Après ses déclarations, le patron de la sûreté nucléaire écarté

Le patron de la sûreté belge est sur la sellette, annonce ce mardi L'Echo. En cause, ses propos plutôt forts sur la sécurité de nos centrales nucléaires et les risques pour l'approvisionnement en électricité.

Ingénieur civil avec 30 ans de service chez Electrabel, Willy De Roovere connaît bien la centrale de Doel qu'il a même dirigée.

Mais voilà, ces derniers temps, la patron de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire a multiplié les déclarations sceptiques et pessimistes sur le redémarrage de Doel 3 et souligné que 350 réacteurs dans le monde pourraient avoir le même problème que celui de Doel, et notamment Tihange 2. Il a aussi évoqué les "10 000 fissures, dont 8 000 concentrées dans le bas de la cuve".

Tensions sur l'électricité

Ses déclarations sur de possibles black outs en Belgique avaient aussi provoqué des remous: pour le secrétaire d’État à l’Énergie Melchior Wathelet, il ne s’agissait pas de ses affaires : "Willy De Roovere est compétent pour la sécurité de nos centrales nucléaires, avec lesquelles je crois qu’il a plus qu’assez de travail, et pas pour les centrales au charbon et au gaz, les éoliennes ou la biomasse".

Le vice-Premier et ministre de l'Economie a aussi tenu lundi à mettre les choses au point sur les tarifs de l'électricité: les prix ne peuvent pas augmenter, même si une ou deux centrales doivent fermer. "Des centrales nucléaires ont fermé en Allemagne après Fukushima, sans que les prix augmentent", dit le ministre à la VRT. "De plus notre électricité est plus chère qu'à l'étranger, alors que nous avons proportionnellement plus de centrales nucléaires. Donc si beaucoup de centrales nucléaires ne tirent pas les tarifs vers le bas, je ne vois pas pourquoi les prix augmenteraient quand on ferme une centrale nucléaire". Le ministre rappelle aussi que les prix de l'électricité sont bloqués en Belgique et qu'ils n'augmenteront qu'en cas d'augmentation sur le marché international, dit-il.

Panique et confusion

"On entend toutes sortes d'histoires confuses, tonne aussi Johan Vande Lanotte au micro de la VRT. D'abord un problème dans une centrale nucléaire, puis dans deux, puis on entend que le problème concerne potentiellement le monde entier. Je pense qu'il est temps de faire la clarté sur le problème, donner une conclusion claire à la population et au gouvernement sur ce qui se passe et ce qu'il faut faire."

Les propos de Willy De Roovere sur la sécurité des centrales ont fait bondir Johan Vande Lanotte: "L’information que le patron de l’AFCN diffuse manque, pour le moins, de cohérence, déclare le ministre de l’Économie. Plutôt que de provoquer la panique dans les médias, il ferait mieux de renseigner le gouvernement et la population et de dire ce qu’il faut faire."

Remplacement

"Il n'est plus là que pour quelques jours", dit-on dans les couloirs d'un cabinet ministériel. Le cabinet de la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet, chargée de nommer son remplaçant, confirme: "Son successeur sera nommé début septembre."

A 66 ans, Willy De Roovere a dépassé l'âge de la pension depuis un an. Le gouvernement avait décidé du troisième prolongement de son mandat en juillet, mais cette prolongation risque d'être de courte durée. Son remplacement a été notamment retardé par l'absence de gouvernement de plein exercice. Comme le souligne L'Echo, la proximité de sa fin de carrière pourrait avoir donné une liberté de parole supplémentaire à l'homme, mais qui risque cependant d’accélérer sa mise à la pension.

La désignation de son successeur est plus délicate que jamais, dans le contexte actuel. L'Echo évoque les noms de Jan Bens, ancien directeur général de la centrale nucléaire de Doel, de Koen Persyn, à la tête de Controlatom (AIB Vinçotte), de Manfred Schrauben, chef du département surveillance et contrôle à l’AFCN et enfin de Robert Leclère, administrateur délégué de Synatom, filiale d’Electrabel qui gère le combustible nucléaire, et président du Forum nucléaire.

Ecolo dénonce le remplacement accéléré du patron de l'AFCN

Ecolo et Groen se sont inquiétés de ces informations. Pour les écologistes, "les dernières communications de l'AFCN, même tardives, ont le mérite d'avoir pu donner un éclairage plus correct de la situation et des risques notamment en matière d'approvisionnement". Or, "le gouvernement a choisi une nouvelle fois de décrédibiliser son régulateur à travers les déclarations de certains ses ministres".

Selon Ecolo et Groen, il agit "comme s'il était sous l'influence d'un lobby nucléaire courroucé par les régulateurs indépendants". "Cette situation rappelle les critiques publiques de l'ancien ministre de l'Energie Paul Magnette par rapport au régulateur fédéral de l'énergie (la CREG), lorsque celui-ci avait estimé la rente du secteur nucléaire à 1,7 milliards contre l'avis de GDF-Suez et consort", ajoutent les deux partis.

Pour eux, Willy De Roovere doit rester en place le temps que les contrôles des cuves de réacteurs par ultrasons soient terminés sur l'ensemble du parc nucléaire belge. "Il s'agit de tirer profit de quelqu'un qui connaît bien le dossier mais aussi un gage manifeste de transparence que l'on est en droit d'avoir vis-à-vis de la population belge en matière de sécurité nucléaire".

JFH avec Belga

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