Archive vidéo : quand Frank Vandenbroucke demandait de brûler l'argent sale des socialistes flamands

Mars 1995, séisme politique en Belgique. Le magazine Knack publie une révélation dans le cadre du scandale de corruption Agusta et de l'achat d'hélicoptères par l'armée belge, marché taché de pots-de-vin. Selon l'organe de presse, Frank Vandenbroucke, président du Parti socialiste flamand (SP), aujourd'hui de retour aux Affaires dans le gouvernement De Croo, a ordonné en 1991 à son trésorier, Etienne Mangé, de brûler cinq millions de francs belges déposés dans un coffre de la banque Codep.

Ces cinq millions seraient - 25 ans après, il faut encore utiliser le conditionnel - une partie des 51 millions de commissions versées par Agusta en 1988. 

En 1995, Frank Vandenbroucke est Vice-Premier et ministre des Affaires étrangères. Pour lui, impossible de nier les faits présentés par le Knack. Il convoque une conférence de presse, peu avant l'officialisation de sa démission. Face aux journalistes qui le harcèlent de question, dont un certain Siegfried Bracke (journaliste politique à la BRT avant de devenir bien plus tard parlementaire N-VA), il confirme avoir fait l'étonnante demande à Etienne Mangé.

J'ai ordonné qu'on brûle cet argent

"J'ai été informé de l'existence de cet argent douteux dont je ne connaissais pas la provenance. Je n'ai pas voulu en savoir d'avantage." L'argent était nullement repris dans la comptabilité du parti. "Ce n'était pas à moi d'enquêter sur le passé de mon parti. J'ai ordonné qu'on brûle cet argent", dit-il, l'air détaché.

Pourtant, il n'a pas d'autre choix que d'effectuer un pas de côté. Frank Vandenbroucke détenait une information concernant le dossier Augusta, sur lequel la justice, soupçonnant fortement le versement de pots-de-vin au PS et SP, enquête depuis plusieurs années. Et il n'a rien dit. C'est Etienne Mangé, mis sous les verrous fin février 1995, qui fera les révélations : oui, les responsables successifs de son parti (Franck Vandenbroucke, Louis Tobback, Willy Claes, Karel Van Miert) étaient au courant qu'Agusta allait verser des pots-de-vin.

Un acte interdit et punissable

Lors des auditions, Etienne Mangé révèle aussi l'existence de ces cinq millions et de la demande de Frank Vandenbroucke. Une demande prohibée et punissable par la loi d'une peine d'emprisonnement et d'amende. Seule la Banque nationale peut assurer la destruction des billets périmés ou usagés. La RTBF reviendra d'ailleurs longuement dans son journal du 23 mars sur l'illégalité de la démarche.

L'argent sale n'a finalement pas été brûlé mais aiguillé vers une société proche du parti socialiste flamand.

L'image de Frank Vandenbroucke, 40 ans, est écornée et avec elle celle de l'ensemble du SP. 

Après un purgatoire de quatre ans, il redevient ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Verhofstadt. En 2004, il entre au gouvernement flamand pour prendre en charge l'enseignement. En 2011, il annonce son retrait de la vie politique pour se consacrer entièrement à sa carrière d'enseignant à la KUL et à Anvers. Un retrait qui aura duré moins de dix années, rompu par le nouveau patron des socialistes du Nord du Pays, Conner Rousseau.

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