Auvelais: la difficile résistance des commerçants du centre-ville

Rue de la liberté, principale rue commerçante d'Auvelais
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Rue de la liberté, principale rue commerçante d'Auvelais - © W. Fayoumi/RTBF

Auvelais est une section de la commune de Sambreville, qui est elle-même le fruit du regroupement de plusieurs entités lors de la fusion des communes. Avec Tamines, Auvelais en est la ville la plus importante. Mais, même si Tamines connait aussi une désaffection de son centre ville, la situation à Auvelais semble plus inquiétante, du moins aux yeux de plusieurs commerçants.

Située à la limite entre la province de Namur et celle du Hainaut, Auvelais fait partie de la circonscription électorale de Namur. Elle abrite la maison communale de l'entité de Sambreville.

Le découpage communal ici est une curiosité: Sambreville a été créée de toutes pièces, et Auvelais n'est pas une commune.

 

Mais la petite ville affiche malgré tout une identité propre, qui fait remonter ses origines jusqu'à l'époque romaine.

Bordée par la Sambre, son centre-ville a des airs de petit village.

La grand-place brille sous le soleil. Ce mercredi, c'est jour de marché. Une ambiance joyeuse anime les rues. Mais certains signes ne trompent pas...

Les pieds se prennent dans les pavés, les voitures crapahutent sur les nids de poule.

Marché, soleil, terrasses

Mais en cette journée de printemps, les passants du jour ne semblent pas trop affectés par la problématique. Pour Gina, venir ici est une habitude. Le marché, les terrasses, elle apprécie.

Marc est récemment devenu responsable des agences d'une banque hollandaise dans la région. Il vient de Wezembeek Oppem, et trouve l'endroit charmant. "Lorsque je viens dans le coin, je me sens un peu en vacances", dit-il, souriant. "Je suis garé avec ma voiture assez loin, car on m'a dit que les rues sont difficilement accessibles", ajoute-t-il cependant.

Si le centre est agréable, tous le monde en remarque les inconvénients. Ces derniers rendent la vie ici un peu plus compliquée:

Des subsides européens avaient permis un appel d'offre, et, entre autres, le remplacement des pavés des rues du centre, pour redynamiser le cœur de la ville. La rénovation des voiries, qui avait pris plusieurs années tombait à point en 2005.

Mais quelques années plus tard, les Auvelaisiens se sont réveillés groggy: les pavés se détachaient, et que des trous se creusaient partout. Tous les jours, plusieurs ouvriers communaux devaient enlever les pavés et reboucher les trous.

Commerçant cherche repreneur

Ces pavés, d'origine chinoise et de qualité médiocre, avaient été placés par une entreprise à des prix imbattables; la commune était obligée de la désigner. Cette dernière, soupçonnant une arnaque de la part de l'entrepreneur, l'a d'ailleurs assigné devant les tribunaux.

Une petite catastrophe pour la commune et les commerçants: depuis des années, les stigmates des travaux mal faits sont encore visibles.

Mais il n'y a pas que les pavés pour interpeller le visiteur d'un jour. Tout autour de la place, des panneaux fleurissent sur les devantures. "Nous déménageons", "A louer", "A vendre", "Liquidation totale"... Des bâtiments semblent abandonnés.

Paroles de commerçants

Les commerçants du centre ville avaient payé cash le cauchemar des travaux. En 2011, ils perdaient quelques 50% de leur chiffre d'affaire.

"Les premiers travaux ont duré trois ans, puis il y a eu d'autres travaux qui ont suivi, et aujourd'hui, il faudra encore réparer les dégâts apparus dans les rues ici", explique Charlotte Biourge. Charlotte tenait un magasin de jouets rue des Deux Auvelais. L'enseigne familiale est aujourd'hui fermée. Le magasin ne s'est pas relevé des difficultés financières.

Ce n'est pas fini: si certaines rues sont totalement rénovées et rouvertes à la circulation, la Grand Place et d'autres petites artères devront encore être réparées, explique Charlotte.

En tout, trois phases de travaux se sont succédées à Auvelais depuis 2005.

Quelques mètre plus loin, Micheline Heusling rouvre son magasin pour l'après-midi.

Mais son constat est le même que celui de Charlotte. Il n'y a plus de clients. Son magasin est en liquidation totale, et elle le tient encore pour quelques mois. Propriétaire, elle n'espère cependant pas relouer à un commerce.

"Je ne me sens plus aussi bien qu'avant", dit-elle. "Auvelais a beaucoup changé. A l'époque, on l'appelait le 'petit Namur'... Mais aujourd'hui, ce n'est plus pareil". "On a fait preuve de beaucoup de courage pour résister à pas mal de choses", sourit-elle.

Les difficultés ne touchent pas uniquement les petits magasins. Luc Buisseret tient une moyenne surface, sur la Grand Place. Il est franchisé depuis plusieurs années. S'il continue aujourd'hui, il a fallu que son enseigne lui donne un coup de pouce.

"C'est pour fin 2015, il y a encore une bonne année à tenir", ajoute-t-il.

La saga des travaux dans le centre d'Auvelais n'est pourtant pas la seule responsable de la mort du centre-ville. Certes, les rénovations ratées des voiries, les transformations des parkings alentours, et la construction de la centrale d'épuration pas loin ont rendu l'accès au centre plus difficile.

Pot de terre contre pot de fer

Mais, de l'avis de tous, les petites villes commerçantes sont menacées par un autre problème. Les gens ont changé leurs habitudes.

Une autre façon de se déplacer et d'acheter: les petits commerçants en ressentent les effets de plein fouet.

A quelques minutes de route du centre, il n'y a en effet pas moins de deux nouveaux centres commerciaux. Pour y accéder, il suffit de traverser la Sambre.

Johan Janssen est, depuis 1998, promoteur immobilier dans le zoning de Jemeppes-sur-Sambre.

Propriétaire de plusieurs bâtiments, l'homme d'affaires se montre satisfait de son investissement.

Un seul coup d’œil permet de s'en apercevoir: malgré la localisation près de la route et l'environnement très bruyant, les voitures déversent les clients des grandes enseignes de façon incessante. Plusieurs expliquent, en effet, que c'est moins cher, et qu'ils peuvent facilement se garer.

Dans de telles conditions, la lutte des petits commerçants du centre ville semble être une bataille perdue d'avance.

Travaux, centres commerciaux, crise: le cocktail explosif

"Les commerçants ont des difficultés et c'est sûr quelles travaux n'aident pas la conjoncture! Maintenant est-ce du aux travaux ou à la crise économique", commente Anne-Sophie Franquin, présidente de l'association des commerçants d'Auvelais.

Il n'y a pas de baguette magique. Et les travaux restants sont nécessaires pour restaurer enfin le routes abîmées. "Il y a des réunions hebdomadaires qui sont organisées par la commune le temps des travaux afin de pouvoir permettre à tout le monde de pouvoir s'exprimer", ajoute Anne-Sophie Franquin.

"Nous avons été entendus pour plusieurs demandes lors des travaux afin d'améliorer les phases de ceux-ci (...) Dans la mesure du possible les autorités tiennent compte de nos remarques".

Les zonings sont là, il faut être créatif, et "faire avec".

C'est ce qu'explique Olivier Bordon, échevin du Commerce. "Le collège communal aura d'ailleurs tout entrepris pour s'opposer à la venue d'un centre commercial aux abords du centre d'Auvelais".

"Aujourd'hui, ce centre commercial existant, il y a plus que jamais lieu d'encourager donc la venue d'enseignes spécifiques aux centres-villes tout en tentant,la chose demeurant difficile à définir,a développer des collaborations entre l'un et les autres", ajoute-t-il.

Difficile challenge. Mais au cœur d'une des ruelles du centre, certains ne désespèrent pas. Une vitrine colorée invite le passant à regarder. Ici grandit un nouveau projet commercial, qui s'appelle la "Vitrine partagée".

"Porteurs de projets"

Le principe? Un local commercial, avec toutes les facilités nécessaires, est loué pour une somme modique à un "porteur de projet". Montrer ses réalisations, et profiter pendant six mois de la visibilité du local, Tatiana Gossart, créatrice d'accessoires pour enfants, y croit.

La Vitrine partagée est une initiative le l'ASBL Gestion des centres-villes. L'association existe depuis 2001. A l'image de ce qui se fait dans d'autres villes belges, elle travaille sur le développement commercial des centres urbains. L'association fait partie d'un réseau, l'Association du management du centre ville (AMCV). Fruit d'un partenariat public-privé, elle aide les diverses antennes locales, elles-mêmes financées par les communes, la Région et les partenaires privés.

"On espère répondre aux demandes des commerçants", explique Jessy Colombana, responsable de l'antenne Tamines-Auvelais. Parmi ses diverses activités, l'ASBL met en place un soutien aux commerces existants, par l'organisation d'animations, l'appui logistique...

"Pour que le centre d'Auvelais redevienne actif"

L'ASBL s'adresse tant aux anciens qu'aux nouveaux arrivants dans le centre ville.

Marie Masia, chargée d'animation à l'ASBL, explique: "On est là pour aider les commerçant à s'installer, leur donner des informations pratiques, on leur fait de la publicité. Il y a aussi une équipe de stewards pour les aider sur le terrain".

 

Les "porteurs de projet" font partie d'une autre initiative de l'association. "Pour une somme de 100 euros par mois, on loue le local à un artisan ou à un commerçant, et cela pour une période de 6 mois".

Le local est tout nouveau. Tatiana est la première à pouvoir en profiter. Cela fait deux semaines qu'elle est là. "Ça ne fait peut-être pas assez longtemps que je suis là, mais cela se passe bien".

La Vitrine partagée, une goutte d'eau dans l'océan, sans doute. La désaffection des centres urbains, de plus en plus concurrencés par les zonings, est généralisée. Une commerçante nous dit: "Il y en a tellement, des zonings, qu'il finiront par se bouffer entre eux!" Si les problèmes sont souvent communaux, les débats sont présents aux quatre coins du pays, et méritent une réflexion régionale globale.

Mais Tatiana compte bien rester un petit temps à Auvelais. "Je pense qu'il y a moyen de rechanger le centre ville à nouveau, et de faire qu'Auvelais redevienne un centre actif", affirme-t-elle.

W. Fayoumi (@wafayoumi)

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