Affaire Haouach : pas de lien entre la démission et la note de la Sureté, selon Sarah Schlitz, "tenue à la confidentialité" comme le Premier ministre

Comme annoncé, le Premier ministre Alexander De Croo s’est invité à la Chambre, ce lundi matin, pour évoquer la note transmise par la Sureté de l’Etat vendredi, concernant l’ancienne commissaire au gouvernement Ihsane Haouach. C’est à la Commission Santé et Egalité de Chances que le Premier ministre prendra la parole, tout comme la secrétaire d’Etat à l'Egalité des chances et des genre, l’Ecolo Sarah Schlitz.

Dans son intervention introductive, Sarah Schlitz a refait une ligne du temps de "l’affaire Haouach", depuis la signature de l’arrêté royal, jusqu’à sa démission formelle, par courrier, vendredi. La secrétaire d’Etat a évoqué la volonté d’Ihsane Haouach de démissionner, volonté exprimée peu après la plénière, et non en raison de l'existence d'une note de la Sureté de l'Etat la concernant. Sarah Schlitz évoque une réunion à 16h15, ce jeudi, où la note de la Sureté lui est présentée, ainsi qu’au Premier ministre. "J’appelle alors à la prudence" précise la Liégeoise, qui ajoute "vu le caractère confidentiel de la note, je ne peux dire ce qu’il y a dedans, ou ce qu’il n’y a pas".

Quant à Alexander De Croo est revenu sur la journée de jeudi : le Premier ministre a été informé de l’existence d’une note jeudi midi. Après analyse, c’est à 15h15 que le libéral a été briefé par le chef de la Sureté de l’Etat. Le Premier confirme bien qu’il s’agissait d’une initiative de la Sureté. Et s’appuyant sur l’article 8 de la loi du 11 décembre 1998, Alexander De Croo explique qu’il ne peut se prononcer ou partager le contenu de la note, "classifiée".

Délai, compétences et screenings ?

La note de la Sûreté de l'Etat est arrivée mercredi soir au cabinet de Vincent Van Quickenborne, ministre de la Justice. Le délai entre cette transmission et le moment où le Premier ministre en a pris connaissance a interpellé l'opposition, et ce d'autant plus qu'il a fallu attendre un article du Soir pour en apprendre l'existence. Dans l'intervalle, Alexander De Croo s'est en effet exprimé devant le parlement sur cette affaire. "Vous niez le rôle du parlement. Vous devez répondre aux parlementaires en ayant pris connaissance de tous les éléments du dossier", a fustigé Peter De Roover (N-VA). Une accusation à laquelle s'est opposé le Premier ministre. "Vous n'allez pas me reprocher, en tant que Premier ministre, de prendre le temps de lire les informations, de poser les questions nécessaires, de savoir sur quelle base elles se fondent, etc.", a-t-il répliqué.

Tant la secrétaire d'Etat que le Premier ministre n'ont toutefois donné d'informations sur le contenu de la note. La désignation d'Ihsane Haouach le 17 mai relève de la décision de la secrétaire d'Etat. Celle-ci a répété que l'intéressée disposait des compétences nécessaires pour exercer cette fonction (dont la charge de travail représentait 4 heures par mois pour 1.000 euros bruts par an). L'entretien qu'elle a eu avec Mme Haouach a démontré l'attachement de celle-ci aux droits fondamentaux et à l'égalité entre les hommes et les femmes. Le port du voile islamique ne constituait pas un obstacle juridique, selon l'écologiste. Une interprétation contestée formellement par le MR et qui a donné lieu à un incident au cours du conseil d'administration de l'Institut pour l'égalité entre les femmes et les hommes le 30 juin, provoqué par un administrateur MR. "C'est une séquence politique d'une rare violence politique et verbale à l'encontre d'une femme qui est la cible depuis plusieurs semaines d'attaques qui l'ont poussée à démissionner. Cette violence ne grandit personne, quelle que soit sa couleur politique", a déploré le chef de groupe Ecolo-Groen, Gilles Vanden Burre. Même si les propos de Mme Haouach dans la presse à propos de la séparation entre les Eglises et l'Etat ont heurté le PS, celui-ci ne regrette pas moins lui aussi la tournure du débat. "Certains ont orchestré un harcèlement institutionnalisé. On ne peut s'en étonner quand cela vient de partis d'extrême-droite. Là où c'est le plus dangereux, c'est quand cela vient de partis démocratiques", a averti Patrick Prévot. "J'ai l'impression que votre gouvernement traverse une crise politique grave", a lancé Georges Dallemagne (cdH), lui-même cible de vives critiques pour des propos sur le foulard islamique. A ses yeux, c'est l'attitude du gouvernement ou de certains de ses membres qui a mené à un débat aussi virulent. "S'il n'y avait pas eu des déclarations du type 'circulez, y a rien à voir, ce sont des attaques personnelles', ce ne se serait pas déroulé de cette façon". Le MR et DéFI ont insisté sur la nécessité de screenings pour de telles fonctions. Une tentation face à laquelle le Premier ministre a mis en garde. "Si c'était le cas pour chaque commissaire du gouvernement ou pour n'importe quel administrateur, on se trouverait dans un Etat sécuritaire", a-t-il dit.

 

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