Aucun réacteur nucléaire belge ne dispose de système de ventilation filtrée

Les deux plus vieux réacteurs du pays, Doel 1 et Doel 2, seront les derniers équipés.
Les deux plus vieux réacteurs du pays, Doel 1 et Doel 2, seront les derniers équipés. - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Les réacteurs des centrales nucléaires belges de Doel et de Tihange ne disposent pas de systèmes de ventilation filtrée au sein de leurs enceintes de confinement (Filtered Containment Venting System, FCVS), a mis en évidence la réponse donnée par la ministre fédérale allemande de l'Environnement Barbara Hendricks à une question écrite du groupe parlementaire des Verts au Bundestag.

Un problème de plus dans nos centrales, à en croire le quotidien régional Rheinische Post qui relève cet échange au parlement allemand.

Empêcher que de l'air contaminé s'échappe

Le FCVS, ou système d'"évent filtré", a pour objectif d'assurer le bon confinement des installations : il filtre et contrôle l'air avant d'en permettre l'évacuation de la centrale via la cheminée, il réduit l'impact de la centrale sur l'environnement et peut aussi assurer une qualité d'air satisfaisante à l'intérieur des centrales. Plus globalement, ce système empêche, en d'autres termes, que de l'air "contaminé" (présentant un taux de radioactivité) ne s'échappe de la centrale en cas de fusion du cœur d'un réacteur.

Aucun des sept réacteurs nucléaires belges n'en possèdent, comme le rapportaient encore l'OCDE en août dernier et un document de présentation de Bel V, la filiale de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) chargée des vérifications techniques de sécurité : "Aucun FCVS n'est installé dans les réacteurs des centrales nucléaires belges".

Installés en Allemagne depuis Tchernobyl

"Les systèmes de ventilation filtrée ont été installés (ou "mis à jour", ndlr) dans toutes les centrales nucléaires allemandes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, note le Rheinische PostDans d'autres pays, ils ont été installés au plus tard après la catastrophe de Fukushima de 2011."

Les autorités belges en matière de sécurité nucléaire ne reste pour autant pas les bras croisés. Toujours selon le document de Bel V, "des études de conception pour l'implémentation de FCVS sont en cours d'achèvement (en août 2015, ndlr) pour chaque réacteurs nucléaires de Tihange et pour les unités de Doel 3 et Doel 4".

Cette analyse avait été lancée dans le cadre des tests de résistance 2011-2012 consécutifs à la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima. Elle est aujourd'hui terminée et le chantier a débuté, indique Electrabel. "Le nécessaire va être fait ", assure Anne-Sophie Hugé, porte-parole du fournisseur d'électricité.

Si l'on fait le compte, cinq des sept réacteurs nucléaires du pays sont donc en passe d'être équipés de ce système de filtration de l'air. Autrement dit, "les unités qui seront opérationnelles au-delà de 2015", notait Bel V quelques mois avant la finalisation de l'accord sur la prolongation des réacteurs de Doel 1 et Doel 2.

Tous les réacteurs équipés en 2019 ?

L'implantation de ces systèmes d'évent filtré n'était par contre pas à l'étude pour les plus vieux réacteurs du royaume (1975). Les examens avaient bel et bien été entamés, mais stoppés mi-2012 lorsque le gouvernement fédéral de l'époque avait décidé de définitivement débrancher Doel 1 en février 2015 et Doel 2 en décembre 2015. 

"Avant la nouvelle loi (entérinant la prolongation de ces deux réacteurs au-delà de 2015, ndlr), les études n'avaient pas de raison d'être", confirme-t-on du côté d'Electrabel. Elles seront finalement reprises dès la proposition du nouveau gouvernement de Charles Michel d'en pérenniser l'activité.

Mais Doel 1 et Doel 2 seront bien les derniers à disposer de ce système : "Si la stratégie d'opération à long terme (Long term operation, LTO, ndlr) le décide et l'autorise, un FCVS pourrait être installé (pour ces deux réacteurs) avant la fin 2018/2019", écrit encore Bel V lors d'une réunion avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Quant aux cinq autres réacteurs dont les études n'ont jamais été interrompues, la filiale de l'AFCN tablait sur une installation du système pour la fin 2017. Ce délai est toujours privilégié aujourd'hui par Electrabel.

En attendant la finalisation des travaux, Anne-Sophie Hugé se veut rassurante : "Ce système est utile pour épurer les vapeurs avant d'évacuer le trop-plein de pression au sein d'un réacteur, dans l'hypothèse extrêmement rare où, lors d'une fusion du cœur de ce réacteur, les autres systèmes ne sont plus en mesure de le refroidir". Des systèmes qui, assure-t-elle, sont suffisamment nombreux pour offrir "plusieurs niveaux de sécurité redondantsen cas de fusion.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK