Assita Kanko (MR): "Les femmes ne doivent pas se contenter des restes"

Entretien autour du pouvoir féminin dans ce numéro du Grand Oral RTBF/Le Soir. C’est une rencontre avec Assita Kanko, personnalité qui défend le partage du pouvoir entre les hommes et les femmes, que ce soit "au lit, dans la rue, au travail ou en politique". Auteure, chroniqueuse, mandataire communale sortante (MR) à Ixelles, elle est aussi à la tête de Polin, un incubateur politique consacré aux femmes.

Assita Kanko revient d’abord sur les résultats du MR dans les communes bruxelloises. Boris Dilliès est bourgmestre MR d’Uccle et parle d’une "taule gigantesque pour le MR". Si elle ne nie pas la défaite des réformateurs, elle l’explique par deux éléments.

D'abord, le départ de la classe moyenne suivi de la "concentration de communautés dans des communes données. Résultat : des messages beaucoup plus adaptés à leur besoin émergent". Le MR n’a-t-il pas compris cela à temps ? "Pas seulement le MR", rétorque-t-elle. "Le fait est qu’Écolo-Groen a réussi à convaincre.

Concernant le vote molenbeekois, Assita Kanko le qualifie de rechute bruxelloise. "Pour Catherine Moureaux, tout peut-être gratuit, mais en attendant, la dette bruxelloise s’accumule. Si la méthode Moureaux était la bonne, ça se saurait."

Sur une liste N-VA ?

Assita Kanko est également très active dans la partie nord du pays. Elle parle un très bon néerlandais et est chroniqueuse pour journal De Standaard. Theo Francken s’est récemment exprimé à son propos sur un plateau de la VRT. Il la verrait bien sur les listes de son parti. "Je suis flattée, c’est un très beau compliment. Bien que je ne ferme aucune porte, la première question est avant tout de savoir si j’ai l’envie d’être sur une liste en 2019. Et je n’en ai aucune idée pour l’instant. Si l’envie me vient, cela dépendra du projet." Elle ne nie pas pour autant sa proximité avec l’homme politique flamand, "Oui, sur le plan de la liberté de penser, je trouve qu’il a le droit d’exprimer son opinion".

En Flandre toujours, une commune est le centre de l’attention ; Ninove. Une liste Vlaams Belang est sortie en tête des élections communales avec 40% des voix. Que ferait-elle à la place de son président, Bart De Wever ? "Je maintiendrais un cordon sanitaire autour de ces partis d’extrême droite, j’en ferais d’ailleurs tout autant avec le PTB."

Il est clair que je désapprouve toute collaboration avec le Vlaams Belang. En revanche, il ne faut pas laisser tomber ceux qui votent pour les extrêmes

De son côté, le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw s’est récemment dit outré de voir son parti mis sur un pied d’égalité avec l’extrême droite. "Je pense que Raoul Hedebouw devrait s’informer sur son idéologie d’extrême gauche et regarder ce que cela a causé dans l’histoire". Mais comment faire à la place de Bart De Wever pour contrer un Vlaams Belang venant grignoter son flanc droit ? "Il est clair que je désapprouve toute collaboration avec le Vlaams Belang. En revanche, il ne faut pas laisser tomber ceux qui votent pour les extrêmes."

Assita Kanko est aussi l’auteure d’un nouveau livre "Leading Ladies". Il raconte l’histoire d’une quinzaine de femmes qui participent au pouvoir. Pouvoir qu’elle atteignement un peu plus, si l’on en croit les résultats des urnes suite aux élections communales du 14 octobre, bien que l’on soit loin de la parité. Assita Kanko a quelques pistes d’amélioration. "Les femmes ne doivent pas seulement prendre le pouvoir dans la vie politique, mais aussi dans la vie intime. C’est par là que ça commence. Le danger quand on est élue, c’est de ne pas avoir l’expertise qu’il faut, le ou la mentor.e  qu’il faut, et donc peut-être de reculer avant la fin de la législature. Pour celles qui ont réussi, que ce soit grâce au système de la tirette ou non, il faut vraiment chercher à se faire épauler".

Assita Kanko est à la tête d’un incubateur politique pour aider les femmes à entrer ou à progresser en politique : Polin. Le but ? Organiser des formations, mais aussi et surtout connecter les femmes entre elles afin qu’elles partagent leurs expériences. "Je conseille aux femmes qui viennent d’être élues de se trouver un mentor, un guide, afin de réussir leur mandat. Ensuite, vous allez commettre des erreurs, mais ne pensez pas que vous êtes nulles, il faut être sympa avec soi-même".

J’ai vu dans beaucoup d’endroits où j’ai grandi, les femmes faisaient la cuisine mais elles donnaient les meilleurs morceaux aux hommes et elles mangeaient les restes

Assia Kanko termine sur une touche très forte. "Il y a une femme qui témoigne dans mon livre qui dit qu’à l’époque de la préhistoire, on mangeait et puis on donnait les restes aux femmes, mais en Afrique, moi j’ai vu aussi dans beaucoup d’endroits où j’ai grandi, les femmes faisaient la cuisine mais elles donnaient les meilleurs morceaux aux hommes et elles mangeaient les restes, la même chose, nourriture, pouvoir, tout. Et donc, on ne devrait pas accepter les restes, je trouve que nous sommes souvent trop contentes, trop tôt." 

Assita Kanko était interviewée par Béatrice Delvaux, Jean-Pierre Jacqmin et Jacques Crémers.

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