Au Zaïre puis au Congo, Etienne Tshisekedi était l'opposant des présidents (archives vidéo)

Etienne Tshisekedi wa Mulumba, l'un des plus farouches opposants Congolais après avoir été un temps compagnon de route du Maréchal Mobutu Sese Seko est décédé, mercredi à Bruxelles, à l'âge de 84 ans. De 1980 jusqu'à son dernier souffle il aura combattu les présidents zaïrois puis congolais. Mobutu l'envoya tantôt en prison, tantôt le nomma Premier ministre. Il fut l'opposant le plus virulent de Laurent Désiré Kabila, qui avait renversé Mobutu en 1997, puis de son fils Joseph Kabila arrivé au pouvoir en 2001.

Compagnon de route de Mobutu

Né le 14 décembre 1932 à Kananga, ville située à 800 km au sud-est de Kinshasa, dans le Kasaï occidental, Etienne Tshisekedi a été le premier Zaïrois à être diplômé docteur en droit de l'université de Lovanium de Kinshasa. Il a débuté sa carrière politique comme membre du Mouvement national congolais Kalonji (qui avait quitté la formation dirigée par le premier président du Congo ex-Belge, Patrice Lumumba).

Nommé ministre de la Justice de sa province en 1961, il deviendra ministre de l'Intérieur en 1965 et des Affaires coutumières à l'avènement de Mobutu dont il a été le compagnon de route au sein du Mouvement populaire de la Révolution (MPR), l'ancien parti d'Etat du Zaïre, jusqu'en 1980, date de la rupture entre les deux hommes.

Durant cette période, Etienne Tshisekedi a été notamment premier secrétaire national du MPR de 1968 à 1972. Il a également été président de la commission de politique générale du bureau politique de cet ancien parti unique et ambassadeur du Zaïre au Maroc en 1969. Il fut aussi président de la compagnie aérienne nationale, Air Zaïre.

Etienne Tshisekedi a également été par trois fois député à l'Assemblée nationale zaïroise et a assumé les fonctions de vice-président de cette assemblée.

Passage à l'opposition et exil

En 1980, Etienne Tshisekedi a décidé de prendre ses distances vis-à-vis du parti unique au pouvoir et de constituer, à l'intérieur du Parlement, un groupe d'opposition dit "des treize" qui s'est très rapidement attiré les foudres du pouvoir du maréchal Mobutu. Ensemble ces députés dénoncent alors dans une lettre ouverte, les dérives dictatoriales d'un régime kleptocratique.

Etiennne Tshisekedi a ensuite créé l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS) qui a tout de suite été interdit et dont de nombreux membres ont dû vivre en exil en Belgique et aux Etats-Unis durant près de dix ans pour échapper à la justice zaïroise.

Arrêté en 1982, il est condamné à 15 ans de prison pour "trahison" mais sera libéré un an plus tard à la suite des protestations d'Amnesty International et d'autres groupes de défense des droits de l'homme. Il sera encore détenu plusieurs fois par la suite et même transféré dans un établissement psychiatrique où les autorités ont tenté de le faire passer pour un malade mental.

Depuis le 24 avril 1990, date à laquelle le président Mobutu signala la fin du régime monopartiste pour ouvrir la voie à la démocratisation, Etienne Tshisekedi, qui à cette époque vivait en résidence surveillée dans la capitale après plusieurs séjours en prison, a pu recouvrer sa liberté de mouvement et poursuivre son action politique très dure vis-à-vis du régime. Il n'a en effet jamais hésité à traiter le maréchal Mobutu de "dictateur".

Il fut nommé Premier ministre à quatre reprises dans les années 90 mais n'assuma cependant jamais plus que quelques mois ce rôle à la suite de conflit intenses avec le président Mobutu.

En 2007, peu après l'élection de Joseph Kabila, il quitte le pays à bord d'un avion médicalisé pour ne rentrer que fin 2010 en vue de participer à la présidentielle à venir, après avoir boycotté celle de 2006.

Battu en novembre 2011 à l'issue d'un scrutin entaché d'irrégularités massives, "Tshitshi", comme l'appellent nombre de ses sympathisants, refuse de reconnaître la légitimité de Kabila et se proclame "président élu" avant de s'enfermer dans une politique de boycottage des institutions qui va profondément affaiblir son parti, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), dont il reste le président inamovible.

En août 2014, il est évacué une nouvelle fois de Kinshasa vers la capitale belge. Il ne reviendra que fin juillet 2016 pour être accueilli triomphalement par des centaines de milliers de personnes.

A l'issue de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), Etienne Tshisekedi, qui a toujours prôné le combat politique non violent, refuse de participer au gouvernement de transition et campe, depuis lors, dans le rôle de l'irréductible opposant.

Mais comme sous Mobutu, les ponts avec le pouvoir sont loin d'être tous coupés.

Au cours des derniers mois il s'était à nouveau profilé comme l'incontournable chef de file de l'opposition à l'occasion de la crise relative au refus de Joseph Kabila de quitter son poste de président.

S'il refuse de participer en septembre au "dialogue national" proposé par Kabila, le "Sphynx" finit par donner son aval à la participation de l'UDPS aux négociations ayant débouché sur l'accord du 31 décembre, qui consacre le maintien au pouvoir du chef de l'État au-delà du terme de son mandat. Il devait prendre la direction du Conseil national transition qui est appelé à voir le jour sur base des accords de la Saint Sylvestre dont la mise en place bute sur des questions de partage du pouvoir.

Etienne Tshisekedi, qui sous des airs bonhommes cachait un caractère entêté, autoritaire et imprévisible, avait quitté Kinshasa au beau milieu des négociations la semaine dernière pour ce qui était annoncé être des contrôles médicaux.

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