Salaire, âge, priorité pour la commune... Quel est le profil type de nos bourgmestres?

Après des mois de campagne, un jour d'élection qui a réservé quelques surprises et (parfois) plusieurs jours de négociations pour dégager une majorité, place à l'installation des Collèges communaux. En Wallonie et à Bruxelles, c'est ce lundi 3 décembre que les bourgmestres et échevins prennent officiellement leurs fonctions.

Mais qui sont-ils, ces élus, hommes ou femmes qui se retrouvent à la tête de communes de parfois plusieurs milliers d'habitants ? Quel est leur âge ? Combien gagnent-ils ? Quelles sont leurs réussites, leurs échecs et leurs priorités pour les années à venir ? Comment se déplacent-ils et s'informent-ils ? Pour le savoir, nous leur avons adressé un questionnaire en ligne. Au total, il sont un peu plus de 150 à avoir répondu. Voici en dix points les principaux enseignements de cette grande enquête.

1. Un homme, la cinquantaine

Ce n'est pas une surprise, en Wallonie et à Bruxelles, les bourgmestres sont majoritairement des hommes. Ils sont près de 82% à avoir répondu à nos questions, pour une moyenne d'âge de 52 ans.

Le plus jeune répondant, c'est Arnaud Allard, bourgmestre de Vresse-sur-Semois (province de Namur). Ce diplômé en marketing qui gère deux campings visait une place de conseiller communal, un poste qu'il jugeait "logique pour débuter en politique". Le voilà projeté à la tête d'une commune de 2600 habitants. La plus jeune femme parmi les répondants s'appelle Hélène Lebrun. A 30 ans, cette conseillère ministérielle remplace Yvan Petit à Houyet (province de Namur)

Quant au maïeur le plus âgé, dans toutes les réponses que nous avons reçues, il s'agit de Roger Kirsch (76 ans) qui rempile au poste de bourgmestre à Messancy (province du Luxembourg). La bourgmestre la plus âgée parmi nos répondants s'appelle Viviane Dessart (66 ans). Elle a pris la place de Marcel Neven à Visé (province de Liège).

2. Emploi et niveau d'étude

Près de la moitié des élus disposent d'un diplôme universitaire de master. Six d'entre eux ont même atteint le niveau du doctorat. Il s'agit de Benoît Piedboeuf à Tintigny, Eric Tomas à Anderlecht, Luc Decorte à Chaumont Gistoux, Luc Delvaux à Sprimont et Philippe Mettens à Flobecq. Ce dernier est d'ailleurs administrateur général de l'Université de Mons. 

Seuls deux maïeurs indiquent qu'ils disposent d'un diplôme de l'enseignement secondaire inférieur. Il s'agit de Jean-Luc Nix (Welkenraedt) et Maurice Jennequin (Couvin).

Pêle-mêle, vos bourgmestres sont agriculteurs, avocats, bouchers, chefs d'entreprise, enseignants, indépendants, conseillers ministériels, courtiers en assurances et même... comédien (c'est la réponse indiquée par Joël Riguelle que les amateurs de "Sois belge et tais-toi" connaissent bien). On recense aussi un cas de bourgmestre "pas encore pensionné, mais inactif suite à un burn out".

N'oublions pas non plus les ministres Jean-Luc Crucke et Carlo Di Antonio. Le premier (élu à Frasnes-les-Anvaing) et le second (élu à Dour) gardent leurs fonctions respectives au gouvernement wallon.

3. Quel parti, quelle majorité, combien d'années en politique ?

On l'a beaucoup dit et analysé, les élections communales et provinciales 2018 furent marquées par une "vague verte". Dans le cas de notre questionnaire, les répondants au questionnaire sont d'abord affiliés au MR (36,9%), devant le PS (27,4%), suivi du cdH (14,6%). Les élus qui se disent clairement Ecolo ne sont que 3,8%. Il reste environ 15% de bourgmestres qui ne s'identifient pas à un parti politique traditionnel, voire en ont été exclu (comme André Desmarlières, le maïeur de Brugelette exclu du PS en 2017).

Ces élus gouverneront-ils sans partage sur leur commune? Il sont en tout cas 63% à avoir répondu qu'ils bénéficiaient d'une majorité absolue (parfois après avoir conclu des accords avec l'une ou l'autre liste).

4. Le salaire, entre "c'est personnel" et "aucune idée"

Combien gagne un bourgmestre ? C'est LA question qui intéresse bon nombre de citoyens. La réponse ? Ça dépend :

  • dans une commune de 1500 habitants, le bourgmestre gagne 36.000 euros brut par an;
  • dans une commune de 50.000 habitants, le bourgmestre gagne 90.000 euros brut par an;
  • dans une commune de plus de 150.000 habitants, le bourgmestre gagne 137.500 euros brut par an.

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Ce qui est intéressant dans les réponses que nous avons reçues, c'est le nombre de personnes qui disent ne pas se soucier de leur salaire. "A vérifier", "aucune idée", "il faudrait vérifier", "je ne sais pas encore", "je l'ignore", "pas encore informé"... Désintéressés et altruistes, ces élus ?

Quand certains donnent leur revenu net au centime près, D'autres s'agacent de la question. "C'est personnel", répond Henri Christophe, bourgmestre de Fexhe-le-Haut-Clocher. "Un peu marre de continuellement étaler (ses) revenus", dénonce pour sa part Christian Leclercq, maïeur de Silly.

5. Quelles sources d'information ?

Le "Digital News Report", une étude sur la consommation des médias publiée chaque année par le Reuters Institute et l'Université d'Oxford, est sans appel : les Belges s'informent désormais davantage en ligne (en ce compris sur les réseaux sociaux) que grâce à la télévision. La presse papier est, elle, en bas du classement. 

Chez les bourgmestres, tout est inversé. C'est en tout cas ce qu'ils nous affirment. Ils seraient en priorité friands de journaux papiers (42,7%), suivis au coude à coude des sites internet (22,3%) et de la radio (21%). La télévision et les réseaux sociaux sont minoritaires (7% tous les deux).

Difficile d'analyser ces résultats de manière définitive. Mais, à l'heure où certains groupes de presse se trouvent en grande difficulté, c'est aussi un signe positif. Une preuve que la presse papier (locale ?) fournit aux élus des informations de première main sur les préoccupations de leurs administrés. Pour combien de temps encore ? Signe des temps, à la Chambre, les députés fédéraux n'ont plus un seul journal papier à ouvrir dans la salle de lecture pourtant prévue à cet effet.

6. La voiture, reine des moyens de transport

S'il y a bien un sujet sur lequel les bourgmestres sont unanimes, c'est le moyen de transport. Une écrasante majorité d'entre eux (91%) dit se déplacer le plus fréquemment en voiture. Les transports en commun, le vélo et la marche à pied représentent une infime part dans les déplacement des répondants.

7. Quelles réussites ?

Réussir en politique, est-ce réussir pour soi ou réussir pour les citoyens ? Entre les deux, le cœur des bourgmestres balance. Quand on les interroge sur leurs succès, certains mettent en avant leurs résultats électoraux les plus marquants (ou se félicitent d'avoir été élus pour la première fois parfois après des années de patience), d'autres pointent des projets accomplis dans la commune (une piscine, une école, une maison médicale, un centre sportif...).

Parfois les réussites sont plus triviales, mais tout aussi importantes pour les riverains concernés. À Cerfontaine, Christophe Bombled se félicite d'"avoir délivré les habitants d'un quartier des nuisances sonores et olfactives causées par plus de 70 chiens".

On notera aussi cette réussite signée Cédric Halin (bourgmestre d'Olne), l'homme qui a révélé l'affaire Publifin : "Avoir indirectement contribué à améliorer la gouvernance publique en Région wallonne."

8. Sécurité, Mobilité, environnement : le tiercé gagnant

Au lendemain de l'élection, place à la mise en œuvre d'un programme. Nous avons demandé aux bourgmestres de pointer une et une seule priorité parmi tous leurs projets pour la législature à venir. Pas évident pour certains. "Bête question, parce qu'au niveau communal, tout est prioritaire", fustige un répondant qui a refusé de se prêter au jeu.

Le trio gagnant est le suivant : sécurité, mobilité et environnement. Des termes qui sont presque synonymes dans la bouche de certains. La sécurité routière étant tantôt rangée dans la catégorie "sécurité", tantôt reliée à la "mobilité". Même chose pour la qualité de l'air qui, pour certains, relève de la "mobilité" tandis que d'autres la classent avec l'"environnement".

Une tendance malgré tout, la volonté d'assurer la tranquillité du citoyen et le bon état des voiries. Avec parfois des promesses très terre à terre, telle celle formulée par Emir Kir à Saint-Josse : "Un potelet plié sera remplacé dans l'heure."

9. "De quoi êtes-vous le moins fier ?"

"Je ne vais quand même pas vous le dire", glisse un élu. Un motif revient le plus souvent : la déception face à des projets qui ont pris du temps à voir le jour (ou qui sont toujours dans les cartons). La faute aux "lourdeurs administratives" ou au "manque de subsides". 

Quelques-uns pointent aussi l'image écornée des politiques, après des scandales à répétition. Et, comme le note un répondant, philosophe : "On peut toujours faire mieux."

10. Tout se termine avec des chansons

Notre questionnaire se terminait avec ces deux demandes plus légères. Quelle chanson est pour vous la plus inspirante ? Et... quel est votre plat préféré ? Verdict : les goût musicaux de nos élus sont très divers. Arrivent en tête ex-aequo, cités cinq fois chacun : "La quête" de Jacques Brel et "Imagine" de John Lennon.

Le tout accompagné de quel plat ? Outre toutes les variantes de pâtes, ce sont les frites qui ont la préférence des maïeurs.

Mais c'est plutôt avec le café et les croissants que ces derniers se retrouveront ce lundi 3 décembre prochain dans les rédactions locales de Vivacité, le temps d'un petit-déjeuner... et d'interviews à écouter sur les différentes antennes de vos radios locales. Une opération à suivre entre 6 et 8 heures du matin.

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