Réorienter les demandeurs d'emploi en infirmiers ? "Maggie De Block sort des formules magiques", estime le secteur

L'idée de former des chômeurs repose sur le projet "Formation 600".
L'idée de former des chômeurs repose sur le projet "Formation 600". - © THIERRY ROGE - BELGA

C'est l'une des sorties médiatiques du jour qui n'est pas passée inaperçue. Maggie De Block, ministre des Affaires sociales, propose de réorienter des demandeurs d’emploi en infirmiers gratuitement, rapportent les titres Sudpresse. Selon elle, cela permettrait de répondre en même temps aux nombreux emplois menacés par la crise du coronavirus et à la pénurie de main d'œuvre dans le secteur des soins. Les acteurs du secteur s'étonnent d'une telle proposition.

5000 emplois d'infirmier à pourvoir 

Maggie De Block a sorti sa calculette. Il y a actuellement 5000 emplois d'infirmier à pourvoir. Dans le même temps, environ 180.000 emplois sont menacés, tous secteurs confondus, par la crise du coronavirus. Du coup, la Ministre des Affaires sociales a préparé une proposition pour répondre à ces deux problèmes : "Nous offrons la possibilité aux personnes qui ont perdu leur emploi pendant la crise du corona de se reconvertir gratuitement en infirmier. Ils reçoivent une compensation pendant qu’ils suivent cette formation de réorientation", explique-t-elle.


►►► Lire aussi : en colère, le personnel de l’hôpital Saint-Pierre accueille Sophie Wilmès le dos tourné

►►► Retrouvez tout notre dossier sur le coronavirus


Etendre le projet "Formation 600"

L'idée de Maggie De Block repose sur le projet "Formation 600". Actuellement, ce projet de formation en art infirmier offre aux travailleurs de la Commission paritaire des établissements et services de santé (commission paritaire 330) la possibilité de suivre le baccalauréat en soins infirmiers avec maintien de leur salaire barémique. Le travailleur peut donc s'absenter du travail durant l'année scolaire afin de suivre ses études et ses années d'étude sont prises en compte dans le calcul de son ancienneté. L'exemple est celui d'un collaborateur administratif qui travaille dans un hôpital et qui souhaite devenir infirmier. Aujourd'hui, Maggie De Block souhaite étendre cette possibilité à tous les demandeurs d'emploi. 

L'étonnement du secteur infirmier

"Maggie De Block sort des formules magiques" réagit Alda Dalla Valle, infirmière cheffe du service des urgences à Epicura Hornu et présidente de la FNIB (Fédération nationale des infirmières de Belgique). Cette représentante rappelle qu'il faut minimum 3 ans et demi, 4 ans de formation pour devenir infirmier. "On ne devient pas infirmier en un coup de baguette magique" dit en souriant Alda Dalla Valle, qui se demande quelle mouche a piqué la ministre De Block. 

La présidente de la FNIB salue toute personne qui souhaite se reconvertir et se lancer dans le métier d'infirmier. "Mais cette personne n'attend sûrement pas une impulsion de la ministre pour se lancer", précise Alda Dalla Valle. "Maggie De Block avait déjà fait la même proposition il y a quelques années quand les banques ont licencié du personnel. On se demande vraiment s'il y a une réflexion du côté de la ministre" ajoute la présidente de la FNIB. 

Avec quel budget? 

Au-delà de la formation nécessaire pour devenir infirmier, se pose également la question du budget qui pourrait être octroyé à l'extension du projet "Formation 600". Une formation qui rencontre beaucoup de succès. Il y a d'ailleurs actuellement trop de candidats. 200 d'entre eux n'ont pas pu être sélectionnés cette année par manque de budget. 

"Le débat n'est pas neuf", commente Yves Hellendorff, le secrétaire national de la CNE Non-marchand. "Des discussions sont en cours pour dégager jusqu'à 10% des 400 millions d'euros prévus dans le Fonds "Blouses blanches", et affecter ce montant à de la formation".

Le Fonds "Blouses blanches" fait actuellement l'objet de vives discussions. La CSC Services publics a d'ailleurs annoncé vendredi déposer un préavis de grève dans toutes les institutions de soins publiques (hôpitaux, maisons de repos...) de Fédération Wallonie-Bruxelles afin de dénoncer plusieurs décisions prises sous le couvert des pouvoirs spéciaux impactant le secteur de la santé. Le syndicat, qui met en avant le ras-le-bol du personnel soignant, fustige notamment la volonté du gouvernement d'utiliser les moyens du fonds des blouses blanches pour refinancer les hôpitaux, alors que les organisations syndicales avaient proposé de consacrer ces moyens aux besoins en personnel.

Alors, face à cette proposition d'étendre le projet "Formation 600" à tous les demandeurs d'emploi, Yves Hellendorff prévient: "Il y a une limite qu'on ne franchira pas: on ne va pas financer via le Fonds "Blouses blanches" les plans de restructuration des entreprises qui licencient. L'argent public ne sert pas à ça!

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK