Après 40 ans à la tête de Knokke, Léopold Lippens pourrait chuter pour conflit d'intérêts

Léopold Lippens est sous le coup d'une enquête pour conflit d’intérêt
Léopold Lippens est sous le coup d'une enquête pour conflit d’intérêt - © KURT DESPLENTER - BELGA

Le parquet de Bruges a ouvert une enquête sur un potentiel conflit d’intérêts dans le chef du bourgmestre de Knokke-Heist, Léopold Lippens. L’affaire remonte à 2016 et concerne des terres agricoles que la commune entend transformer en zone résidentielle pour y construire des logements. Lors d’un audit, une agence du gouvernement flamand a constaté des irrégularités.

Le comte et frère de Maurice Lippens (Fortis) était présent et a participé aux débats sur ce sujet lors des conseils communaux, alors même que des membres de sa famille ont des intérêts personnels dans ce dossier, ses enfants notamment. Au total, les membres de sa famille possèdent ainsi 33% des parts dans les terrains en question. Léopold Lippens aurait pu, vu ses liens personnels avec le dossier, ne pas assister à ces discussions.

Aujourd’hui, le bourgmestre de Knokke-Heist reconnaît les faits, admet aussi qu’il n’aurait pas dû assister à cette réunion. Mais selon lui, il s’agit simplement d’une erreur due à un oubli du service communal. Bref, pas de quoi fouetter un chat à en croire le bourgmestre. Une interprétation que ne semble pas suivre la justice puisqu’elle estime qu’il y a tout de même lieu de mener une enquête.

40 ans de règne et de propos polémiques

Cette affaire fait grand bruit dans la presse flamande. Et cela n’a rien d’étonnant vu la personnalité de Léopold Lippens. A 78 ans, l’homme règne sur sa commune depuis 40 ans, toujours prompt à s’afficher dans la presse, à commenter avec vigueur l’actualité et à faire parler de lui.

Par exemple en 2016, alors que la France ferme la "jungle" de Calais et réintroduit des contrôles aux frontières, Léopold Lippens réagit avec virulence à l’éventuelle arrivée de migrants près de sa commune. Il propose, dans une interview à Sudpresse, de créer un camp "comme Guantanamo, mais sans les torturer." Interrogé sur ses propos par la RTBF, il tente d’atténuer un peu l’affaire et explique avoir dit : "Illégal, c’est illégal. Quand on est illégal, il ne faut pas pouvoir retrouver immédiatement la liberté comme on le fait aujourd’hui". Il parle alors simplement d’un endroit fermé où l’on maintiendrait les illégaux avant de les renvoyer chez eux dans les trois jours, remercie au passage Théo Francken et Jan Jambon, avant de commenter la décision française de démanteler le camp de Calais : "Les Français sont dégoûtants comme d’habitude, ils renvoient tous leurs réfugiés, ils ferment Calais parce que le Front national a gagné. Ils ont peur des répercussions politiques et ils envoient les gens par bus en Belgique. Mais ça suffit comme plaisanterie ! Les réfugiés font des dégâts monstres aux camions. Il faut que ça cesse. S’ils viennent ici et sont illégaux, on les arrêtera".

Garder le prestige de Knokke-Heist

A coté de ces propos polémiques, les mesures disons folkloriques prises par Léopold Lippens pour préserver le caractère huppé de sa commune feraient presque sourire. On se souvient qu’il a fait interdire "les touristes à frigo box" sur ses plages, entendez les personnes qui viennent avec leur propre nourriture et ne font donc pas tourner les commerces de la commune. Même tonalité en septembre dernier, la commune a annoncé préparer un plan pour pouvoir infliger des amandes de minimum 250 euros aux visiteurs qui ne respectent pas un code de bonne conduite, c’est-à-dire se promèneraient en maillot sur la digue ou pique-niqueraient à même le sol, fini aussi la musique diffusée sur la plage. N’espérez pas non plus trouver une pizza au bar de la plage, depuis décembre c’est interdit. Pour ne pas concurrencer les restaurants de la digue, les bars de plage ne peuvent déjà plus vendre de plats chauds et doivent à présent se contenter de proposer des snacks froids repris dans la liste des 17 mets autorisés par la commune (saumon fumé, olives, fruits, jambon de parme, chips…)

Si elle fait parler d’elle, la formule Lippens semble toutefois fonctionner. Lors des élections communales de 2018 Léopold Lippens a obtenu une majorité absolue. Le 26 octobre 2019, le comte s’est offert deux fêtes pour célébrer dignement ses 40 ans de mandat de bourgmestre, l’une réservée à ses invités et l’autre ouverte à tous. Il ne sera pas contre pas présent ce week-end lors des vœux de la commune, l'enquête judiciaire en cours semble déjà avoir des répercussions.

 

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