Affaire Haouach : nous avons lu la note de la Sûreté de l’Etat, voici ce qu'elle dit

Titrée "récente nomination Ihsane Haouach", la note (en néerlandais) de la Sureté fait trois pages, comme nous l’évoquions hier. Et comme nos sources nous l’expliquaient, une bonne moitié de la note consiste en une explication ("contexte") sur l’histoire, le rôle, la philosophie, l’action politique et le positionnement de la confrérie des Frères musulmans en Belgique et à l’étranger.

Pour le reste, sur l’équivalent d’une grosse page, voici les éléments les plus importants de ce document.

"Jamais attiré l’attention"

La Sureté indique qu’Ihsane Haouach est "connue" des services de la Sureté en raison de "contacts étroits avec les Frères musulmans" (FM). Et la Sureté d’écrire : "Ces contacts entre les Frères musulmans et Ihsane Haouach s’inscrivent dans une stratégie plus large des Frères musulmans, dans laquelle ils tentent d’influencer le débat public et l’élaboration des politiques en développant de bonnes relations avec des personnes influentes dans différents cercles de la société, dans laquelle ils essaient également d’occuper eux-mêmes des positions influentes (entrisme) et dans laquelle ils tentent de contrôler ou d’impliquer un large éventail d’organisations et d’organismes à but non lucratif – dans le but sous-jacent d’introduire et d’appliquer progressivement leurs points de vue."

Attention danger ? Pas vraiment selon le service de renseignement qui, au point suivant, précise que, néanmoins, "nous pouvons également mentionner que, pour autant que nous le sachions, Ihsane Haouach elle-même n’est pas membre des Frères musulmans et n’a jamais attiré l’attention en raison de positions extrémistes concrètes."

Et puisque les FM "sont habiles à dissimuler leurs véritables convictions et motivations et qu’ils ne s’identifient généralement pas comme Frères musulmans aux yeux du monde extérieur ", la Sûreté estime qu'"Il ne peut donc être exclu qu’Ihsane Haouach elle-même ne soit pas (pleinement) consciente du fait qu’elle a des contacts étroits avec les Frères musulmans."

"Informations qui doivent être évaluées"

Un paragraphe "explication" suit où la Sûreté indique avoir reçu des informations selon lesquelles Ihsane Haouach "fréquente" la Ligue islamique interculturelle de Bruxelles (LIIB), "l’une des principales organisations belges liées aux Frères musulmans et elle est amie avec le chef de la branche belge des Frères musulmans".

Mais, notons que la Sûreté souligne que ces informations "doivent encore être évaluées".

La Sûreté ajoute également que la désormais ex-commissaire au gouvernement a fondé l’association "Les Cannelles" (anciennement appelée "Bruxelloise et voilée"), "association œuvrant pour une société inclusive et diverse et pour le droit de porter le foulard" et que plusieurs membres de cette ASBL "fréquentent également la LIIB ou ont des liens avec les Frères musulmans".

On notera que la Sûreté précise que "le droit de porter un foulard en tout temps est l’un des points de bataille classiques des Frères musulmans."

"Sensibiliser"

La missive de la Sureté se conclut sur un paragraphe "options en mesures supplémentaires" : "Compte tenu de la stratégie des Frères musulmans consistant à approcher des personnes influentes et à tenter de les influencer – en cachant leur origine idéologique et leurs véritables intentions – nous suggérons que notre groupe contacte le cabinet de Mme Schlitz afin d’identifier et d’expliquer ces questions. Il pourrait également être suggéré de contacter Mme Haouach elle-même à un stade ultérieur afin de la sensibiliser à cette question."

Et c’est ainsi que se conclut cette note de la Sureté de l’Etat.

Timing

Ce lundi, l’opposition a posé plusieurs questions sur le timing de cette note, le temps pris pour qu'elle circule entre le cabinet de la Justice de Vincent Van Quickenborne et le cabinet du Premier ministre Alexander De Croo, issus tous les deux du même parti et qu’on sait proches. Notre document (voir photo de l’article ci-dessus) montre une date d’envoi de la note au ministre de la Justice : le mardi 6 juillet.

Cette note est qualifiée (en haut à droite) de "routine". Mais, selon les explications du Premier ministre à la Chambre, ce lundi, "ces informations de la Sureté sont arrivées au cabinet Justice mercredi soir. Et peu avant la séance plénière de jeudi, on m’a dit qu’il y avait des informations. […] On peut comprendre que l’information arrive au cabinet Justice, qu’il y a un certain temps pour le processus de lecture. Je pense que ce n’est pas un délai qui serait trop long."

Ce nouvel élément pourrait relancer la discussion sur le processus qui a amené le Premier ministre à être informé de cette note, qui rappelons-le, selon les propos de la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz, n’a pas entraîné la démission d’Ihsane Haouach vu que cette dernière ignorait l’existence de cette note, selon l'écologiste.

Réaction d'Ihsane Haouach

Sur sa page Facebook, la Bruxelloise a réagi au contenu de cet article. Se disant "profondément choquée", Ihsane Haouach estime que "Malgré [sa] démission et toutes mes explications antérieures, on ne cesse de tenter de salir mon nom." Par ailleurs, elle précise : "Je n’ai à ce stade pas été contactée par la Sûreté de l’État. Je vais moi-même demander à les rencontrer dans les plus brefs délais, afin de faire la lumière sur cette histoire."

 

 

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