Andrea Rea : "Ceux qui détiennent la richesse font défaut d'intégration"

Andrea Rea : "Ceux qui détiennent la richesse font défaut d'intégration"
Andrea Rea : "Ceux qui détiennent la richesse font défaut d'intégration" - © RTBF

La perception du défaut d'intégration des étrangers mise en lumière dans le récent sondage n'est pas neuve, selon le sociologue Andrea Rea (ULB). En période de crise économique, on cherche des boucs-émissaires, constate-t-il. Et on cristallise sur les musulmans. Alors que "c'est ceux qui détiennent le pouvoir économique et la richesse qui font défaut d'intégration", dit-il.

L'intégration est un échec, si l'on en croit les résultat d'un sondage RTBF/La Libre/Dedicated : seul 1 Belge sur 5 estime que les populations d'origine étrangère sont bien intégrées dans notre société, la faute aux populations d'origine étrangères elles-même et non pas à la Belgique, pour la plupart des sondés.

Commentant ces résultats dans Matin Première, Andrea Rea estime qu'il y a surtout un problème de perception de l'intégration et de la  façon dont elle est vécue au quotidien. "Le sondage fait apparaître quelque chose qui est visible depuis très longtemps, c'est une stabilité dans la façon négative de l'intégration des étrangers". On considère que l'immigré n'en fait jamais assez pour s'intégrer, dit-il.

La distinction entre immigrés et musulmans (de confession ou de descendance musulmane) et le fait de se trouver en crise sont par contre des données nouvelles, analyse le sociologue. "Il y a une cristallisation non pas sur les immigrés mais sur les musulmans. Les attentats de Boston, les affaires de Syrie sont là pour cristalliser en permanence ces peurs autour du 'péril musulman'. C'est un groupe qui fait peur. L'affaire Trullemans tournait autour de cette question-là. On est aussi dans une phase très particulière, une crise économique très profonde. Et dans les moments de crispation comme ceux-ci, les logiques de boucs-émissaires apparaissent de façon très importante."

Culturalisation des problèmes sociaux

Ce sondage le montre dans une dimension culturelle alors qu'on est dans une crise économique, relève Andrea Rea: les défauts d'intégration sont la langue, le respect des règles de société et le manque de volonté d'intégration.

"Le fait de porter un voile est vu comme le problème fondamental, et non le fait que porter un voile limite l'accès au marché du travail", dit le sociologue de l'ULB.

Andrea Rea rappelle aussi qu'un des principes de l'intégration de l'Union européenne est le double mouvement: à la fois de la part de la société qui s'adapte et de la part des individus. Or, ce que le sondage met en lumière, c'est la perception générale que les immigrés n'en font pas assez pour s'intégrer. "On retrouve la même chose sur le marché du travail, par rapport au chômage: le discours dit 'C'est aux chômeurs à se responsabiliser, à trouver du travail', on est dans la même logique. C'est très particulier aujourd'hui. Comme si on n'arrivait pas à regarder hors des lumières dans lesquelles on nous plonge en permanence. S'il y a un défaut d'intégration, c'est bien dû à l'inégalité sociale de plus en plus marquante depuis les 10 dernières années, les affaires comme les off shore. Pour le dire de façon lapidaire, c'est ceux qui détiennent le pouvoir économique et la richesse qui font défaut d'intégration", dit-il.

Andrea Rea souligne enfin le cas particulier de Bruxelles: c'est là où il y a le plus d'étrangers, mais aussi c'est là où le nombre de sondés qui estime qu'il y a défaut d'intégration est le plus faible. "Ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup plus d'étrangers, qu'on va considérer qu'il y a défaut d'intégration. Au contraire. Quand il n'y a pas de contact, on a beaucoup plus peur. "

JFH

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