Assainissement budgétaire: flou sur la méthode

Les syndicats appellent à la défense du pouvoir d'achat et des salaires, usés par les mesures d'austérité
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Les syndicats appellent à la défense du pouvoir d'achat et des salaires, usés par les mesures d'austérité - © Pierre Kroll

La manifestation des syndicats a mis le feu aux poudres. Ils étaient 40 000 dans la rue pour défendre le salaire et le pouvoir d’achat, et ce quelques jours à peine avant le contrôle budgétaire. Inévitablement, les écarts idéologiques se creusent entre les partis, d’un côté conscients des préoccupations du citoyen, mais contraints de l’autre par la poursuite de l’assainissement.

C’est d’abord la crainte des travailleurs que Claude Rolin a voulu exprimer. La décision du gouvernement de geler les salaires, même si ce dernier s’engage à préserver l’indexation salariale et barémique, ne peut selon lui que " compromettre la concertation sociale ". Mais Gwendolyn Rutten rappelle aussitôt le retard accumulé par le pays en termes d’écart salarial. " Ce qu’il faut, c’est de la confiance et des partenaires prêts à prendre des risques. C’est décevant de constater que les syndicats bloquent systématiquement la concertation. " Pour la nouvelle présidente des libéraux flamands, ils sont " trop conservateurs ". Le débat est lancé.

L’index de retour au centre des discussions

Là-dessus, Anne Demelenne  affirme que la pression sur les salaires n’a jamais été aussi grande. Pour elle, " toutes les mesures d’austérité n’ont rien amené de positif, on a même reculé ! " La secrétaire générale de la FGTB frappe du poing sur la table : c’est toute la méthode qui doit être réformée, mais attention, pas touche à l’index ! Claude Rolin l’appuie aussitôt en déclarant que les syndicats sont prêts à collaborer, mais que la confiance ne peut être garantie dès lors que les promesses ne sont pas tenues, dès lors qu’on garantit " de ne pas toucher à l’index et qu’on le fait quand même. "

En réponse, Paul Magnette se veut rassurant. Hors de question pour le PS de modifier ou de " bidouiller " l’index. Côté MR, Charles Michel ne se déclare pas pour une remise en cause du principe, mais il affiche une volonté claire : " L’indexation doit être modernisée. D’accord, il y a une demande légitime d’augmenter le pouvoir d’achat. Mais si on veut de la relance économique et de l’emploi, il faut des entreprises non contraintes au licenciement. " Sans surprise, la FEF maintient sa ligne plus radicale. " On est à peu près le dernier pays à fonctionner avec l’indexation " déclare Pierre-Alain De Smedt qui veut clairement, à terme et comme la plupart des pays européens,  se séparer du mécanisme.

Accélérer ou ralentir le rythme de désendettement ?

Mais si le débat s’est animé, c’est bien autour de la méthode. L’assainissement budgétaire tel qu’il a été établi devrait permettre d’atteindre l’équilibre pour 2015. " Irréaliste " pour le PS, qui plaide pour un ralentissement du désendettement. En face, appuyée par Charles Michel, Gwendolyn Rutten réplique et se veut claire : " les partis flamands sont unanimes, on doit garder le cap ! Et il faut aussi absolument s’en tenir aux objectifs fixés pour cette année, car nous risquons une amende européenne. " Patrick-Alain De Smedt acquiesce. Il admet que " La charge sociale est trop élevée en termes d’impôts ", mais insiste : " On ne peut pas relâcher l’effort. " Paul Magnette réagit quant à lui en tempête : " On est tous d’accord sur la nécessité du désendettement. Mais quand on a fixé les objectifs, les perspectives de croissance étaient estimées à 0,7%. Elles sont maintenant retombées à 0,2%... Il faut prendre cela en compte ! "

Au centre, Benoît Lutgen tempère. Selon lui l’important est de rester en dessous des 2% de déficit, pour éviter l’effet boule de neige (augmentation du chômage, pas de croissance). Il plaide donc pour un juste milieu car une accélération trop brutale de l’assainissement risquerait de créer du déficit et du chômage.

Débat gauche-droite : couper dans les dépenses vs nouvelles recettes ?

Quelles que soient les prérogatives quant au rythme du désendettement, restent les moyens qu’il faudra se donner pour y parvenir… D’autant que le contrôle budgétaire arrive à grands pas. Les discussions prennent alors les allures d’un débat gauche-droite aux concessions difficiles.

Les libéraux se déclarent immédiatement en faveur de coupes dans les dépenses. Pour Charles Michel, " Il faut mieux et moins dépenser, éviter le gaspillage. Et il faut aussi et surtout se recentrer sur l’économie réelle. " Paul Magnette conçoit que les dépenses doivent être réduites mais tient à " préserver les fonctions essentielles de l’Etat et à ne pas abîmer les services publics. "

De son côté, Benoît Lutgen voit la solution dans les coûts de l’énergie. " La priorité est la maîtrise de ce coût beaucoup trop élevé chez nous. Sa progression doit être contenue car l’impact sur la facture du citoyen est considérable. " Il veut un équilibre entre les recettes et les dépenses, qui passe par une meilleur gestion du non-marchand, secteur à la fois positif pour le travailleur, pour  l’emploi et pour le budget.

Pierre-Alain De Smedt a préféré faire part des craintes des employeurs quant à l’harmonisation des statuts ouvrier-employé, qu’il qualifie de " vraie bombe à retardement ". Ce à quoi Anne Demelenne rétorque que " Cela ne représentera un coût que si l’entreprise licencie. " Elle plaide pour une réforme fiscale en profondeur.

Enfin, c’est avec l’idée de " justice fiscale " que le débat a pris fin. Olivier Deleuze veut favoriser les projets d’avenir, sans " faire la râpe à fromage, soit chipoter partout sans aucun résultat ". Il veut une vision claire, des aides à l’économie réelle et pas d’irrégularités, comme quand " Le gouvernement fait d’un côté pression sur les jeunes en rallongeant le stage d’attente pour le chômage, mais tolère des tas de cadeaux fiscaux pour les entreprises de l’autre. "

Claude Rolin conclut le débat en posant la principale attente des syndicats sur la table. " Une politique centrée sur l’emploi et la justice sociale, où ceux qui gagnent moins paient moins, et inversement. "

Germain Renier

Présenté par Olivier Maroy, le débat réunissait :

Paul Magnette, président du PS

Charles Michel, président du MR

Benoît Lutgen, président du cdH

Olivier Deleuze, coprésident d'Ecolo

Gwendolyn Rutten, présidente de l'Open vld

Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB

Claude Rolin, secrétaire général de la CSC

Pierre-Alain De Smedt, président de la FEB

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