Aubry Touriel, journaliste infiltré à la N-VA: "Je n'ai pas eu de représailles. Pour eux, c'est comme s'il ne s'était rien passé"

Aubry Touriel, journaliste infiltré à la N-VA: "Si la salle rit, je vais rire aussi"
Aubry Touriel, journaliste infiltré à la N-VA: "Si la salle rit, je vais rire aussi" - © RTBF

C’est lui qui a révélé l’affaire des "razzias" pour "Air Francken". Aubry Touriel, journaliste indépendant, a infiltré pendant trois ans des réunions internes de la N-VA, à Anvers. Il nous raconte comment il s’y est pris.

"Fin 2014, j’ai appris que la N-VA organisait une réunion avec ses militants, à Anvers, raconte Aubry. La presse n’était pas autorisée à y assister. Après avoir consulté des collègues journalistes et le CDJ (Conseil de déontologie journalistique, ndlr), j’ai décidé de prendre ma carte de parti."

Quelques clics et 5 euros de cotisation plus tard, Aubry se glisse dans la peau d’un militant N-VA. En trois ans, il assiste à une dizaine de réunions internes, en région anversoise. "Quand j’arrivais à ces réunions, j’allais directement dans les toilettes. J’activais mon dictaphone, je vérifiais que tout fonctionnait bien, puis j’allais dans la salle et je m’asseyais au milieu des gens."

Se fondre dans la masse pour éviter les soupçons

Pour ne pas éveiller les soupçons, le journaliste se fond dans la masse. "Si la salle rit, je vais rire aussi, avec eux. La technique, c’est un peu d’imiter les autres membres. Je parle bien néerlandais, mais on entend quand même mon accent francophone. Donc, j’ai préféré faire profil bas, et ne pas trop parler avec les gens."

Après chaque réunion, Aubry écrit des articles pour Le Vif/L’Express, sous un pseudonyme : Dominique Dewael. "Pour me charrier, mes potes flamands m’appellent parfois "de vuile Waal", "le sale Wallon". Du coup, je me suis dit "de Waal", "Dewael". C’était même un indice pour la N-VA", plaisante le journaliste.

Mon cœur battait la chamade

Au bout de trois ans, la N-VA parvient à le démasquer. Il l’apprend au cours d’une réunion. "Bart De Wever était en train de faire un discours. Fons Duchateau, le président de la N-VA anversoise lui montre son GSM. Bart De Wever soupire : 'Je vais devoir faire attention à ce que je dis'. Fons Duchateau enchaîne : 'On va demander à ceux qui prennent des notes d’arrêter de le faire. Et s’il y a des journalistes, on va leur demander de quitter la salle.'" Aubry ne bouge pas de son siège. "Je dois avouer que mon cœur battait la chamade."

Cela dit, la N-VA ne lui dira jamais officiellement qu’elle l’a démasqué. Elle se contente de ne plus lui envoyer la newsletter et de ne plus répondre à ses mails. "Je n’ai pas eu de représailles. Pour eux, c’est comme s’il ne s’était rien passé."

Aujourd’hui, Aubry vit toujours à Anvers, une ville qu’il adore. "Je ne vois pas pourquoi je devrais déménager", conclut-il, le sourire aux lèvres.

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