Affaire Nethys : "Ce qui m’embête, c’est l’opprobre général que l’on jette sur la gestion publique", estime Christophe Collignon

Après avoir été entendu par les enquêteurs, Stéphane Moreau a été incarcéré ce dimanche soir à la prison de Lantin. C’est un tournant important dans la saga judiciaire de Nethys et un séisme dans le microcosme liégeois. Avec lui, dans sa chute, Stéphane Morean entraîne aussi l’homme d’affaires liégeois François Fornieri, ce qui est un coup de massue économique. Christophe Collignon est le ministre wallon des Pouvoirs locaux. Sur La Première, il est revenu sur cette affaire.

L’incarcération de Stéphane Moreau à Lantin, "c’est une étape franchie", estime Christophe Collignon. En effet, l’affaire Nethys "empoisonne la vie politique depuis plusieurs années parce que ça touche à la vie publique, à la gouvernance publique". Et c’est pour cela que cette affaire "choque", estime le ministre wallon des Pouvoirs publics. Parce qu’il s’agit de sommes importantes ayant été détournées. D’ailleurs, Christophe Collignon affirme : "Ce sont des montants qui sont sans commune mesure avec ce que l’on peut espérer lorsque l’on est gestionnaire public".

On parle en effet de 15 millions d’euros.

Au niveau politique, le travail a été fait

Or, pour Christophe Collignon, cet "opprobre" lancé sur la Région et les pouvoirs publics est dommageable dans la mesure où "à la base, les intercommunales ont des missions nobles. Elles visent à rendre des services du type récolter des déchets ou distribuer de l’eau. Ici ce qui pèche c’est le problème de gouvernance. Ici on peut dire qu’on s’est un peu servi sur les intérêts publics c’est ça qui est déplaisant et choquant".

Mais le ministre wallon de pouvoirs publics le rappelle, "au niveau politique, le travail a été fait". Et d’ajouter, "la commission d’enquête a fait son travail et les différents gouvernements ont mis en application. Le but, c’est d’éviter de reproduire ce type de schéma avec le décret gouvernance, en limitant les rémunérations. Je serai ferme là-dessus".

Ne pas mettre tout le monde dans le même panier

Que ça ne se reproduise plus, voici le vœu pieux du microcosme politique liégeois. Mais comment cela a été possible par le passé ? "Ce qui a péché, c’est qu’on n’avait pas la tutelle – maintenant le décret gouvernance permet cela — et c’est ce qui a permis à mon prédécesseur de se saisir de ce dossier".

L’affaire Nethys a sans nul doute abîmé l’image de la gestion politique liégeoise. Or, "ce qui m’embête, c’est l’opprobre général que l’on jette sur la gestion publique et sur toutes les personnes qui gèrent des intercommunales, alors que la grande majorité des gestionnaires publics sont honnêtes", indique le ministre wallon.


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Christophe Collignon indique tous les changements qui ont été menés pour qu’il n’y ait plus d’affaire Nethys, comme avec la mise en place du décret gouvernance. Mais la mise en place de règles, de filets de sécurité cela se fait petit à petit, c’est une adaptation permanente aux réalités de terrain estime le ministre. Il indique : "Les règles se modifient en permanence. Cela évolue, c’est comme en matière de chasse, vous n’empêcherez jamais les braconniers, mais les contrôles, les règles s’amplifient et tout cela se resserre. Je ne peux pas vous garantir qu’il n’y aura plus jamais, dans le futur, des difficultés, mais on met toute notre énergie pour mettre en place des règles des contrôles et c’est ce que je souhaite fermement".

Tourner la page

Avec l’incarcération de Stéphane Moreau, est-ce pour autant la fin du volet politique de l’affaire Nethys ? Il y a désormais le temps judiciaire qui entre en œuvre. Pour l’heure, Christophe Collignon, en tant que ministre de tutelle, indique vouloir se concentrer sur "le sort des travailleurs, parce que derrière tout ça il y a aussi des entreprises et des travailleurs. Et c’est le devenir du groupe". Il faut désormais "tourner la page". Et d’ajouter, "j’ai pleine confiance dans le nouveau management".

Place à l’après donc. Christophe Collignon souligne que "l’on met tout en place pour que l’entreprise puisse redémarrer. C’est aussi important que les gens qui travaillent pour cette entreprise dont le nom a malheureusement fat la Une péjorativement puissent être rassurés".

Quant à la page Moreau, la page politique du volet Nethys, pour Christophe Collignon elle est bel et bien tournée, "Stéphane Moreau n’est plus aux commandes depuis plus d’un an et demi, maintenant c’est simplement la justice qui a pris le relais". Mais il faut désormais travailler à réparer : "Mon rôle c’est de préserver les intérêts de la collectivité et de récupérer ces fameuses indemnités. Ce pour quoi nous nous sommes constitué parties civiles et ce pour quoi des actes ont été posés notamment par l’intercommunale". "15 millions c’est énorme".

Le monde politique et le monde économique : des liaisons dangereuses ?

Pour le ministre wallon, c’est important que le monde politique et le monde économique puissent travailler ensemble. Il plaide à nouveau pour ne pas mettre tous les gestionnaires publics dans le même panier. Pour lui, le poids politique est important pour permettre à la Région de prospérer. "Je vais faire un lien avec un notre dossier, le dossier Fed-Ex. On voit qu’il y a une délocalisation, non pas pour payer moins cher les travailleurs, on déplace cette activité à Paris parce qu’on a moins de poids que la France. Il est donc dans notre intérêt que le politique se mêle de l’économie et surtout qu’on garde des centres de décision en Wallonie." Et d’ajouter, "on a besoin des entrepreneurs wallons, on a besoin que le monde politique et le monde économique se rencontrent, on a besoin de croire dans le potentiel de cette Région et que l’on garde les centres de décision en Wallonie".

Le financement des zones de secours

Un autre point que le ministre de tutelle a abordé sur La Première, ce lundi matin, c’est le financement des zones de secours. En effet, le gouvernement wallon demande désormais aux communes de prendre en charge le financement de la Protection civile. Et désormais aux provinces de prendre une part. "Nous avons demandé aux provinces de prendre une part de la dotation communale à hauteur de 60%. Je vois qu’il y a certaines difficultés mais je veux être clair : le débat sur le devenir des provinces dure depuis un certain nombre d’années. Politiquement, je crois qu’il est dans l’intérêt des provinces de s’investir dans un service utile aux collectivités. Et dès lors, de pouvoir monter à la hauteur des dotations que nous leur demandons".


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Et Christophe Collignon estime qu’il ne s’agit pas là pour le gouvernement wallon de se décharger de ses responsabilités puisque "les dotations des zones de secours sont financées à la fois par le fédéral qui édicte les normes et par les communes. On demande aux provinces d’être utiles à la collectivité en s’investissant dans un domaine essentiel".

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