur de l’aéronautique dans le pays.  Une industrie qui s'est perfectionnée au cours de ces dernières décennies et qui est devenue incontournable sur le plan international aujourd'hui. La Sonaca, à Gosselies, en est un exemple très concret. " Le développement des F-16 dans les années 70 a eu un impact énorme dans l’aéronautique en Belgique et en Walllonie. Nous avons créé une compétence à l’époque, ça a créé des emplois. Et sur base de cette compétence F-16, on a développé la compétence Airbus. Ca a vraiment été la naissance d’une industrie ", analyse Bernard Delvaux, l’administrateur délégué de la Sonaca

Une compétence à la clé

Dans les ateliers de Gosselies, pas moins de 200 F-16 ont été assemblés dans les années 70 et 80. D'autres entreprises wallonnes ont également produit des pièces de rechanges ou travailler sur l'élaboration de systèmes et de logiciels. Mais ça c'était avant, car aujourd'hui, les F-16 sont vieillissants. Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral a entamé une procédure de marché public pour acheter de nouveaux avions de chasses.

Cinq candidats en lice

La concurrence est féroce, car le marché est colossal... 15 milliards d'euros sont en jeu pour les 40 années à venir.

Les autorités belges ont rencontré cinq agences étatiques, cinq constructeurs d’avions pour s’informer. Les Américains proposent le F-35 et le F-18 et la firme française Dassault a présenté le Rafale. L'Eurofighter du consortium européen et le suédois Gripen ont aussi été retenu. A noter que l’avion suédois ne permet pas le port de la bombe nucléaire, une caractéristique qui pourrait l’exclure de la course. " Il faudra être attentif au moment où le cahier des charges sera rédigé et rendu publique. De voir si dans ce cahier des charges est présent la nécessité pour les remplaçants des F-16 de porter la bombe atomique. Si ce point n’est pas présent, il faudra s’assurer que ce n’est pas une clause cachée au sinon, ce nouveau contrat du siècle serait faussé et ça serait gravissime. ", explique Benoit Hellings, député fédéral (Ecolo).

Le F-35, grand favori

Mais ce qui inquiète les observateurs du dossier, c'est ce que  ce cahier des charges ne soit rédigé sur mesure pour un avion en particulier : le F-35. C'était le favori de Pieter de Crem, l'ancien ministre de la défense,  le favori aussi des militaires. C'est selon eux, le digne successeur des F-16 car les investissements américains sont gigantesques.

" Les Etats-Unis ont mis un investissement majeur pour obtenir un avion polyvalent qui leur permettent de traverser le siècle avec de la haute technologie. C’est pour cette raison que cet avion a les faveurs de notre armée par rapport à un autre constructeur comme les Français qui ont des budgets moindres et qui plus de difficultés à aboutir à un projet d’ensemble cohérent ", argumente Luc Gennart, ancien pilote de F-16 passé au MR.

Une dépense, mais derrière des investissements

Sans parler du lobby autour du F-35, un jeu d'influence qui s'est mis en marche. Un lobby économique, mais aussi diplomatique. Denise Bauer, l'ambassadeur américain en Belgique, n'hésite pas dès qu'elle le peut à vanter les mérites de cet appareil.  Mais du côté du gouvernement fédéral, on répète : les 5 constructeurs sont toujours en lice. Le secteur aéronautique est, lui, attentif.  Il suit de près les tractations et est régulièrement approché en coulisse. Les industriels veulent surtout s’assurer que des retombées économiques seront bien négociées lors de la signature des contrats.

" C’est difficile d’imaginer que la Belgique dépense autant d’argent sans exiger d’une façon ou d’une autre que les fournisseurs quels qu’ils soient, nous n’avons pas de préférences, fassent en sorte de créer de l’emploi en Belgique. Ce qui est important c’est qu’il y ait de la compétition entre les fournisseurs. Car si la concurrence est forte, ils seront tentés de se tourner vers l’industrie avec des packages. Mais si un fournisseur se sent fort, il ne va pas venir vers nous avec des propositions concrètes. ", avance  Bernard Delvaux.

A l'automne, le gouvernement fédéral devrait publier son cahier des charges dans le cadre d'un marché public. La commande des nouveaux avions de chasse devra être signée en 2018  pour remplacer dès 2023 les F-16 de la Défense.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK