Allongement du délai d'IVG: "actuellement, le corps médical belge n'est pas prêt"

CQFD donne la parole à deux gynécologues ce soir, en marge des débats parlementaires autour de la réforme de l'IVG. Une réforme qui allonge à 18 semaines le délai légal d'avortement, diminue à 2 jours le délai de réflexion et supprime toute sanction pénale en cas d'infraction. Cette proposition de loi est loin de faire l'unanimité auprès des acteurs de terrain, puisque plus de 750 médecins et soignants ont signé une lettre ouverte demandant aux députés de ne pas voter le texte. Pour en parler, deux invités: Alessandra Moonens, gynécologue et membre du GACEPHA (Groupe d’Action des Centres Extra-Hospitaliers Pratiquant l’Avortement), et Nicolas Piquard, gynécologue au CHR Namur. 

Ces techniques chirurgicales ne sont pas connues en Belgique

"La proposition de loi va dans le sens de ce qu'on a défendu l'an dernier", affirme Alessandra Moonens. Pour Nicolas Piquard, le texte permet certes une plus grande égalité dans les soins [puisqu'il évitera aux femmes souhaitant se faire avorter au-delà de 12 semaines de grossesse de financer une opération aux Pays-Bas, où le délais est de 22 semaines, Ndlr], mais "il y a des craintes sur l'aspect purement technique, qui n'a pas encore été beaucoup exposé dans le débat et qui doit entrer en ligne de compte", ajoute le gynécologue qui doute que les techniques requises pour pratiquer ces avortements tardifs soient maîtrisées par le corps médical belge. 

"Ces techniques chirurgicales ne sont pas connues en Belgique", concède Alessandra Moonens, "mais bien en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, où ces interventions se font dans des centres extra-hospitaliers avec un plateau chirurgical correct, mais sans pour autant être dans un arsenal de soins intensifs", précise-t-elle, "ce qui veut dire qu'il y a tout à fait moyen de procéder à ces IVG dans ce genre d'endroit, sans être exposé à de trop grands risques".

La gynécologue insiste ici sur "l'importance, pour le bien-être des femmes, que les questions d'avortement tardif soient prises en charge par des personnes convaincues de ce qu'elles font. C'est pour cette raison d'ailleurs que nous défendons cette pratique dans des centres extra-hospitaliers", précise-t-elle.

Des risques septiques, infectieux et hémorragiques

Changement dans la relation avec la patiente

Nicolas Piquard avance d'autres difficultés relayées par ses confrères: "En tant que gynécologue obstétricien, dans un suivi de grossesse, on a beaucoup d’informations à transmettre. Parfois des certitudes, souvent des doutes. Dans le contexte où une IVG pourrait être demandée jusqu’à 20 semaines d’aménorrhée, il va falloir être extrêmement prudent dans les informations que l’on transmet et dans la compréhension que la patiente peut en avoir". Une patiente qui pourrait "décider seule". Ces IVG étant considérées comme des IMG (interruptions médicales de grossesse), la prise en charge est différente: "elle doit se discuter avec le médecin, avec un autre collègue, avec l’avis d’un comité d’éthique. La réforme risque ici nous mettre en difficulté dans le suivi de la grossesse".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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