Attention, toutes les écoles supérieures ne délivrent pas un diplôme reconnu !

Attention, toutes les écoles supérieures ne délivrent pas un diplôme reconnu !
Attention, toutes les écoles supérieures ne délivrent pas un diplôme reconnu ! - © Sam Wasson - Getty Images

En Belgique, la liberté d’enseignement est garantie. Toute personne est libre d’enseigner son savoir ou ses compétences à d’autres. Une situation qui laisse le champ libre à des écoles privées. En Fédération Wallonie-Bruxelles, toute une série d’établissements d’enseignement supérieur non reconnus proposent des formations. Le coût est généralement beaucoup plus élevé et le diplôme délivré n’est pas reconnu légalement. Prudence et réflexion avant de s’y inscrire sont de mise.

" Je suis déçu, je m’attendais à plus pour ce prix-là… "

Benjamin, prénom d’emprunt, a passé trois ans à étudier dans une école supérieure privée. Aujourd’hui, avec le recul, il jette un regard amer sur cette expérience. " Je suis déçu. Je m’attendais à plus pour ce prix-là. J’ai payé en tout 20.000 euros pour des études en école privée. Je m’attendais à avoir plus de matériel, d’expérience et qu’on respecte les promesses tenues ", explique-t-il aujourd’hui. Lui et les autres étudiants qui étaient avec lui ne se sont rendu compte qu’au cours de la première année d’études que leur diplôme ne mènerait à rien. Certains ont jeté l’éponge après un an. D’autres ont continué sans trop s’inquiéter des conséquences, pour poursuivre ce qui avait été commencé. Son école privée, comme toutes les écoles non reconnues par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ne délivrait pas de diplôme légal, pas de " bachelier ", même au terme de trois années d’études. Ce n’est qu’après son parcours dans cette école que Benjamin a réalisé ce que cela représentait. Sans diplôme de bachelier reconnu, impossible d’être admis dans une autre école pour poursuivre en master. Et puis, au moment d’entrer sur le marché du travail, on réalise aussi ce que le diplôme peut avoir comme conséquence sur le salaire, le statut, etc. " Si j’avais eu toutes les infos, par rapport au prix de l’école, j’aurais vraiment tenté ma chance ailleurs, dans une autre école ", conclut Benjamin.

Cet exemple rappelle, qu’à quelques encablures de la rentrée académique dans l’enseignement supérieur, alors que des étudiants doivent encore faire le choix de l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel ils s’inscriront, mieux vaut s’informer. En effet, en Belgique, l’accès à certains emplois, notamment ceux de la fonction publique, ou à certaines professions réglementées exigent d’être en possession d’un diplôme reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les établissements qui délivrent ces diplômes respectent un cadre légal fixé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ils sont référencés sous différentes appellations : " universités ", " hautes écoles ", " écoles supérieures des Arts " ou " établissements d’enseignement de promotion sociale organisant des sections d’enseignement supérieur ".  Ces établissements respectent des règles en matière de plafonnement du minerval, de qualité des cours, notamment.

Les établissements privés non reconnus, insuffisamment réglementés ?

En Fédération Wallonie-Bruxelles, tout établissement d’enseignement non listé dans le cadastre officiel est considéré comme dispensant de l’enseignement privé. C’est là qu’il faut être prudent. Longtemps, le secteur des écoles privées a été le théâtre d’abus, des étudiants étant trompés sur la réelle valeur de leur formation et du diplôme délivré. Le décret du 28 juin 2018 a été instauré pour mettre de l’ordre dans le secteur. Il impose aux établissements privés d’informer les candidats aux études que les diplômes ne sont pas reconnus légalement par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Des établissements privés respectent cette obligation et ne cachent pas aux étudiants que le diplôme n’a pas de valeur légale. En revanche, pour Rodrigue Demeuse, député Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le décret n’empêche pas que des écoles privées soient dans une zone grise : " Des établissements jouent sur de la confusion et des pratiques franchement limites. L’objectif semble être de se faire un maximum d’argent sur le dos des étudiants ", estime-t-il. " Même si le décret prévoit que la page d’accueil et les brochures de ces écoles mentionnent que le diplôme n’est pas reconnu, ce n’est pas toujours suffisant ", constate Rodrigue Demeuse. " C’est très bien, c’est une première étape avec des sanctions si ce n’est pas respecté. Mais dans la réalité, une série d’établissements respectent. D’autres ne respectent pas ou le font de manière moins claire. Par exemple, ils ne le mettent pas sur la première page de la brochure, mais en page 36 dans un coin, ils mettent que le titre est reconnu, certifié dans un autre pays et ils ne mettent pas, juste à côté, que ce n’est pas reconnu en Belgique. Ils jouent sur une ambiguïté en permanence ", dénonce le député qui a interpellé la ministre de l’Enseignement supérieur en commission ce mardi et qui demande qu’on publie la liste des écoles privées non reconnues pour que les étudiants puissent vérifier. Il faudrait aussi, estime le député, mieux informer les étudiants avant les inscriptions. Le décret pourrait aussi être plus strict dans ses exigences. " Il faudrait exiger que le fait que ce n’est pas reconnu en Belgique soit mentionné en en-tête. Il faudrait aussi empêcher de jouer sur l’ambiguïté avec un diplôme reconnu à l’étranger ", revendique Rodrigue Demeuse.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, rappelle, elle, que les écoles supérieures non reconnues par la Fédération Wallonie-Bruxelles ont des obligations de transparence et doivent informer les étudiants qu’elles ne sont pas reconnues. " Il y a une quarantaine d’écoles qui ne sont pas reconnues par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et puis, il y en a un très petit nombre qui ne respecte pas les obligations de transparence, c’est-à-dire mentionner qu’on n’est pas reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Si cette obligation de transparence n’est pas rencontrée, il peut y avoir des sanctions administratives, voire une procédure pénale ", réagit la Ministre qui conseille aux étudiants cherchant une école supérieure de vérifier sur le site www.mesetudes.be quelles sont les écoles reconnues par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un conseil : bien s’informer avant de s’inscrire

Toutes les écoles privées ne sont pas forcément à bannir. Mais s’y inscrire doit se faire en connaissance de cause. Le minerval y sera plus élevé, souvent plusieurs milliers d’euros par an. Cela en vaut-il la peine si le diplôme n’est pas officiellement reconnu ? " Il y a des écoles qui sont présentes sur le marché depuis un certain nombre d’années, elles ont une bonne réputation, même si on sait que le minerval est élevé et que le diplôme n’est pas reconnu par la Communauté Française. Cela ne veut pas dire que ce diplôme n’a aucune valeur. C’est toujours relatif ", explique Catherine Van Gyseghem, Directrice du Siep, le Service d’information sur les études et les professions de Liège. " Il faut voir tout ça au regard d’un projet global. On va retrouver dans le privé certaines choses qu’on n’aura pas dans une filière reconnue par la Fédération, mais qui pourra être tout à fait valable en fonction du projet qu’on mène ", poursuit la Directrice du Siep de Liège.

Attention, donc et prudence si l’on prévoit, après le passage par une école privée, de poursuivre son cursus dans un autre établissement. Le fait que le diplôme ne soit pas reconnu risque de bloquer des projets de ce genre. Même chose si l’on envisage de travailler à l’étranger. L’absence de diplôme belge équivalent au diplôme du pays étranger où l’on s’installe risque d’entraver tout projet professionnel.

Les jeunes, leurs parents devraient poser les bonnes questions lorsqu’ils entrent en contact avec une école privée. Quels sont les frais ? Comment sont-ils justifiés ? Qu’en est-il de l’accès à la profession envisagée ? Que permettra de faire (ou pas) un diplôme non reconnu officiellement. Autant de questions qui valent la peine qu’on y consacre du temps, sous peine de déchanter en cours d’études ou au terme de celles-ci.

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