Appel à dénoncer "les provocations policières" lors des émeutes de samedi à Bruxelles: le MRAX persiste et signe

Appel à dénoncer "les provocations policières" lors des émeutes de samedi à Bruxelles: le MRAX persiste et signe
Appel à dénoncer "les provocations policières" lors des émeutes de samedi à Bruxelles: le MRAX persiste et signe - © Tous droits réservés

Les violences qui ont éclaté samedi soir à Bruxelles ont impliqué quelque 300 personnes et fait 23 blessés, dont 22 policiers. Deux voitures ont été incendiées, plusieurs magasins ont été pillés, tandis que des installations prévues pour les Plaisirs d'hiver ont été saccagées. 

Plusieurs habitants du centre-ville se sont plaints de l'intervention tardive et insuffisante de la police. Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a d'ailleurs demandé à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale (AIG) l'ouverture d'une enquête sur les circonstances dans lesquelles s'est déroulée l'intervention.

Appel à dénonciation lancé dimanche, puis retiré

De son côté, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax) a lancé un appel dimanche matin sur sa page Facebook aux témoins des "provocations de la police". Le message a été supprimé un peu moins de trois heures après sa diffusion. "La communication n'était pas suffisamment claire sur un sujet aussi délicat", a expliqué Carlos Crespo, le président du Mrax, à l'agence Belga.

"Suite aux troubles à l'ordre public de la police hier soir à la Bourse, il est important que toutes les personnes présentes qui ont filmé des provocations de la police partagent leurs vidéos auprès d'associations luttant contre l'oppression policière", indiquait dimanche midi la page de l'association.

Ce message a très vite suscité des réactions indignées sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes se demandant notamment si un tel appel à témoins entrait effectivement dans les compétences de l'association de lutte contre le racisme. Une position que défend M. Crespo. "A partir du moment où nous avons des indications sur des violences policières ou sur un comportement inapproprié envers des minorités, nous pouvons intervenir", justifie-t-il.

Carlos Crespo expliquait que le Mrax avait reçu plusieurs signalements de violences policières dans le centre de Bruxelles et que ce sont ces informations qui ont décidé le mouvement à lancer son appel à témoins.

De nombreux témoignage dans le même sens

Estimant cette publication trop rapide, le MRAX l'avait retirée dans un premier temps.

Aujourd'hui, le MRAX persiste et signe, en publiant quelques-uns des témoignages reçus:

"Je travaille chez les pompiers, j'étais sur place, la police a déconné. Il y avait une bonne ambiance et la police a chargé les gamins et ça a dégénéré"

" Tout le monde était calme et en train de s'exprimer avec joie après la qualification. J'y étais... D’un coup la police a chargé en demandant aux gens de se diriger vers la "Gare du Midi" "


" Nous passons à côté des policiers pour contourner la Bourse et monter en direction de la Gare centrale, quand nous voyons devant nous arriver un nouveau groupe de plusieurs dizaines de policiers, dont des femmes, se mettre en position pour former un mur serré. Tous ferment leur visière. Notre itinéraire nous oblige à “percer” la ligne par en face. Tout à coup, je ne me sens plus très rassuré : on dirait qu’ils se préparent à marcher sur le rassemblement, mais pourquoi le feraient-ils ? "


" L'ambiance était bon enfant. La police a démarré sa charge et une autopompe a commencé ses jets d'eau alors que tout se passait bien. La police a été menaçante dès le départ. Je trouve inadmissible de jouer la provocation "


" Tout se passait pour le mieux, les Marocains fêtaient leur victoire tous réunis sur la place de la Bourse ils chantaient, dansaient en famille ou entre amis… ils ont commencé à nous pousser vers cette sortie en courant vers nous avec leur matraque et leur canon à eau et c'est là que l'émeute a commencé "


" Les supporters marocains fêtaient la qualification de l’équipe marocaine pour le mondial dans le calme et la bonne
humeur, puis la police a chargé sans raison et sans faire de distinction entre femmes et enfants ou jeunes et plus âgés!
J’ai déjà participé à des scènes de joie à la Bourse après une victoire de l’équipe nationale Belge et la police n’a jamais
chargé dans le tas ainsi!
"


" La plupart des personnes présentes ont tourné le dos à l’impressionnant déploiement de force pour ne pas céder à la provocation. Il est un peu plus de 21h, je me trouve sur les marches de la Bourse. Devant moi, au son des vuvuzuelas et des dourbougas, des chants de victoire retentissent ; des enfants dansent, des femmes lancent des youyous… Bref, une belle ambiance familiale et bon enfant. C’est à ce moment-là, sans aucune sommation, que l’autopompe est entrée en action. Sans faire aucune distinction, tout le monde est aspergé d’eau et de gaz lacrymogène, des enfants tombent sur le sol, des femmes apeurées courent dans tous les sens… Sauve qui peut, il faut s’enfuir avant d’être pris par la charge des policiers qui ont, après seulement 45 minutes sur les marches de la Bourse, mis fin à la fête dans l’incompréhension générale. "


Et le MRAX rappelle ce témoignage d’un policier en service depuis 15 ans dans la DH du 14/11/2017) :
" J’en ai vécu des événements, des incidents, des défaites, des victoires mais jamais on ne nous a demandé de faire évacuer d’emblée la Bourse. Avant même que les gens aient le temps de manifester leur joie. Normalement, on laisse les gens fêter la victoire, on les encercle et on les encadre. Certes, on reçoit quelques projectiles, des canettes ou autres, mais rien qui devienne ingérable. Ici par contre, on a dû se mettre en ligne droite et repousser les gens en direction de la gare
du Midi. Pris au dépourvu, le chef nous a demandé d’agir ainsi pensant sans doute qu’on se débarrasserait des jeunes de la sorte. Mais on a créé chez eux un sentiment de frustration. Même si, j’insiste, cela n’excuse en rien leur comportement
"

Pas d'approbation

Le Mrax "condamne avec force toutes les violences contre les policiers", ajoute M. Crespo. Mais "lorsque le MRAX reçoit et observe des témoignages dénonçant la gestion policière du rassemblement à la Bourse de ce samedi 11 novembre au soir, témoignages directs venant de personnes présentes au moment des faits, il relève de son objet social d’y donner crédit d’abord, de le rapporter publiquement ensuite, et d’appeler en même temps à d'autres témoignages dans
l’objectif d’exercer pleinement sa mission de vigilance citoyenne. Y voir une approbation ou une relativisation par le MRAX des évènements qui s'en sont suivis est
fallacieux, et utiliser les évènements qui s'en sont suivis pour cautionner - ou masquer - de manière rétroactive la gestion policière en amont est tout aussi fallacieux."

Le MRAX  souhaite maintenant que l'enquête puisse se mener dans un climat serein afin que toute la lumière soit faite sur les événements survenus samedi soir. 

"Nous constatons que l’émotion collective savamment entretenue autour de ces évènements a empêché leur traitement raisonnable et raisonné et a ainsi de nouveau offert des opportunités de récupération à des fins de politiques racistes.
Nous dénonçons la proposition de création d’une police des étrangers. Cette proposition fait d'abord un amalgame inadmissible entre " vandales " et " étrangers ". En l’absence d’arrestations, rien ne permet de supposer que les faits de vandalisme ont été commis par des étrangers. Ensuite, il est extrêmement inquiétant de proposer la création d’une police différenciée selon l’origine des gens.
Nous soulignons que cet amalgame et ce danger ont été dénoncés par des élus de tous les partis démocratiques.
Rechercher l’établissement d’une vérité pleine et entière ne devrait heurter personne, et ne saurait, en soi, générer ni " rétractation " à assumer ni " maladresse " à justifier. Nous posons cependant de nouveau le constat de la distance, aujourd’hui comme hier, entre ce que nous savons de la société, de ses fractures, de ses injustices, de sa violence… et le discours que la " société " produit et porte sur elle-même."

Et le MRAX conclut que ces témoignages reçus ainsi que ceux repris dans différents médias sont maintenant traités par notre Service juridique...

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK