Affaire Ihsane Haouach : pour le Premier ministre, "cela ne doit plus se reproduire"

Comme attendu, le début de séance plénière du Parlement a été animé. Les dix premières interpellations concernaient l’affaire Ihsane Haouach. C’est le duo Alexander De Croo/Sarah Schlitz qui a répondu ensemble aux députés. On notera que seuls deux partis, le Vlaams Belang et la N-VA, avaient choisi d'interroger le Premier ministre. Celui-ci a préféré tout grouper avec sa jeune secrétaire d’Etat.

Inquiétudes, stupéfaction, principes

Comme prévu, la charge a été puissante. Les partis d’opposition flamands, mais aussi le MR, Défi et le cdH ont attaqué durement. Daniel Bacquelaine (MR) explique ainsi que l’interview au Soir "a transformé nos interrogations en de fortes inquiétudes, et même en stupéfaction. Inquiétude quand la commissaire subvertit le sens même de la neutralité en portant le voile dans un institut où elle porte une charge considérée par le conseil d’Etat comme une fonction publique. Inquiétude quand votre représentante foule aux pieds le devoir de réserve en répandant dans la presse des propos polémiques et militants. Stupéfaction quand votre commissaire prétend que l’interdiction du port de sigles conventionnels est discriminatoire, contredisant ainsi la Cour constitutionnelle. Stupéfaction encore quand votre représentante ajoute qu’il conviendrait de décliner le principe de la séparation de l’Église et de l’Etat en fonction d’un changement démographique, accordant ainsi une valeur toute relative à l’un des principes fondateurs de l’Etat de droit, celui qui garantit la liberté de conscience, de culte, de croire ou de ne pas croire. Stupéfaction quand votre commissaire bidouille une interview sous l’égide d’un organisme en retirant les passages les plus violemment communautaristes."

Sophie Royonhi (Défi) évoque les mêmes questionnements. Le passage sur l’évolution démographique interpelle l’élue amarante : "Qui peut croire un seul instant en la paix sociale si c’est la force du nombre qui finalement l’emporte ?" Et la députée n’accepte pas un autre passage de l’interview : "Les femmes qui font aujourd’hui l’objet de pression, parce qu’elles ne veulent pas porter le voile ou tout simplement parce qu’elles veulent le retirer seraient très minoritaires car on en parle très peu. La commissaire à l’égalité homme-femme minimise ainsi les victimes du patriarcat alors qu’elle se doit de les protéger tout autant que les autres. Elle doit aussi veiller à la libération de la parole, ainsi que leur émancipation."

Georges Dallemagne (cdH) évoque les "principes" : "La question n’est pas de savoir si on accepte ou pas ses opinions. Elle peut avoir les opinions qu’elle veut. La question est de savoir si ses opinions sont compatibles avec les fonctions qu’elle a été nommée. Force est de constater que ses propos, ses attitudes, ses propos du passé, elle a même tenu à les corriger, les changer, les maquiller. Effectivement, elle appelait à la constitution d’un lobby musulman, elle fustigeait les musulmans qui ne votaient pas suffisamment pour des personnes qui ne défendaient pas assez leurs droits : foulard, voile, cours de religion, abattage rituel, voit une vision communautariste. Est-ce la conception du gouvernement ?"

Plus de droit à l’erreur

C’est d’abord Alexander De Croo qui a pris la parole. Le Première ministre a longuement rappelé l’importance de la séparation entre l’Église et l’Etat, un principe "fondamental" : "Dans notre pays, vous avez le droit et liberté de choisir votre religion, de croire ou de ne pas croire, vous avez toute cette liberté de le faire dans les limites de la loi. Des prescriptions conventionnelles ou religieuses ne peuvent l’emporter sur la loi, à aucun moment. Ces valeurs ne souffrent aucun relativisme."

Concernant Ihsane Haouach, le Premier a dégainé le code déontologique des mandataires : "Une commissaire du gouvernement doit exercer son rôle sans alimenter le moindre préjugé ou stéréotype, ni dans une direction, ni dans une autre." Ce rappel s’est fait plus sévère lorsque Alexander De Croo a conclu : "Le gouvernement n’acceptera pas que cette impartialité soit bafouée. Cela veut dire que la séquence qu’on a connue dernièrement ne doit pas être répétée. Il n’y a plus de marge pour de nouveaux incidents ou de nouvelles controverses dans ce domaine." Ihsane Haouach n’a plus droit à l’erreur.

Plus de déclaration publique

Pour Sarah Schlitz, l’incident est clos : "La citation était maladroite mais pour moi les choses ont été tirées au clair. Elle m’a assuré qu’elle ne fera plus de déclaration publique. Parallèlement, je comprends pourquoi madame Haouach a souhaité réagir après des semaines d’attaques et insinuations sur sa personne." La secrétaire d’Etat dit se satisfaire des explications de sa commissaire publiées hier sur Facebook. Dans un entretien, Ihsane Haouach confirme, explique Sarah Schlitz, "qu’il ne peut être question de doutes sur la séparation Eglise/Etat". Pour l’écologiste, il s’agissait d’une interview à titre personnel. "En tant que secrétaire d’Etat, j’évalue la commissaire du gouvernement sur la base de sa mission qui consiste à assister avec voix consultative aux réunions du CA et à introduire contre les décisions qui seraient contraires au statut, à la loi ou à l’intérêt général. Il a été dit précédemment que madame Haouach a un CV en béton. Ses compétences ont déjà été démontrées à plusieurs reprises lors des réunions du CA avant et même pendant cette controverse. J’espère que nous pourrons maintenant passer à autre chose."


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Lors des répliques, Daniel Bacquelaine a dit "prendre acte des dénégations de la commissaire qui n’a pas ce qu’elle n’a pas dit". Sophie Rohonyi se dit "extrêmement déçue" des propos tenus par la secrétaire d’Etat. Georges Dallemagne conclut que le Premier ministre "a dressé un carton jaune" à Ihsane Haouach : "J’aurais préféré un carton rouge."

Comme prévu, la séquence purement politique semble se refermer : tant Sarah Schlitz qu’Alexander De Croo maintiennent leur confiance en Ihsane Haouach. Reste à voir comment se dérouleront les prochaines séances du conseil d’administration de l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes : rien ne dit que cette séance à la Chambre soit le tout dernier épisode de cette sage dont le gouvernement fédéral (et Ecolo) aurait préféré se passer.

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