Arabie Saoudite à l'ONU: Marcourt dénonce "l'écran de fumée de Didier Reynders"

Entendu en commission Affaires étrangères de la Chambre, Didier Reynders présente à son tour ses excuses à ceux choqués par le vote Belge en faveur de l'Arabie Saoudite pour une place à la commission des conditions de la femme de l'ONU.

Il réaffirme une nouvelle fois qu'il n'était pas personnellement au courant et a annoncé vouloir remettre à plat les relations avec l'Arabie Saoudite, ...relançant notamment le débat sur l'embargo sur les armes, question très sensible en Wallonie. Une manoeuvre décrite par le ministre Marcourt comme un "écran de fumée", parce que "Didier Reynders est en grande difficulté".

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Pour rappel, la semaine dernière, l'Arabie Saoudite, pays très conservateur et misogyne, est devenue membre de la Commission des droits des femmes de l'ONU, qui promeut l'égalité des deux sexes.

Pas de contradiction entre le Premier ministre et moi

Interrogé sur la question, le Premier ministre Charles Michel avait dit "regretter le vote exprimé côté belge", prétextant un manque de temps du côté des diplomates pour voir quelle position adopter. 

Néanmoins, un courrier tend à montrer que le cabinet des Affaires Etrangères était au courant ainsi que celui d'Alexander De Croo. Reynders nie, affirmant qu'"il n'y a pas de contradiction entre le Premier ministre et moi". Et souligne qu'un vote négatif de la Belgique n'aurait pas changé grand chose, mais admet qu'il fallait modifier la procédure.

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L'opposition n'est pas satisfaite

Pour l'opposition, ces explications exprimées par Didier Reynders et Charles Michel, se succèdent les unes aux autres depuis mercredi sans toujours être concordantes.

Et même s'il s'avère finalement que le ministre Reynders n'a pas été mis personnellement au courant du processus de vote, celui-ci doit endosser la responsabilité politique de son cabinet, a-t-elle insisté.

Deux éléments ont alerté l'attention de ces députés après la mise au jour par les Verts des échanges de courriels entre New York et le cabinet. Le Premier ministre a indiqué à la Chambre que les contacts se déroulaient entre New York et le "ministère". Et il a évoqué le laps de temps très court dans lequel il fallait agir, "quelques heures" selon lui, "trois heures", selon Didier Reynders. Or, les courriels démontrent que la décision a été prise par le cabinet Reynders, au moins neuf heures après la sollicitation, en tenant compte des échanges informels.

Le gouvernement a commis une faute

"Collègues de la majorité, acceptons-nous qu'un ministre et le premier ministre donnent des informations qui ne correspondent pas à la réalité? ", a demandé Wouter De Vriendt (Groen), défendant une argumentation battue en brèche par la majorité, selon qui il n'y a absolument pas de discordances entre les différentes explications.

"Aujourd'hui, il y a un problème de confiance. Votre cabinet, c'est vous. Assumez-en la responsabilité politique. Là vous n'assumez rien", a fustigé Gwenaelle Grovonius (PS). "Il ne devait pas nécessairement être au courant que pour assumer la responsabilité politique. Le gouvernement a commis une faute", a renchéri le président de la commission, Dirk Van der Maelen (sp.a).

Embargo sur les armes

Lors de son audition, Didier Reynders a par ailleurs annoncé qu''"il n'y aura plus de mission économique du gouvernement fédéral en Arabie Saoudite tant que nous ne constatons pas d'évolution sur la situation de l'égalité entre les hommes et les femmes".

"Je sais que certains sujets économiques sont plus sensibles, je répète que je suis favorable à un embargo sur la vente d'armes vers l'Arabie Saoudite", a-t-il dit alors que 60% des armes wallonnes sont exportées vers l'Arabie Saoudite.

 

"La question est de savoir si les Régions sont, elles, prêtes à agir au départ de notre pays ou du Benelux, pour plaider comme nous la défense des droits humains et l'égalité des hommes et des femmes ou bien si elles maintiennent leur position d'avancer au niveau européen, ce qui sera très long et très difficile à obtenir".

Le ministre-président wallon Paul Magnette a réagi: "Notre position est très claire. Il y a un mois, nous avons dit que nous étions favorables à un embargo sur les armes et le matériel à double usage, au niveau européen, vers l'Arabie Saoudite. Nous l'avions signifié au gouvernement fédéral [qui est seul compétent pour obtenir un embargo au niveau européen] à la veille du dernier Conseil Européen".

 

Marcourt: "Un écran de fumée parce qu'il est en grande difficulté"

Enfin, Jean-Claude Marcourt a réagi sur les ondes de la RTBF au micro de Carl Defoy: "Il est toujours facile de lancer un écran de fumée lorsqu’on s’est mis soi-même en grande difficulté . Ne mélangeons pas tout. Aujourd’hui, il est en difficulté par rapport à la décision de son département par rapport à cette décision de l’ONU. Réglons ce problème sans dire que la faute est ailleurs".

Il précisera encore: "Il n’y a pas de mission prévue pour l’instant en Arabie Saoudite. Mais d’un autre côté, Monsieur Reynders dit toujours qu’il vaut mieux parler avec les pays qui ont des problèmes avec les droits de l’homme. Aujourd’hui, il change de stratégie parce qu'il est dans une très grande difficulté".

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