Alain Lizin, le meilleur garnisseur tapissier, "pardi !"

Alain Lizin connaît toutes les salles de la Chambre comme sa poche. "Là, vous voyez, c’est moi", en ouvrant la porte du Bureau des ambassadeurs. "C’est dans cette salle que Elio Di Rupo s’est installé au moment des négociations en 2010, car la pièce est bien isolée." Du mobilier aux rideaux "confectionnés à la main", tout le contenu de cette pièce est son œuvre. "C’est moi qui ai réalisé tout cela" nous confie-t-il, la fierté dans la voix. Il sait dans quelle salle se trouve chaque tableau. Dans la salle des conférences, un tableau représentant Léopod Ier qui a dû être décroché pour être restauré, car "vos collègues y avaient fait une petite accroche. Mais maintenant, il faut vraiment être le nez dessus pour voir l’accroc", se remémore ce Hutois à l'accent bien de chez lui. Au Parlement, il est garnisseur et tapissier.

Alain, c’est l’artiste du Parlement. Si une chaise doit être réparée, un tapis remplacé, c’est à lui qu’on fait appel pour leur donner une seconde vie. " Ici, on fait un peu de tout. Je viens de travailler sur des salles de réunion qu’on appelle les Rotondes. On a refait aux alentours de 80 à 90 sièges. On a aussi beaucoup d’œuvres d’art à placer, des miroirs, et des panneaux à accrocher. Et quand on le fait, il faut veiller absolument à ce que cela tienne. On gère aussi le décorum quand des personnalités étrangères viennent en visite au Parlement. Et, enfin, des petites réparations, des petites choses à gauche et à droite pour que tout soit en ordre. On va notamment restaurer l’escalier d’honneur avec un nouveau tapis. C’est quelque chose qui demande beaucoup d’ouvrage. En même temps, quand on le fait, on prend tous les hommes forts du Parlement. Et, on arrive à faire cela sur une semaine. Le tapis est démonté, les marbres sont relavés et le nouveau tapis est installé. Mais, tout ça demande une préparation, au préalable."

De la préparation mais aussi de la patience, le secret pour obtenir un objet beau et durable. " J’ai fait des choses modernes ici, restauré des chaises qui ont 20,30 ans. Dans la cave, on aussi parfois déniché des sièges qui avaient 150 ans. Du moment qu’on nous laisse le temps de restaurer, on arrivera à quelque chose. Et, il faut être certain, avant de commencer, qu’on pourra s’asseoir dessus, et que ce sera quelque chose de solide qui pourra encore durer des années," souligne-t-il.

Pour l’épauler, des peintres et des ébénistes sont à ses côtés. "Et quand il faut des bras, des gens du service du nettoyage et de l’entretien sont là et sont aussi très heureux de participer à cette tâche. Les sièges, les dorures aussi entourant les cadres sont rénovés au Parlement, et le travail des ébénistes et des menuisiers est vraiment remarquable. " Pour preuve, aussi, la table sur laquelle est posée le livre d’or, qui a été complètement remise à neuf. " Les ébénistes ont beaucoup travaillé dessus. C’était une table qui venait de rien du tout qu’on a trouvé dans la cave. Il y a 40 ans qu’elle y était entreposée. Et au final, cela va admirablement bien. "

 

La cérémonie de prestation de serment: tout le monde sur le pont

Son atelier, c’est la caverne d’Ali Baba des tapissiers, couturiers, menuisiers et autres artistes de la matière brute. Des bandes de tissus partout, des machines à coudre dans les armoires, et des objets en attente de réparation. Dans la pièce du fond, deux pieds dorés se découvrent, cachés sous une bâche bleue. Ce sont ceux du trône du Roi Philippe, le fauteuil sur lequel il s’est assis après avoir prêté serment, c’est également Alain qui lui a redonné son lustre d’antan. Veiller à tout ce que soit en ordre pour  la cérémonie de prestation de serment du roi Philippe a été l’un de ses chantiers les plus importants. " Je me rappelle très bien qu’avec les enfants de la famille royale, nous avions proposé certaines choses que nous avions à notre disposition ici. Mais, ils ont préféré amener des sièges venant du Palais. J’ai aussi participé à démonter le perchoir de l’hémicycle. Tout le monde était à la tâche, c’était obligatoire, mais nous le faisions de bon cœur. C’était un travail très ardu, et nous avions aussi peur de ne pas être prêt dans le délai imparti. Toutes sortes d’imprévus se greffent à ce genre de travail et on ne sait pas ce que la Maison royale demande, non plus. C’est un peu l’inconnu. Mais, tout le monde était très content, à la fin", se souvient Alain.

C'est lui qui est également en charge de la décoration des locaux de la présidence de la Chambre. Et à chaque président, ses goûts." Monsieur Bracke, le président précédent, aimait bien le jaune, par exemple. On a seulement gardé les tentures faites main, et les techniciens de la Chambre ont restauré l’entièreté du bureau dans les couleurs choisies par monsieur Bracke. On essaye dans la mesure du possible que le président soit content de la préparation et de ce qu’on peut lui proposer, de manière à ne pas dépenser l’argent inutilement. Et, peut-être qu’ici ou là, on a du mobilier qui pourrait nous convenir et on essaye d’arranger les choses comme ça,"nous confie-t-il.

"Quand je regarde dans le rétroviseur, j'en suis très heureux"

Menuisier indépendant il y a 20 ans, rejoindre la Chambre a été un choix qui s'est fait un peu pas hasard. Il ne semble pas le regretter, en tout cas. " Je suis un petit peu arrivé ici dans l’inconnu, et je dis toujours que si ça ne va pas ici, je retourne dans mon atelier, et c’est bon ainsi. Mais, je me suis pris au jeu, d’autant plus que l’ensemble de la restauration qu’on m’a proposé, notamment tous les sièges du XIXè siècle en acajou, était déjà ce que je faisais chez moi et ce que j’aime le mieux faire. Au final, je pense que le résultat n’est pas mal. Quand je regarde un peu dans le rétroviseur, je suis très heureux."

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