"Allonger le congé de deuil parental c'est d'abord reconnaître la souffrance des parents"

L’allongement du congé de deuil parental sera au cœur des discussions ce mercredi au Parlement fédéral. Aujourd’hui, après la perte d’une enfant, un père ou une mère salarié a droit à 3 jours de congé légal, à prendre entre le jour du décès et l’enterrement du défunt. Le cdH a déposé une proposition de loi pour que ce congé passe à 10 jours.

Pour comprendre l’enjeu de cet allongement, nous avons rencontré Gwenaëlle Ansieau. Elle a perdu sa fille Éléonore dans un accident il y a 9 ans. Depuis 6 ans, elle fait partie de l’ASBL Parents désenfantés et aide à son tour des parents endeuillés.

En tant que mère, comment vous sentiez-vous lorsque votre fille est décédée ?

"C’est une situation qu’on n’anticipe pas, on n’a pas de mode d’emploi. C’est très violent, on a l’impression que tout votre monde explose en vol, vous perdez vos repères, il n’y a plus rien qui tient debout. Tout devient très fragile. C’est très déstabilisant, on ne sait plus où on est, qui on est, ce que la vie nous réserve, toute certitude a disparu".

Que pensez-vous des trois jours de congé de deuil parental actuellement accordés aux parents ?

"Ce n’est pas suffisant, ça prend plus de temps que cela. Trois jours, ce n’est rien. On est en état de choc, on ne fonctionne pas normalement, c’est insensé. Comme beaucoup de monde, je me suis mise en arrêt maladie. Pendant un an, je n’ai pas travaillé du tout. C’est une année que j’ai vécue comme un deuil à plein temps. Je ne le regrette pas, c’était nécessaire pour moi. Je dormais très peu donc de toute façon j’étais incapable de travailler. Pendant un an, j’ai dormi 3 à 4 heures par nuit, je faisais des cauchemars. Dans les premiers jours, on est en état de choc physique aussi, on a plus de salive, c’est lié au stress. Physiquement, c’est très dur, les émotions fatiguent beaucoup, pleurer c’est fatigant. Au bout d’un an, petit à petit, j’ai commencé à élargir mes horizons et à reprendre une vie un peu plus normale".

Que pensez-vous de la proposition d’allonger le congé de deuil parental à 10 jours ?

"Ça me paraît un peu plus humain, mais il ne faut pas se leurrer, trois jours, c’était court pour surmonter le choc, mais 10 jours c’est aussi trop court pour surmonter le choc. Perdre un enfant, c’est quelque chose qui vous accompagne toute votre vie. Mais cet allongement sera très bien sur le plan symbolique. Pour moi c’est une reconnaissance de la perte pour les parents concernés, une reconnaissance de la souffrance qu’ils traversent. Je trouve bien que la société en prenne conscience et marque cette reconnaissance. Donc pour moi c’est complètement symbolique. Il ne faut pas se leurrer, au bout de 10 jours, on ne reprend pas la vie qu’on avait avant le décès de l’enfant. Mais cela reste bien d’avancer dans cette direction".

 

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