Avec la note de Bart De Wever, la Flandre tourne plus que jamais le dos à la Belgique

Il suffit de se pencher sur la "note de départ" rédigée par Bart De Wever pour s’en rendre compte : ce texte est une ode à la Flandre et aux Flamands, et à personne d’autre. D’ailleurs, en l’espace de 7 pages, le mot "vlaams" revient 56 fois. "Vlaanderen", 46 fois. "Vlaming (en)" à 27 reprises. "België" a droit à 2 petites occurrences ; "federal", une seule.

Mais le caractère très flamand de la note ne s’arrête évidemment pas à cela. C’est surtout dans son contenu qu’elle martèle son attachement à la "nation flamande".

Dès le départ, le ton est donné. "Les Flamands ont toujours été capables de grandes choses", peut-on lire. "Nos maîtres flamands comme Van Eyck, Rubens et Bruegel sont connus dans le monde entier. La première bourse au monde se trouve en Flandre. La projection de Mercator (mathématicien et géographe flamand du XVIe siècle, ndlr) est une référence dans le domaine de la cartographie. L’industrie textile flamande est une référence depuis des siècles. Nous pouvons être fiers de ce passé."

Fiers du passé, et confiants en l’avenir. "La Flandre doit surprendre. La Flandre doit rayonner. La Flandre doit inspirer". Un avenir que Bart De Wever et ses acolytes envisagent plus que jamais déconnectés de la Belgique.

L’Europe, pas la Belgique

C’est en effet sur la carte de l’Europe, et non pas de la Belgique, que la Flandre s’inscrit chaque fois un peu plus. "Nous misons sur la diplomatie économique et nous continuons à élargir le réseau économique de Flanders Investment & Trade et le réseau diplomatique flamand", peut-on lire en page 4. "Nous poursuivons notre collaboration intensive avec nos voisins, tout particulièrement les Pays-Bas, la Rhénanie du Nord-Westphalie, le nord de la France et d’autres régions autonomes telles que la Catalogne, l’Ecosse et le Pays basque." La Wallonie n’est, elle, pas citée…

Dans cette note, Bart De Wever explique sa vision de l’Europe, en affirmant que la Flandre a tout intérêt à ce que l’Union soit forte et démocratique. Mais il prévient : "Les États d’Europe qui prennent leur indépendance de façon démocratique peuvent, lorsqu’ils le décident, rester pleinement membres de l’Union européenne."

Plus d’autonomie

Très logiquement, cette note envisage davantage d’autonomie pour la Flandre, alors que les négociations fédérales sont encore au point mort ou presque. La Justice est cette fois directement concernée. "La Justice devient une compétence flamande à part entière, avec une harmonisation de la législation flamande et une responsabilisation des communes."

Dans le même registre, une Flandre et des communes flamandes "fortes" permettront, selon cette note, de supprimer les provinces à l’horizon 2024. Les compétences des provinces seraient alors rapatriées vers les entités locales ou la région flamande.

Ces deux propositions s’inscrivent dans une démarche plus globale : la Flandre, écrit Bart de Wever, doit se considérer elle-même avant tout comme une nation. "La Flandre doit faire preuve d’audace et d’ambition en tant que nation. Si nous voulons voler de nos propres ailes flamandes (sic) en toute liberté, nous ne pouvons plus nous laisser freiner par des obstacles institutionnels, nous devons volontairement prendre notre autonomie flamande et préparer la voie à un changement de paradigme institutionnel."

La Flandre elle-même ne sera pas épargnée par les réformes : le Parlement flamand doit aussi être réformé. Quant au lien avec Bruxelles, il doit être "maintenu et renforcé", en continuant d’investir dans les domaines où la Flandre dispose de compétences dans la capitale.

Un "nous" flamand

Ce sera aussi l’un des objectifs du prochain gouvernement flamand, s’il reste fidèle à cette note : définir un "nous" flamand, qui ne laisse personne de côté, du moins pas ceux qui font suffisamment d’efforts pour faire partie du modèle proposé par les nationalistes. Ainsi, les nouveaux venus devront-ils contribuer "activement" à la société et à l’identité flamande, en passant un test de citoyenneté et en signant une déclaration de participation "flamande" (bien évidemment). Les résultats des parcours d’intégration seront, eux, directement transmis à l’Office des étrangers. Plus généralement, il sera plus difficile pour un étranger de venir s’installer en Flandre sans être contrôlé sous toutes les coutures. Cela lui coûtera également plus cher.

Pour les autres, chaque Flamand est prié de "prendre ses responsabilités et de saisir toutes les chances que la Flandre lui offre" pour s’insérer dans la société.

L’école et la VRT doivent contribuer à l’effort

Selon cette note, la Flandre "ne pourra véritablement briller que si elle parvient à briller culturellement". Il est dès lors question de créer un nouveau musée dédié à l’histoire de la Flandre, mais aussi de renforcer les productions audiovisuelles et créatives flamandes. La VRT (télévision et radio publiques flamandes, ndlr) devra quant à elle "renforcer l’identité flamande".

Bart De Wever milite aussi pour des "canons flamands", soit une liste de "points d’ancrage" de la culture et de l’histoire flamandes "qui caractérisent la Flandre en tant que nation européenne et que les élèves flamands et les nouveaux arrivants doivent connaître".

Bref, un programme hautement nationaliste, que le CD & V et l’Open VLD ont pourtant accepté comme base de travail. Les négociations ont débuté ce mardi matin, elles devraient aboutir dans deux à trois semaines si les partenaires parviennent à se mettre d’accord sur tous les détails du futur accord de gouvernement flamand.

 

 

(Cet article comporte 28 fois le mot "flamand" et 18 fois le mot "Flandre".)

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