Annemie Schaus, rectrice de l’ULB : "Les jeunes ne sont pas je-m’en-foutistes"

Les jeunes ne meurent que rarement du covid-19. Mais ils en payent le prix fort, en termes psychologiques, sociaux, économiques, affectifs, etc. Ce constat s’impose de plus en plus, et devient criant dans le monde étudiant et académique, après la fin de la session d’examens du premier quadrimestre. La rectrice de l’ULB, Annemie Schaus, l’a expliqué dans une récente carte blanche et elle s’en est expliquée un peu plus sur le plateau de "Jeudi en Prime".

Des étudiants en décrochage

Oui, un certain nombre de "students" semblent être en décrochage. Impossible d’en estimer le nombre, "c’est encore trop tôt. Ce qu’on sait déjà, c’est que certains sont venus aux examens en présentiel, alors qu’ils n’avaient pas étudié, qu’ils n’étaient pas prêts. Ils auraient pu demander une cote de présence, par mail. Ils ont préféré venir dans l’auditoire, pour être entouré de collègues, pour pouvoir discuter un peu à la sortie de l’auditoire. D’autres ont rendu des travaux mais au lieu de répondre aux exigences du travail, ils expliquent pendant 5 pages la difficulté qu’ils vivent. Le malaise des étudiants est vraiment palpable."

Reste un élément chiffre inquiétant : 3000 étudiants n’ont pas payé le minerval, alors que la période pour le payer arrive bientôt à échéance. Un non-paiement signifie que ces étudiants ne continueront pas, qu’ils sont en décrochage. Annemie Schaus a l’espoir : "Peut-être qu’ils décrochent à cause du distanciel et qu’ils vont peut-être reprendre, si, comme je l’espère, le présentiel pourra reprendre."

Impliquer les étudiants dans la prise de décision

La vaccination des plus âgées en cours doit permettre d’alléger les mesures concernant les étudiants. Le public le plus à risque protégé, les hôpitaux seront "sortis d’affaire" et la vie pourrait reprendre un tout petit peu comme avant. C’est l’espoir de la rectrice de l’ULB. Cela ne signifie pas qu’il faille baisser la garde : avec l’épidémiologique Marius Gilbert (et qui est aussi vice-recteur de l’ULB) et Jean-Benoît Pilet (professeur en sciences politiques), l’ULB met au point un programme "back to campus", avec les étudiants : "On discute des mesures à prendre pour que les étudiants participent à la sécurité de tous dans les auditoires. Il ne faut pas croire que les étudiants sont je-m'en-foutistes. Ils sont tout à fait prêts à participer à des mesures de protection sanitaire."

Les premières années constitue l’un des publics les plus fragilisés, eux qui n’ont pas eu une "rhéto" normale. L’ULB annonce travailler à des mesures, comme l’allègement de la première année. Une mesure non obligatoire, "pour se remettre à niveau, sans alourdir leur programme. […] Cette crise nous permet aussi de développer de nouveaux moyens pour l’ascenseur social."

L’université essaie, autant que faire se peut, de venir en aide aux jeunes, car leur situation est critique. Selon des études américaines et françaises, les idées suicidaires sont en "augmentation inquiétante" selon la rectrice, avec 30% de jeunes avec des pensées suicidaires, parfois même chez les adolescents. Annemie Schaus se réjouit néanmoins que des psychologues, même hors de la communauté académique, offrent un soutien gratuit aux plus jeunes.

Allocation Corona, tests salivaires et ras-le-bol professoral

S’il est un peu moins jeune, le corps professoral aussi souffre et en a marre. Au point où celui-ci, selon la rectrice, a exprimé un ras-le-bol des cours à distance, "une lassitude tellement c’est compliqué". Raison pour laquelle l’université souhaite développer, d’ici le 1er mars, des tests salivaires pour permettre aux étudiants de revenir plus nombreux.

Autre mesure à prendre, selon Annemie Schaus : une "allocation corona" : "les politiques pourraient donner des allocations corona pour les étudiants qui ont perdu leur job." Si la ministre de tutelle, la MR Valérie Glatigny s’est montré ouverte sur la question, "les moyens de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont ce qu’ils sont. C’est donc plutôt au fédéral à voir".

Reste, enfin, un espoir : "Que la vaccination aille le plus vite possible et que les étudiants reviennent."

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