Attaque à Paris: comment les services de Renseignement français et belges contrôlent-ils la fiabilité de leurs agents?

Attaque à Paris: comment les Renseignements s'assurent-ils de la fiabilité de leurs agents?
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Attaque à Paris: comment les Renseignements s'assurent-ils de la fiabilité de leurs agents? - © LOIC VENANCE - AFP

L’attaque de la préfecture de Paris soulève beaucoup de questions et parmi elles, celle-ci se fait de plus en plus insistante : comment le prestigieux service de renseignement français n’a-t-il pas détecté le changement de comportement de Mickaël H, informaticien au sein même de la Direction du renseignement de la préfecture de police ?

Depuis l’attaque perpétrée jeudi, plusieurs éléments ont été recueillis par les enquêteurs. On a ainsi appris que Mickaël H. s’est converti à l’islam il y a au moins un an et demi. Et sa proximité avec des personnes appartenant à la mouvance salafiste intrigue les enquêteurs, selon des sources concordantes. Selon des sources proches du dossier, l’étude de la téléphonie de cet homme de 45 ans a par ailleurs mis les enquêteurs sur la piste de la préparation délibérée d’un acte violent par cet employé d’un service qui avait notamment pour mission le recueil d’information… sur la radicalisation djihadiste.

Cas marginaux

Hier, le préfet de police Didier Lallement a tenté d’éteindre directement le début de polémique sur les procédures de contrôle à la préfecture. Selon lui, les conditions de sécurité à l’intérieur de la préfecture "sont absolues" et "ne sont pas en cause". Mais elles n’ont pas permis de détecter les intentions de Mickaël H., ou de l’arrêter avant de parvenir à assassiner quatre fonctionnaires. Il faut dire que la discrétion est l’un des atouts requis pour travailler aux Renseignements…

En juin, un rapport parlementaire sur la radicalisation dans les services publics en France montrait que les cas sont "marginaux" mais qu’il reste des "zones d’ombre". Une trentaine de cas soupçonnés mais pas avérés avaient été recensés (sur 130.000 gendarmes et 150.000 policiers).

Et en Belgique: comment cela fonctionne-t-il?

Puisqu’il travaillait au service de renseignements de la Préfecture de police de Paris, l’auteur de l’attaque possédait une habilitation "secret défense", garante de son intégrité. Car pour obtenir un poste au sein des Renseignements, il faut montrer patte blanche. C’est également le cas chez nous. Qu’ils soient politologues, informaticiens, infirmiers ou membres du personnel d’entretien, les personnes qui désirent rejoindre la Sûreté de l’Etat sont "screenées" pour s’assurer de leur intégrité, de leur loyauté et de leur fiabilité tant sur le lieu de travail que dans le cadre privé.

Comme le détaille le site Internet de la Sûreté de l’Etat, les personnes ayant réussi les tests de sélection font l’objet d’une enquête de sécurité approfondie afin d’obtenir une habilitation de sécurité de niveau "très secret". La Sûreté doit en effet s’assurer que le candidat est "apte à traiter des informations classifiées ou à travailler dans un environnement sensible" et vérifier s’il "pourrait être vulnérable aux pressions extérieures". L’enquête est effectuée à la demande et sous la supervision de l’Autorité nationale de sécurité (ANS). Si le candidat réussit l’épreuve, il obtient une habilitation de sécurité.

Si l’enquête montre qu’un candidat a un profil à risque, il peut se voir refuser cette habilitation.

Problème: en Belgique comme en France, l’enquête de sécurité des agents n’est actualisée que tous les cinq ans. C’est ce qui a peut-être permis à Michaël H. de passer sous le radar.

"En cinq ans il peut se passer beaucoup de choses, sachant que les gens ont quand même une capacité de dissimulation et d’intelligence qui peut leur permettre parfois de se soustraire aux surveillances", déclarait hier à nos confrères de BFM TV Noam Anouar, délégué syndical VIGI Police, ex-membre de la Direction du renseignement.

Pas qu’à la Sûreté

D’autres personnes, qui ne sont pas candidates à un poste au sein même de la Sûreté, sont amenées elles aussi à se soumettre à une enquête de sécurité. Elles obtiendront un niveau de classification déterminé en fonction du contenu des informations qu’elles seront amenées à traiter, confidentiel, secret ou très secret. Parmi elles, certains membres des services publics fédéraux tels que les Affaires étrangères, l’Intérieur, la Justice ou encore les Finances; des membres de la police fédérale, du personnel belge de l’OTAN, de la Commission européenne, du Conseil européen, de l’Agence spatiale européenne. Mais aussi une grande partie des personnes qui travaillent dans le domaine des centrales nucléaires et des indépendants, des entreprises et leurs employés qui doivent travailler dans des zones classifiées.

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