Arnaud Zacharie (CNCD 11.11.11) : "Un gouvernement d'experts ferait le jeu du populisme"

Secrétaire générale du CNCD 11.11.11, Arnaud Zacharie est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 9 novembre sur La Première et ce dimanche 10 novembre sur La Trois. Au menu : la montée de mouvements populistes dans le monde, la sortie de son livre "Mondialisation et national populisme : la nouvelle grande transformation", et la difficulté de partis à former un gouvernement en Belgique.

Comment débloquer la situation politique fédérale, en Belgique ? Joachim Coens (CD & V) proposait la semaine dernière la mise en place d’un gouvernement d’experts. Une très mauvaise idée pour Arnaud Zacharie. "Il y a eu deux expériences de ce type en 2011-2012 en Grèce et en Italie. On a vu ce que ça a donné", débute-t-il. "Si on part du principe qu’on n’est plus capables de compter sur la démocratie, on va aggraver le problème qui est pour moi au centre de la nouvelle grande transformation actuelle".

Vers la démocratie antilibérale

C’est ce que Yascha Mounk, professeur de Harvard, appelle le libéralisme antidémocratique. Arnaud Zacharie développe : "De plus en plus, depuis le tournant néolibéral des années 80, on transfère vers des lieux technocratiques des décisions qui ont un impact très important sur la réalité économique, sociale, environnementale ou culturelle des citoyens. Et donc ça débouche sur ce qu’il appelle la démocratie antilibérale, c’est-à-dire qu’on a des mouvements qui défendent le national populisme, qui sont attachés aux élections, mais qui sont des partis démocratiques".

En revanche, détaille-t-il, "Que ce soit la séparation des pouvoirs, que ce soit la participation citoyenne via des corps intermédiaires, ou que ce soit l’universalité des droits humains, et donc les droits des minorités, ben là, on n’en prend plus compte, donc ce n’est plus une démocratie libérale, c’est une démocratie simplement élective, qui est prônée par ce type de mouvement".

La crise belge, pas si singulière

La crise belge qu’il analyse n’est pas propre à notre pays, poursuit-il. "C’est ce que beaucoup disent, mais ce n’est pas le cas. Notre situation illustre un phénomène quasi généralisé. Avec d’une part la fatigue démocratique qui s’illustre par une baisse très importante des partis traditionnels. D’autre part, la montée de partis antisystèmes".

Le repli national populisme est au cœur de son nouveau livre, "‘Mondialisation et national populisme : la nouvelle grande transformation’". Alors que la ‘première mondialisation’(1870-1914) avait engendré une ‘grande transformation’ débouchant sur la montée des totalitarismes dans les années 1930, la mondialisation actuelle débouche sur une réaction nationaliste et identitaire qui met en péril la démocratie libérale et la coopération multilatérale". Cet ouvrage décrit la "nouvelle grande transformation" qui semble se dérouler sous nos yeux.

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