Elections: "Incontestablement, c'est le CD&V qui a la clé" en Flandre

Analyse des résultats: Hendrik Bogaert, Raoul Hedebouw et Maxime Prevost
Analyse des résultats: Hendrik Bogaert, Raoul Hedebouw et Maxime Prevost - © Tous droits réservés

Hendrik Bogaert (CD&V), Raoul Hedebouw (PTB-GO!), Maxime Prevost (cdH), Alexander De Croo (Open-VLD) Olivier Maingain (FDF), Charles Michel (MR) et Laurette Onkelinx (PS) étaient les invités de Matin Première, ce lundi, pour commenter les résultats des élections régionales et fédérales. Une grande question : quelles coalitions possibles?

"Mathématiquement, la N-VA est incontournable. Politiquement et psychologiquement, est-ce que le CD&V peut assumer ce choix-là ? Est-ce qu'il peut le faire en dissociant le Fédéral de la Région. Ce n'est pas nous qui avons la réponse", explique Olivier Maingain. "Incontestablement, c'est le CD&V qui a la clé sauf qu'on a bien vu, dans les déclarations de Kris Peeters (CD&V), une volonté, en tout cas, de ne pas affronter, dans un premier temps, la N-VA". En d'autres termes, "on risque d'avoir un jeu de longue durée pour savoir qui assumera le premier le faux pas qui permettra de. C'est très difficile comme partie cachée mais on sent bien qu'il y a une partie cachée qui s'amorce au nord du pays et qui va sans doute déterminer bien des choses sur l'ensemble du paysage politique. Maintenant, c'est vrai que les majorités régionales n'attendront sans doute pas de connaître l'issue de ce long et lent processus fédéral".

Va-t-on vers un nouveau un nouveau blocage ?

Olivier Deleuze ne le pense pas car "la N-VA est arithmétiquement contournable" et "on a déjà connu une crise et après avoir discuté, sans succès, pendant 500 jours avec un parti, j'imagine qu'on ne va pas recommencer pendant 500 jours avec le même. Selon moi, ce parti n'a pas changé".

De son côté, Charles Michel ne veut pas s'inscrire dans le scénario du blocage : "On a toujours dit que l'on voulait incarner les solutions, constituer des axes avec des partenaires qui ont envie de réussir à mettre en œuvre des initiatives, des politiques très concrètes pour tous les citoyens. Pour le reste, on doit respecter l'initiative du Palais royal". Mais il précise : "On doit aussi dans l'espace francophone prendre en compte les signaux adressés par les électeurs francophones, pas simplement attendre ce qu'il va se passer en Flandre". En d'autres termes, le MR n'acceptera pas d'être mis une nouvelle fois sur le côté, les électeurs ne comprendraient pas selon lui.

"Il ne faut pas se précipiter, il faut voir le projet", estime pour sa part Laurette Onkelinx. La socialiste, qui attend l'initiative royale, estime toutefois que le projet doit être "le plus progressif possible".

Prudence en Flandre

Au nord du pays, les réactions restent très prudentes. Hendrik Bogaert, le secrétaire d'Etat sortant à la Fonction publique et à la Modernisation des Services publics, n'a pas vraiment fait beaucoup de commentaires sur les résultats écrasants de la N-VA en Flandre.

"C'est vraiment à la N-VA de prendre l'initiative", affirme-t-il. "La N-VA a gagné les élections en Flandre et il est logique qu'il prenne l'initiative. Le CD&V est prêt à prendre ses responsabilités aussi".

Quant à savoir si la tripartite sortante a des chances d'être reconduite, il répond qu'il y a plusieurs tripartites possibles, "CD&V, Open VLD, N-VA est aussi une tripartite possible".

Alexander De Croo: "On entre dans les discussions avec un certain optimisme"

Du côté des libéraux flamands, Alexander De Croo parle d'"un résultat exceptionnel" pour la N-VA mais relativise : "On avait toujours dit que les partis flamands allaient perdre à cause de leur participation au gouvernement, en fait, le contraire est vrai. L'Open VLD gagne à la chambre 1,6%, gagne 1 siège ; le CD&V aussi ; le sp.a en perd. Donc, ceux qui disent c'était un gouvernement francophone de fiscalité dominé par les socialistes, ce n'est pas le cas".

Ce qui ne veut pas dire pour lui que la tripartite sortante doit être reconduite : "Non, pas du tout. Je pense que c'est un signal qu'on respecte les partis qui ont pris leurs responsabilités. C'est quand même aussi un signal que les partis libéraux gagent partout dans le pays. Donc, il ne faut quand même pas nier ce signal-là. Les partis socialistes perdent partout dans le pays".

En attendant, comme Hendrik Bogaert, Alexandre De Croo estime que c'est à la N-VA de jouer, mais il précise : "On entre dans les discussions avec un certain optimisme".

La mort de l'Olivier en Wallonie ?

Interrogé sur l'avenir de l'Olivier en Wallonie, Maxime Prevost répond que "le signal de l'électeur est très net" et que "c'est un fait politique à analyser".

"Au-delà de l’arithmétique, il faut aussi regarder le fond et voir le projet que l'on veut porter", ajoute le bourgmestre de Namur. Aujourd'hui "tout est possible au niveau de l'articulation des gouvernements pour être efficace".

Olivier Deleuze : "Nous ne serons pas une plante d'ornement"

A la question de savoir si Ecolo espère se maintenir au pouvoir malgré les mauvais résultats, son co-président, Olivier Deleuze, répond : "Notre problème ce matin, ce n'est pas de savoir si on va être dans les coalitions ou pas dans les coaltions. Bien entendu, les écologistes n'ont pas la main. On verra quel est le parti, ici autour de la table, qui aura la main au niveau bruxellois et wallon. Et au niveau fédéral, c'est d'abord, dans un premier temps, la N-VA".

"Dans tous les scénarios possibles, nous ne serons pas une plante d'ornement. Nous ne serons pas une plante d'appartement pour orner un gouvernement qui aimerait bien avoir un petit peu de verdure au bord. Ca ne nous intéresse pas", précise-t-il.

Olivier Maingain : "Je crois que c'est la mort du vote électronique"

Avant même de commenter ses résultats, le président du FDF s'est dit "très fâché sur ce qui se passe". "Franchement, quel pays ! Se dire que nous ne sommes pas capables d'avoir, après une nuit électorale, des résultats définitifs, parce qu'on ne maîtrise pas l'outil informatique, je crois que c'est la mort du vote électronique, j'ose espérer ! Parce qu'il va falloir en tirer les conséquences et voir les responsabilités".

Un sentiment partagé par Laurette Onkelinx, Charles Michel et Olivier Deleuze. L'écologiste parle même de "jugement sans appel sur le vote électronique". "Cela mine la confiance dans le système et par conséquent, je suis vraiment pour le retour au vote papier parce que cela ne peut plus aller. C'est inacceptable!", conclut-il.

Pour le reste, Olivier Maingain se réjouit d'avoir réussi son pari (être le troisième parti à Bruxelles) "avec brio". Parallèlement, il reconnaît que les résultats du FDF en Wallonie sont "plus que modestes". "Mais j'ai toujours dit que cela nous prendrait 10 ans pour nous implanter en Wallonie, on sait combien la vie politique est très figée", ajoute-t-il.

Les autres invités de Matin Première ont également commenté les résultats à leur façon :

Raoul Hedbouw : "Les résultats, c'est ceux que nous attendions"

Le président du PTB-GO! n'a pas caché son enthousiasme. Son parti fait son retour au parlement fédéral et entre pour la première fois dans les parlements régionaux (en Wallonie et à Bruxelles).

"Indiscutablement, c'est la percée que nous attendions", déclare-t-il en rappelant que "dépasser la barre des 5% reste une grande prouesse en Belgique francophone".

"Les objectifs étaient de percer dans le Hainaut et à Liège, c'est réussi. Malheureusement, nous voulions aussi percer à Anvers et là, de par le seuil des 5%, nous ne passons pas", ajoute-t-il tout en affirmant que ce n'est que partie remise.

Raoul Hedebouw insiste sur le fait que les travailleurs veulent retrouver chez le politique "cette dynamique d'être un relais, d'être un mégaphone des combats sociaux dans le pays, dans les parlements, cela manquait".

Maxime Prevost : une troisième position qui "permettra de pouvoir aussi peser"

Pas question de parler de résultats mitigés pour le cdH, tous les sondages annonçaient le parti en-dessous de la barre des 10%, réagit le bourgmestre de Namur et "finalement il n'en est rien. On est à 15% de moyenne avec des pics extraordinaires (plus de 30% dans certains arrondissements du Luxembourg, 21% du côté de Namur). Donc, on est très heureux de pouvoir redevenir, ce qui n'avait plus été le cas depuis 10 ans, la troisième force politique de Wallonie, même si à Bruxelles il est vrai que là, on a une légère perte" ; et d'attribuer cela à la "zone de turbulence" qui a agité la campagne électorale.

"Mais réjouissons-nous d'avoir effectivement réaffirmé le projet et les valeurs du cdH à travers cette troisième position", conclut-il, "Ce qui permettra incontestablement de pouvoir aussi peser et orienter aussi le futur projet de développement de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles".

Laurette Onkelinx : un gouvernement conforté, "c'est presque unique en Europe"

Pour la vice-première socialiste sortante, "il y a quelque chose de très évident et c'est presque unique en Europe, c'est que les partis du gouvernement Di Rupo, qui ont pris leurs responsabilités dans des circonstances extrêmement difficiles, avec une crise économique à gérer, ces partis, globalement, sont confortés et ça je pense qu'on doit le souligner".

Concernant le PS, Laurette Onkelinx se réjouit de sa première place en Wallonie "et pour ce qui concerne Bruxelles, nous sommes en train de faire mentir absolument tous les sondages dont les derniers nous plaçaient à 18%".

Charles Michel content d'avoir garder le cap sans le FDF

"Le MR est la seule formation politique qui progresse partout dans toutes les assemblées, tant en termes de votes supplémentaires que de sièges au Parlement. Au moment où on se parle, sur base des prévisions, on va engendrer une quinzaine de parlementaires supplémentaires potentiellement", affirme le président du MR.

Et d'ajouter : "Bien entendu, le fait d'être au coude à coude avec le PS à Bruxelles est déjà une très grande victoire" après le départ du FDF.

 

C. Biourge