Alain Courtois: "Les Diables Rouges ont été trop modestes"

"Il n’y en a pas", répond-il. "On est dans une situation où les joueurs rentrent au pays très déçus – alors qu’ils avaient fait la meilleure prestation d’une équipe nationale depuis 1986 – et d’autre part il y a les supporters qui ont soutenu cette équipe depuis des mois. Il est de tradition qu’il y ait un accueil de remerciement quand une équipe nationale rentre. Et même lorsqu’elle revient après une défaite plus difficile, elle salue les supporters."

Alain Courtois souhaite épingler le rôle de trois personnes qui ont joué un rôle important : le Premier ministre, "qui a très bien joué son rôle". Il faut dire que c’est lui qui a convaincu les joueurs de monter sur le podium car même cela ils n’étaient pas trop décidés à le faire… Ensuite le bourgmestre Yvan Mayeur "qui a su mettre en place l’encadrement policier nécessaire en quelques heures. Ça ne se fait pas en claquant des doigts." Enfin les services de la Ville, qui ont mis en place rapidement les infrastructures nécessaires.

La faute à l'Union ?

Alors est-il vrai que c’est le staff de l’Union Belge qui ne voulait pas d’un événement organisé, mais que c’est la Ville de Bruxelles, voire le Premier, qui ont poussé pour qu’il y ait quand même quelque chose ? Pour Alain Courtois, "les Diables avaient envie de fêter quelque chose, mais pour eux, un quart de finale n’était pas un résultat suffisant pour fêter. Beaucoup ont pensé que ce n’était pas le cas, et qu’ils étaient trop modestes. Nous avons poussé pour qu’il y ait un remerciement aux supporters."

Mais ce remerciement était-il suffisant ? Beaucoup de journaux ont épinglé le fait que les joueurs se sont présentés sur le podium sans sourire, les mains dans les poches, sont restés à peine 5 minutes avant de repartir, sans mains serrées, sans bain de foule, sans contact avec la population. Alain Courtois leur trouve quelques excuses : les 12 heures de vol qu’ils venaient d’endurer, leur déception, et il estime que l’essentiel est que cette rencontre ait eu lieu.

Y a-t-il eu un manque de communication entre l’équipe et son staff qui ont vécu les événements au Brésil et l’immense majorité des supporters restés au pays, suivant les matches avec un taux d’audience historique ? Alain Courtois nuance : selon lui, il ne faut pas idéaliser le retour des Diables de 1986. Il rappelle qu’ils seraient rentrés en catimini à Melsbroek si ce n’avait été ce miracle du but de le dernière minute contre la Russie. "Mais c’est un phénomène typique quand le Mondial a lieu très loin : il y a une distorsion entre ceux qui jouent là-bas et ce qui se passe au pays. Et c’est étonnant de voir qu’à une époque où les communications, les réseaux sociaux, sont omniprésents, il n’y avait pas nécessairement de symbiose psychique avec ce qui se passait en Belgique."

L’Union Belge doit-elle en tirer les conclusions pour la prochaine fois ? Alain Courtois, qui en a été secrétaire général pendant 15 ans sait de quoi il parle quand il remarque : "C’est compliqué… On a en face de soi des joueurs qui doivent performer et c’est toujours compliqué quand on doit leur donner des ordres… Il faut les laisser jouer d’abord…"

Une nouvelle période pour le foot belge ?

On a énormément parlé de football pendant ces dernières semaines. Cela va-t-il attirer des jeunes vers les stades ? Une nouvelle période s’ouvre-t-elle pour le football belge ?

"En tout cas ce qui m’a beaucoup plu, souligne l'échevin des sports, c’est la multiculturalité de l’équipe, qui s’est traduite dans celle des supporters. Je n’ai jamais vu auparavant une telle diversité culturelle et sociale. Or en France, ils ont raté cela. Alors je dis aux mandataires politiques qui auront des responsabilités demain qu’eux ne peuvent pas le rater. Le sport n’est pas assez suivi politiquement dans ce pays. Il n’y de douches que dans une école sur dix. On n’est pas un pays qui aime le sport. Sauf quand on gagne au tennis ou au foot tous les 4 ans. Il y a plus de ministres des sports que de médaillés olympiques. Il n’y a pas de budget, pas de volonté, or le sport amène des diminutions sensibles de coûts de la sécurité sociale. C’est pourquoi je suis content que le Premier ait rappelé certaines choses. Le sport a une valeur de rassemblement. "

Au Qatar en 2022 ?

La Coupe du Monde au Qatar est déjà accusée de corruption, de conditions de travail indignes pour ceux qui construisent les stades (déjà plus de 1000 morts). Alain Courtois ne mâche pas ses mots : "Je suis contre. A partir du moment où vous obtenez une sélection par corruption, il est impossible que vous organisiez la Coupe du Monde. Ensuite il y a ces conditions de travail. Puis organiser ce championnat en hiver, ce qui implique de changer tout le calendrier européen, est impensable. D’autres pays pourraient très bien l’organiser. Les Etats-Unis, et le Japon, la Corée et l’Australie y sont prêts."

Patrick Bartholomé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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