André Antoine: des réfugiés logés chez des Wallons? "Un tremplin pour l'intégration"

André Antoine dit aussi toujours attendre "un certain nombre d'ajustements" concernant le plan de répartition des réfugiés.
André Antoine dit aussi toujours attendre "un certain nombre d'ajustements" concernant le plan de répartition des réfugiés. - © BRUNO FAHY - BELGA

Les familles wallonnes pourront-elles, à l'avenir, loger des réfugiés ? L'idée vient du cdH, et est aujourd'hui portée par le président du Parlement de Wallonie André Antoine. Mais il veut les assortir d'une aide financière de l'État. Son assemblée s'apprête par ailleurs ce mercredi à voter une résolution contre le traité de libre échange UE-Canada, le CETA. La Wallonie est, dit-il, "légitime" pour intervenir dans ce dossier international.

Après avoir organisé un "grand forum sur la migration avec nos partenaires allemands, français et grand-ducaux pour échanger les bonnes pratiques", André Antoine (cdH) tire deux "vérités" préalables au projet d'accueil de réfugiés par des familles wallonnes : "D'une part, si nous avons aujourd'hui 35 000 réfugiés devant nos portes, c'est moins qu'à l'époque du Kosovo en 2000. Ensuite, si nous parvenons à réussir leur intégration, ce sera tout profit pour la croissance économique – l'OCDE évoque même 1% de croissance – c'est dire s'il est capital de réussir au plus vite leur intégration, leur insertion".

Et pour ce faire, il faut "leur proposer un parcours d'intégration (…) et leur offrir des conditions de vie qui leur permettent de pouvoir s'intégrer". Alors quoi de mieux qu'être intégré en Wallonie par une famille wallonne ? "Découvrir la famille, les voisins, les proches, les amis, c'est un bon tremplin pour une intégration réussie", assure l'humaniste, invité de Matin Première ce mercredi.

Des contrôles à domicile

Mais il y a des barrières à faire tomber, "un certain nombre de pénalités qu'il faut enlever". À commencer par les droits sociaux de ceux qui les accueilleraient : "Il ne faudrait pas les pénaliser, notamment en matière de pension, de chômage, sur le plan de la fiscalité, et leur permettre un juste défraiement. La question est brûlante".

Autrement dit, il s'agirait d'apporter à ces familles d'accueil une aide financière. Tout en s'assurant que ces mêmes familles respectent un certain nombre de règles. Ce qui implique bien évidemment des contrôles à domicile.

"La proposition comporte un accompagnement, une sélection et, le cas échéant, une évaluation par les assistants sociaux locaux, confirme André Antoine. Ce n'est pas un inspecteur qui va venir de loin. Il faut faire confiance à nos travailleurs sociaux, qui connaissent bien les familles. Et j'en connais beaucoup qui se sont manifestés pour accueillir soit un mineur migrant isolé, soit un adulte, soit encore une maman avec des enfants… Il y a énormément de générosité dans notre société, et il faut la stimuler. Ça, c'est une réponse humaniste à la question de la migration."

Du retard dans le plan de répartition ?

"Et il y a urgence" de donner cette réponse, assure celui qui est aussi bourgmestre de Perwez. Le gouvernement fédéral avait annoncé que le plan de répartition des réfugiés entrerait en vigueur le 1er mai. Et André Antoine s'étonne de ne pas voir l'arrêté royal "qui confirme les chiffres avancés aux communes". Car, martèle-t-il, si les chiffres ont bien déjà été donnés aux bourgmestres, "ils n'ont pas été confirmés".

Mais nous sommes le 27 avril. Et le 22 avril dernier, le Conseil des ministres avait approuvé en deuxième lecture le projet d'arrêté royal en question. Il ne nécessitait plus que la signature du Roi. Bref, seuls des détails "administratifs" subsisteraient.

"Infiniment trop peu" d'argent pour les CPAS

Quoi qu'il en soit, André Antoine dit toujours attendre "un certain nombre d'ajustements". Les fonds avancés par le ministre de l'Intégration sociale Willy Borsus (MR) sont selon lui "insuffisants" pour les CPAS.

Pour rappel, 172 millions d'euros ont été inscrits au budget 2016 en soutien des CPAS, auxquels s'ajoutent 17 millions d'euros pour couvrir les coûts indirects. Et ces 17 millions, c'est "infiniment trop peu" pour "tous les frais administratifs, de suivi, de garanties locatives…".

Le président du parlement wallon appelle donc le gouvernement fédéral à "assumer ses responsabilités à l'égard des pouvoirs locaux".

Le CETA, et les "trois graves problèmes" qu'il pose à la Wallonie

Et, ce mercredi, la Wallonie lancera un autre appel au gouvernement fédéral : le parlement régional s'apprête à voter une résolution lui demandant de rejeter le CETA, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, ce "grand partenaire commercial de la Belgique" (avec "à peu près cinq milliards d'euros d'échanges, nous sommes le troisième importateur des produits canadiens, et seulement le sixième exportateur").

Mais, il y a un "mais". Ce traité pose pour les Wallons "trois graves problèmes", à commencer par "la fixation des normes sociales et environnementales". André Antoine dit ne pas vouloir "brader notre modèle européen", spécifiant qu'il y a "pas d'assurance sur ce terrain-là".

"Renoncer à légiférer"

"Deuxième élément : c'est évidemment la liste des domaines et des services ouverts à ce libre traité. Ce que l'on nous propose, c'est 'Tout est possible, à quelques exceptions près'. Et dans ce 'Tout est possible', nous devons même renoncer à réglementer, à légiférer à l'avenir, car cela pourrait être considéré comme une entrave. Et nous ne voulons pas perdre notre capacité de régulation dans tous ces domaines."

"Et, enfin, le plus grave, c'est l'arbitrage : on veut créer une juridiction d'exception au détriment même de notre juridiction civile. J'ai le sentiment que, tant au Canada que chez nous, nous avons d'excellentes juridictions, alors pourquoi ne pas les utiliser ?"

Alors, tout cela laisse André Antoine "sur (sa) faim", car, dit-il, "si on ne respecte pas les sanctions, il faudra recourir à ce type d'arbitrage qui peut coûter jusqu'à huit, neuf, dix millions d'euros sans même qu'il n'y ait de sanction."

La Wallonie, légitime pour se prononcer ?

Mais pourquoi la Wallonie intervient-elle dans ce dossier, alors qu'on ne sait pas à l'heure actuelle si le texte sera un jour soumis à une ratification des parlements ? Pourquoi vouloir être "le sale gosse", selon les termes du MR, de la classe européenne ?

La réponse tient en quelques mots : la sixième réforme de l'État, "que le MR a votée", rappelle le centriste. Et cette réforme a entraîné les trois Régions du pays à avoir aujourd'hui "des compétences particulières en matière de commerce extérieur".

Il ajoute à cela un argument d'autorité en la personne de Koen Lenarts, président de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), "qui est venu dire (aux députés wallons, ndlr) : 'Vous avez raison. Vous êtes – vous, Bruxellois, Wallons et Flamands, considérés au niveau européen comme un parlement national. Dans les compétences qui sont les vôtres, on ne peut pas faire l'impasse sur votre analyse et sur votre accord sur ce traité'.".

"Favorable, mais pas de cette manière-là"

"Nous sommes donc pleinement légitimes", assure André Antoine. "C'est une volonté de libérer les échanges, dans un cadre régulé, avec des sanctions, des juridictions ordinaires, qui nous permettent de garder confiance dans les produits que nous voulons consommer ou acheter."

Bien conscient du risque d'éventuelles mesures de rétorsions de la part du Canada (voire des États-Unis dans le cadre du fameux TTIP) si l'on venait à refuser ce traité de libre-échange, le président du Parlement de Wallonie répète, très simplement, qu'il est "favorable à un traité, mais pas de cette manière-là".

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