Armée dans la rue: "Une tempête dans un verre d'eau", juge Kris Peeters

Bart De Wever et Kris Peeters, photographiés le 6 novembre 2013.
Bart De Wever et Kris Peeters, photographiés le 6 novembre 2013. - © DIRK WAEM - BELGA

La tension est palpable entre le CD&V et la N-VA depuis vendredi et l'appel lancé par l'aile anversoise des chrétiens flamands à ses militants, visant à dénoncer sur les réseaux sociaux la présence militaire en rue. Cette attitude des CD&V a été fermement dénoncée par Bart de Wever. Kris Peeters a tenté ce dimanche de calmer le jeu.

Cela peut ressembler comme l'a dit Bart de Wever à un "petit jeu politique" du CD&V. Chacun accusant l'autre de jouer avec "l'angoisse de la population". Le CD&V, le parti, son président Wouter Beke et le vice-Premier au fédéral Kris Peeters n'ont jamais aimé l'idée de voir des militaires dans la rue et l'ont fait savoir.

Pas moins de 300 militaires ont en effet été déployés sur décision du gouvernement fédéral il y a deux semaines pour renforcer la sécurité en certains lieux, face à la possible menace terroriste.

Mais c'est l'idée de l'aile anversoise du CD&V d'appeler ses militants à lancer une campagne sur les réseaux sociaux pour dénoncer la mesure qui était sans doute l'idée de trop. Genre pétard qui explose dans la main. L'aile anversoise du CD&V a eu beau affirmer que l'idée ne venait pas de Kris Peeters, le mal était fait : l'image défaite d'un vice-Premier alimentant l'opposition à une décision approuvée par le gouvernement dont il est membre.

Mais les critiques sont plus profondes, l'affrontement CD&V-N-VA plus dur encore. Le CD&V évoquant un "plan antiterrorisme" ficelé sans transparence avant tout par les ministres N-VA de l'Intérieur et de la Défense. Pointant un bourgmestre d'Anvers Bart de Wever encadré de gardes du corps alors qu'aucune réelle menace ne pèserait sur lui. Pas plus que sur Anvers dont Bart de Wever a claironné qu'elle "serait la prochaine cible".

Un CD&V qui estime que nos services de sécurité, de police, travaillent bien et suivent l'évolution des risques au jour le jour. Qu'il n'y aurait pour l'heure rien d'inquiétant. Bart De Wever a réagi, appelant le CD&V à être entièrement au gouvernement et pas à moitié.

"On voit difficilement ce gouvernement tenir encore quatre ans"

Une analyse que rejoint Dave Sinardet, politologue de l'université d'Anvers. "Depuis le début du gouvernement, on voit que le CD&V est un peu un pied dedans, un pied dehors, dit-il. Et qu'il se profile notamment assez à gauche sur différents dossiers, que ce soit leur plaidoyer pour une taxation sur le capital, le fait qu'il trouve qu'on ne peut plus faire d'économies dans la sécurité sociale et, maintenant, le fait qu'il s'oppose à des mesures trop répressives sur le plan sécuritaire."

"Le CD&V essaye de se réinventer comme le visage social de ce gouvernement. Il est normal, bien sûr, que, dans une coalition avec quatre partis, il y ait des points de vue différents entre eux. Mais la façon normale de discuter est évidemment de discuter en interne des différentes visions et, alors, de trouver un consensus et de la défendre ensemble, avec tous les partis."

Mais le le CD&V s'oppose ici publiquement à des décisions prises au sein du gouvernement, c'est-à-dire aussi par lui-même, "et ce n'est pas la première fois", précise Dave Sinardet. Plus qu'une simple bisbille au sein du fédéral, cette polémique représenterait ainsi parfaitement la situation du CD&V selon le politologue.

 

"Quand on voit le positionnement du CD&V dans le gouvernement fédéral actuel – et d'ailleurs aussi dans le gouvernement flamand – depuis quelques mois, on semble seulement aller toujours un pas beaucoup plus loin. Si cela continue comme ça, on voit difficilement, on voit même difficilement ce gouvernement tenir encore quatre ans."

"Une tempête dans un verre d'eau"

Très silencieux alors que la polémique prenait de l'ampleur vendredi, Kris Peeters s'est finalement exprimé ce dimanche au micro de la RTBF. Il avait déjà qualifié toute cette affaire de "tempête dans un verre d'eau" dans le quotidien flamand Het Nieuwsblad, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il tente d'éteindre l'incendie, même si on comprend que le déploiement de militaires n'a toujours pas vraiment ses faveurs.

"C'était une initiative du CD&V d'Anvers, une initiative positive pour souligner l'importance de la sécurité et pour dire que ce n'est pas un problème de faire du shopping à Anvers, etc. Mais cela a été mal compris malheureusement, a-t-il tempéré. J'ai eu des contacts hier soir (samedi soir, ndlr) avec Bart De Wever pour expliquer les choses et j'espère que, maintenant, c'est réglé."

Sur le fond, on sent malgré tout quelques réticences par rapport à ce dossier. "Quand il y a un niveau 3 (de menace terroriste), c'est possible (de déployer ces militaires). Et lorsque c'est un niveau 2, la décision du gouvernement est très claire", répond-il.

Mais Bart De Wever ou encore Didier Reynders disent que, même si la menace baisse, il faut laisser ces militaires pour protéger certains sites. C'est simplement un "nouvel élément pour la discussion", estime Kris Peeters. "Le plus important est que la sécurité soit assurée. Elle est très importante pour nous tous", a-t-il conclu sans faire davantage de commentaires.

Fabien Van Eeckhaut et Fiona Collienne

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