Affaire des visas humanitaires: Francken "assume". Vers une commission d'enquête ?

Audition très attendue de l'ancien secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, le N-VA Theo Francken, à propos de l'affaire des visas humanitaires. "Comme dans un certain nombre de pays, on a voulu créer un corridor humanitaire. Ce n'était pas la première fois que la Belgique agissait ainsi : en 94 avec le Rwanda ou en 2010 avec Haïti. C'était la mission confiée par ce Parlement, c'est un fait fondamental. On parle de personnes en danger de mort. Tous les Syriens souffraient de la guerre, je le souligne, mais les chrétiens étaient victimes d'une persécution ciblée."

Sans surprise, Theo Francken dit "assumer" la politique mise en place. Comment l'octroi des 1501 visas humanitaires a-t-il été effectué ? "Des centaines de demandes de visas ont atteint le cabinet. Nous ne pouvions pas travailler avec l'Office des étrangers, car des critères de l'Office auraient été contraignants et alors les demandes venant de l'étranger trop importantes. Il y avait une complication supplémentaire avec le fait que ces personnes étaient bloquées dans un pays en guerre. (...) En âme et conscience, j'ai décidé de faire usage du pouvoir discrétionnaire du ministre ou du secrétaire d'Etat en poste."

"Tout est perfectible"

Comment étaient choisies les personnes invitées à rejoindre la Belgique ? "Je m'appuyais sur un lien de confiance avec les communautés chrétiennes, les liens familiaux explique Theo Francken. A Malines, il y a pu avoir des abus, si les allégations sont confirmées. Il n'y a, en tout cas, pas eu de clientélisme politique, plusieurs courants politiques étaient représentés" parmi les personnes sauvées, affirme l'ancien secrétaire d'Etat. "Si on peut prouver que de l'argent a été demandé pour les visas, c'est impardonnable" déclare également Theo Francken qui assume sa politique "à 100%".

Celui-ci "continue de défendre ces opérations de sauvetages", dont il se dit "fier". Les choses sont néanmoins "perfectibles" : travailler avec le HCR. Si c'est impossible, collaborer avec des personnes de confiance "doit rester possible." De façon ironique, Theo Francken en appelle à une couverture politique réalisée par la ... police qui serait chargée de "screener" les intermédiaires. 

Concernant les rumeurs sur d’éventuels méfaits dans le choix des personnes porteuses d'un visa, Theo Francken dit avoir entendu des choses "floues" une première fois, en octobre. Il explique avoir demandé qu'une plainte soit déposée. Ce qui a été fait et en décembre, les rumeurs ont redoublé. A ce moment-là les opérations liées à Melikan Kucam étaient clôturées. 

En conclusion de son propos liminaire, Theo Francken affirme qu'il continuera "d’œuvrer à la protection des minorités persécutés. (...) La pire des choses que j'ai fait a été de faire confiance, la meilleure chose a été de faire confiance."

Des parlementaires (de l'opposition) remontés

Les parlementaires ont longueuement interrogé Theo Francken. Deux heures et demi de commentaires et de questions. On notera les interrogations, dans l'opposition, du cdH Georges Dallemagne, qui fait remarqué que des chrétiens d'Irak, provenant de villages détruits par la guerre n'ont pas reçu de visas alors que les syriens de la "filière Kacam" provenaient de villages moins en danger. Le même parlementaire de l'opposition relève que plus de 250 visas ont été délivrés peu avant les élections communales. Georges Dallemagne accuse Theo Francken d'avoir "instrumentalisé" le sort des chrétiens d'Orient. 
Pour le sp.a, Monica De Coninck s'interroge sur le nombre de personnes arrivées en Belgique qui n'ont pas fait de demandes d'asiles : "Où sont ces gens ?" De nombreux parlementaires, dont la CD&V Nahima Lanjri, ont remis en cause le "court-circuitage" de l'Office des étrangers et l'absence de contacts avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (ONU).

Se dirige-t-on vers une commission d'enquête parlementaire ?

Les interpellations des députés ont pris un certain temps, il ne restait qu'une petite demi-heure à l'ancien secrétaire d'Etat pour répondre aux très nombreuses questions. Concernant l'absence de "screening" des intermédiaires, Theo Francken estime qu'il est "facile de réécrire l'histoire. On aurait pu le faire. Mais je le dis, ici, c'est une de mes recommandations d'améliorations." Le Brabançon flamand a répété une série d'éléments qu'il avait déjà évoqué, taclant ses collègues "plus occupés sur leur smartphone ou leur tablette qu'à m'écouter." Pour Georges Dallemagne, "il n'y a pas eu de réponse sur les questions centrales (...) Vous parlez de critères humanitaires pour le choix des visas. Ce n'était pas le cas, c'était des critères politiques, partisans, il y avait une volonté de clientélisme." Le cdH n'en a pas fini avec ce dossier, le parti annonce vouloir déposer, lors de la prochaine commission de l'Intérieur, une proposition de commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur cette affaire. Georges Dallemagne répète ainsi sa demande, le PS et Ecolo sont également partisans de la création d'une telle commission d'enquête.

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