Anne-Emmanuelle Bourgaux (UMons) : "La Belgique est en état de burn-out constitutionnel"

Anne-Emmanuelle Bourgaux, constitutionnaliste à l’UMons, était l’invitée de La Première ce jeudi matin. Une semaine après la présentation des nouveaux gouvernements en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles, elle analyse l’état institutionnel de la Belgique.

"Extérieurement, en Belgique, depuis le 26 mai dernier (date des élections fédérales, régionales et européennes, NDLR), tout fonctionne plutôt bien. En un été, déjà six gouvernements sont formés", commence-t-elle.

Et au fédéral ? "Cela ne s’agite pas, cela court, et même cela s’encourt en affaires courantes et vers des cieux européens plus sereins et plus radieux. Kris Peeters vers le Parlement européen, Charles Michel vers le Conseil européen, Didier Reynders vers la Commission européenne."

Dans ce contexte, la Belgique vivrait son "burn-out constitutionnel". "Le burn-out, c’est l’agitation qui annonce la capitulation. Depuis 2010, nous sommes incapables de former un gouvernement fédéral représentatif des deux côtés de la frontière linguistique. En 2010-2014, le gouvernement est légèrement minoritaire du côté néerlandophone, et en 2014-2019 c’est l’inverse, c’est du côté francophone que la représentativité s’écroule. […] Réfléchissons-nous finalement à cette impossibilité de contenter Monsieur et Madame sur un projet de couple commun ?"

"La Belgique est stressée par des crises à répétition"

Anne-Emmanuelle Bourgaux poursuit : "La Belgique est épuisée par des réformes de l’État qui sont remises en cause à peine l’encre séchée. La Belgique est stressée par des crises à répétition. La Belgique ne réussit ni à sauver son modèle constitutionnel ni à le transformer. Bref, je pense que la Belgique est en état de burn-out constitutionnel."

Comment faire, dès lors, pour sortir de cette situation ? La constitutionnaliste de l’Umons approfondit la métaphore médicale. "Tous les docteurs vous le diront, face à un burn-out, la guérison passe par l’acceptation et par le temps, pas par le déni ni par la précipitation. À défaut, c’est l’effondrement qui guette."

Selon elle, "nous pouvons continuer à éviter le débat. Que veut-on faire ensemble encore en Belgique ? À quel prix ? Selon quel modèle démocratique ? Mais à chaque élection, c’est pire. Aujourd’hui, les nationalistes flamands N-VA et Vlaams Belang comptent 42 sièges à la Chambre sur 89, c’est donc presque la majorité du côté néerlandophone".

Anne-Emmanuelle Bourgaux envisage plusieurs solutions. "On peut former un gouvernement d’union nationale démocratique. On pourrait lancer des discussions institutionnelles au sein du Sénat — c’est à peu près la seule compétence qui lui reste, alors allons-y. On peut renégocier des déclarations de révision — pourquoi pas ? – et provoquer des élections. Mais ce qui est certain, c’est que si la Belgique veut éviter de sombrer dans son burn-out constitutionnel, elle ne peut plus éviter le débat sur son avenir institutionnel, elle doit le préparer et l’affronter."

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