ArcelorMittal: manif violente à Namur, les politiques veulent sauver l'outil

Des affrontements ont fait quelques blessés parmi les manifestants et les forces de l'ordre
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Des affrontements ont fait quelques blessés parmi les manifestants et les forces de l'ordre - © RTBF - Colette Jaspers

Une délégation des travailleurs d'ArcelorMittal a rencontré, ce mardi, les représentants du gouvernement wallon. Les politiques wallons disent n'exclure aucune solution pour sauver le bassin liégeois. "Personne ne doit douter de notre détermination commune. Nous sommes prêts à une épreuve de force", a déclaré le ministre-président Rudy Demotte. En marge de cette rencontre avec les syndicats, 1500 travailleurs avaient répondu présent à la manifestation. Malgré l'important dispositif policier mis en place, des débordements ont éclaté entre travailleurs et forces de l'ordre, à une centaine de mètres de l'Elysette. Les affrontements ont fait cinq blessés dans les rangs de la police, dont un grave. Une poignée de manifestants auraient également été touché dans les échauffourées.

"Personne ne doit douter de notre détermination commune. Nous sommes prêts à une épreuve de force et toutes les pistes seront étudiées au sein de la task force qui aura pour mission de trouver un repreneur'", a déclaré le ministre-président Rudy Demotte, a l'issue de la rencontre avec la délégation syndicale des travailleurs d'ArcelorMittal. Un entretien qui a duré plus d'une heure.

Le gouvernement wallon dit comprendre le désespoir des travailleurs, devant la brutalité de la décision d'ArcelorMittal. Il affirme n'exclure aucune solution, à la condition de garantir la pérennité industrielle et la soutenabilité financière. Une 'task force' sera mise sur pied, pour étudier toutes les pistes et dans laquelle les syndicats seront représentés. 

Le gouvernement wallon et les syndicats soutiendront les initiatives "créant de nouveaux instruments juridiques permettant à l'échelon fédéral de se saisir des propriétés industrielles vouées à la fermeture", a conclu Rudy Demotte.

Du côté des syndicats

Jordan Atanasov, le président de la CSC Métal Liège, dit ne rien avoir obtenu de plus à l'issue de l'entrevue avec le gouvernement wallon :

"Ce que l'on a, c'est un engagement du gouvernement qui a réaffirmé sa détermination à maintenir l'activité sidérurgique à Liège. Je pense que la manifestation d'aujourd'hui prouve que les travailleurs veulent que le gouvernement s'attache et s'arrache par rapport aux situations que l'on vit à Liège. Ils veulent que l'on trouve une solution assez rapidement et peut-être que la solution permettrait, à terme, de maintenir l'ensemble du site à Liège".

A la FGTB, Francis Gomez, président de la Fédération des Métallurgistes Liège, demande aux ouvriers de continuer le combat :

"Ils doivent continuer à exprimer leur colère auprès de Mittal, sur la décision qui est totalement inacceptable, de fermer les outils de Liège. La pression va continuer à être exercée à tous les niveaux, c'est-à-dire que nous continuerons à exercer une pression auprès des politiques mais surtout auprès de Mittal".

La manifestation a vite dégénéré

Quelque 1500 travailleurs ont rejoint l'Elysette sur le coup de midi. D'après nos reporters présents sur place, des débordements ont éclaté peu après entre policiers et travailleurs. Les policiers (venant pour une bonne partie d'Anvers) ont fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher les manifestants de pénétrer dans le périmètre de sécurité placé autour de l'Elysette. Trois autopompes sont entrées en action. Les policiers ont avancés casqués et un hélicoptère a survolé le cortège.

Réplique immédiate des travailleurs qui ont lancé des pavés et des boulons sur les hommes de la police, des hommes qui ont également été "couverts" de peinture. Les vitres de plusieurs commerces ont été brisées et plusieurs manifestants ont été légèrement blessés dans les échauffourées. Les magasins aux alentours ont été fermés et barricadés. Quelques dégâts dans des vitrines sont à déplorer.

Après s'être quelque peu calmée, la tension semblait avoir repris dans un second temps: une bonne centaine de manifestants, qui refusaient de remonter dans les cars, ont fait face à la police. On a à nouveau constaté des jets de pavés et boulons en direction des forces de l'ordre.

Selon la police, ces échauffourées ont fait cinq blessés dans leurs rangs, dont un policier emmené dans un hôpital de la région. Toujours d'après la police, il y aurait eu près de 1200 manifestants dans les rues de Namur, pour quelque 200 policiers. La police qui nous a également déclaré avoir été surprise par l'ampleur et la virulence de certains travailleurs, et qui a dû faire appel à des renforts durant le manifestation. Mais visiblement il n'y avait pas que des travailleurs dans les manifestants. Des casseurs voulaient aussi en découdre avec la police.

Peu après 14 heures, à la fin de la rencontre entre la délégation syndicale et le gouvernement wallon, les manifestants sont remontés dans les cars et ont quitté la capitale wallonne.

Les forces de l'ordre se défendent de toute provocation

"En aucune manière, il n'y a eu de provocation de la part des forces de l'ordre", ont affirmé le bourgmestre de Namur et plusieurs responsables de la police. La police s'attendait à des affrontements, déclare Pascal Ligot, le chef de corps de la police de Namur :

"Pour moi, l'affrontement n'était pas évitable, dans la mesure où ils voulaient être confrontés aux barrages policiers. On a fait en sorte de limiter au maximum la réaction policière. Tout le dispositif était défensif et on avait une réserve qui était offensive en cas, effectivement, de pressions trop importantes sur les barrages". 

Des manifestants déclarent pourtant que, à peine arrivés près du barrage, les autopompes se sont mis en action tout de suite, ce que réfute Pascal Ligot :

"Dès le moment où ils sont arrivés sur le barrage de la rue Mazy, ils ont canardé la section qui était au contact de ce barrage là et l'autopompe est intervenue immédiatement dès le moment où on a eu des lancés de couleurs, de boulons, de barres de fer, de pavés et même de l'huile de friteuse... Dès le moment où on a vu qu'il y avait une volonté d'en découdre et bien on a réagi, et je pense, de manière tout à fait proportionnée".

Maxime Prévot, le bourgmestre de Namur dit pouvoir tout à fait comprendre la colère qui anime les travailleurs d'ArcelorMittal, mais il ne cautionne pas les excès de violence et les dégâts occasionnés :

"On sait que les métallos, lorsqu'ils manifestent le font avec véhémence. La mission de la police en ces circonstances est de garantir un périmètre de sécurité autour des institutions wallonnes. La police de Namur a répondu à sa mission", a conclu Maxime Prévot, le bourgmestre de Namur.

 
Malgré la violence des affrontements, aucune arrestation administrative n'a été enregistrée.
 

Colette Jaspers

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