Afsca: un acteur de la filière dénonce les failles du système

Notre témoin a travaillé durant deux ans au quotidien dans une entreprise de transformation des viandes. Plus précisément dans un service lié à la production et à l’assurance "qualité" des produits. Dégoûté par ce qu'il a vu, il a préféré aujourd'hui exercer dans une autre filière de l'agro-alimentaire beaucoup plus respectueuse des règles.

Concernant les contrôles de l'Afsca, il pointe deux faiblesses majeures : un manque de temps accordé aux auditeurs/contrôleurs pour effectuer leur travail et le niveau de compétence très inégal des auditeurs/contrôleurs.

Des irrégularités et des fraudes ont échappé à la vigilance des contrôleurs

Pour notre témoin, même avec un contrôleur expérimenté, impossible de vérifier seul l'ensemble des secteurs de l'entreprise. Notre témoin a dû accepter de se taire sur des pratiques incompatibles avec une gestion conforme aux règles en vigueur:

"Au niveau de la production, certaines pièces de viande n'auraient pas dû se trouver là. Elles devaient être détruites par d'autres acteurs de la filière. Idem avec une série de produits plus tout-à-fait corrects dans les dates mais qu'on pouvait cacher facilement en mettant des tas de produits devant ou en les déplaçant dans l'entreprise."

Des contrôles parfois annoncés facilitaient les dissimulations

Des dissimulations d'autant plus faciles à organiser que le contrôleur était un vétérinaire indépendant exerçant à proximité de l'entreprise. Il entretenait d'excellents contacts avec notre témoin au point de lui annoncer parfois son passage plusieurs jours à l'avance. Mais pas question de corruption, tout au plus une réelle connivence liée à la fréquence des contacts : 

"Il est arrivé qu'on se croise régulièrement dans les environs de l'entreprise, c'est comme cela que ça se faisait, il me prévenait qu'il allait passer quelques jours à l'avance. Jamais par téléphone. Cela ne l'empêchait pas de relever des non-conformités, il faisait vraiment son travail très bien. C'était une relation de confiance "win-win" très constructive".

Un encodage manuel au niveau de l'entreprise permet de frauder facilement

Le contrôleur passe une demi-journée à vérifier la procédure d'auto-contrôle de l'entreprise, concrètement vérifier les documents encodés dans les ordinateurs. L'autre demi-jour étant consacré à visiter les ateliers et rencontrer les opérateurs techniques. Pour notre témoin, une journée de contrôle ne permet pas de vérifier efficacement tous les secteurs de l'entreprise:

"Il passait à coté de certaines choses que ce soit du coté des produits qui ne devaient pas se trouver là ou au niveau des données informatiques. La traçabilité par exemple, on l'encode manuellement, on peut aussi la modifier manuellement, c'est très facile de changer l'origine d'un animal ou de modifier son âge par exemple et cela se faisait. C'est comme ça qu'on avait des bêtes d'origine allemande ou française qui devenaient belges. Ou des bêtes qui rajeunissaient pour être bonnes dans les cahiers de charge des clients".

Changer rapidement certaines pratiques demandent peu de moyens

Notre témoin suggère d'augmenter la fréquence, la durée des contrôles et aussi d'externaliser des entreprises les serveurs où sont stockées les données sur la traçabilité des animaux. Une mesure qui rendra plus difficile pour ne pas dire impossible les manipulations informatiques.  

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK