Ahmed Laaouej (PS) à propos du budget fédéral "Les recettes fiscales sont gonflées au Botox"

Le député fédéral Ahmed Laaouej (PS) n’a pas de mots assez durs pour critiquer la politique économique du gouvernement Michel. A quelques jours du bouclage du budget fédéral 2017 à la Chambre, le socialiste bruxellois plante ses banderilles avec férocité. 

Si l’emploi et la confiance repartent à la hausse, la raison n’en serait pas due à la politique de réduction des dépenses ou à la baisse des charges. Bien au contraire. Pour Ahmed Laaouej, spécialiste en matière d’économie au sein du PS, la croissance belge est inférieure à la moyenne européenne et les chiffres de création d’emplois sont biaisés: les 120 000 postes créés au cours des trois prochaines années, devront, selon lui, être attribués pour 80% au précédent gouvernement. Sur 4 ans, le gouvernement suédois aurait soutiré 10 milliards d'euros aux travailleurs par le biais du saut d’index. Si l’on y ajoute la réduction des cotisations patronales de 8 milliards d'euros, le député atteint le montant de 18 milliards. Une somme qu'il juge énorme par rapport à la création réelle de 25 000 emplois.

Taxshift: la fausse bonne idée?

Le taxshift, dont est si fier le gouvernement fédéral, ne remporte pas non plus grâce aux yeux du socialiste qui énumère l'augmentation des taxes indirectes, les coupes claires dans les services publics (dont 3 milliards pour SNCB) et dans les soins de santé: "La brutalité sociale accompagne l’échec de la politique économique du gouvernement Michel. Ce n’est pas en tassant la demande publique que l’on relance l’économie."

Les dépenses publiques doivent servir l'économie

Au ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) qui veut ramener les dépenses publiques belges au niveau européen, Ahmed Laaouej rétorque que le rôle des dépenses publiques est précisément de servir l’économie en remplissant les carnets de commandes des entreprises. Selon lui, la stratégie est claire: "Le gouvernement veut couper dans les services publics pour avoir moins d’État, tandis que la N-VA veut moins de Belgique… et ces deux agendas convergent".

Le fait que des institutions comme le FMI et la Commission européenne saluent cette politique et que les socialistes français l’appliquent également ne sont pas des justifications, explique le député socialiste : "On revient aujourd’hui de cette idéologie de l’offre et je regrette les choix faits en France. Une économie marche sur deux jambes. Elle doit à la fois soutenir les investissements et l’emploi et assurer le pouvoir d’achat des familles. La situation budgétaire du Fédéral reflète l’échec d’une politique économique qui ne permet pas d’augmenter les assiettes fiscales et parafiscale. Cela pousse le gouvernement à réaliser de nouvelles économies… Ils (le Fédéral: ndlr) ont créé eux-mêmes le chaos budgétaire".

Surestimation des rentrées fiscales 

Et la liste des récriminations est impressionnante : "On s’aperçoit que le taxshift n’est pas financé. Ainsi la modernisation de l’administration aurait dû générer 750 millions qui ne sont pas là, et les taxes sur les spiritueux et le tabac ont orienté les consommateurs vers les commerces des pays voisins." Jusqu’à la Commission européenne qui reconnaît une surestimation des rentrées sur la taxe caïman et la régularisation fiscale, rappelle Ahmed Laaouej: "Le gouvernement s’est structurellement installé dans la tromperie budgétaire."  Et de mentionner l’obligation, pour l’équipe suédoise, de trouver, d’ici 2018 10 milliards d’euros supplémentaires, alors que, par ailleurs, "les recettes fiscales sont gonflées au botox". Avec pour conséquences la perspective d’encore "couper dans les services publics ou d'augmenter les taxes sur les ménages."

Le député socialiste rejette avec la même force les arguments avancés par la ministre du Budget Sophie Wilmès (MR) pour qui le dérapage du budget fédéral 2016 est dû aux attentats et à la crise migratoire: "Ces facteurs sont influents mais pas déterminants", assène-t-il.

Faut-il rembourser les coopérateur D’Arco ?

Après l’arrêt de la cour de Justice européenne jugeant illégale la garantie d’État accordée aux coopérateurs d’Arco, Ahmed Laaouej parle de jeux politiques au sein du CD&V. "Les coopérants d’Arco ont été victime de la crise financière, et ils ne sont pas les seuls. A-t-on les moyens de faire face à ces dépenses, je ne le crois pas. L’important est de ne pas envoyer la facture à l’ensemble de la population."

Quant à la suite à réserver aux personnalités PS impliquées dans la perception de jetons de présence particulièrement élevés au sein de Publifin, il répond que la règle est  "qu’il ne peut pas y avoir de rétribution sans prestation." Il attend de futures propositions du ministre des Pouvoirs locaux Paul Furlan (PS) qui a pris le dossier en mains.   

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