Affaire Conings : des "dysfonctionnements graves" au sein du SGRS, une réforme pour 2022, des démissions sont attendues

Après la fuite des conclusions du rapport du comité R ce dimanche, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder a présenté officiellement les conclusions du rapport devant la Commission défense du Parlement fédéral. Sans surprise, le constat est sévère et la ministre endosse les conclusions du rapport. Il y a eu des erreurs ponctuelles et plus structurelles, comme le manque de priorité accordé au suivi des dangers de l’extrême droite, tant au sein du SGRS (les renseignements militaires) qu’ailleurs à la Défense.

Un manque d’effectif est pointé du doigt (trop de rotations de personnel, de la perte d’expérience ou d’expertise), tout comme une défaillance dans les flux d’échange d’information dans et en dehors de la Défense. Une récente réforme des structures du SGRS, datant de janvier 2020, est considérée comme trop complexe par le personnel, souligne le rapport du Comité R.

Par ailleurs, le rapport évoque de nombreux problèmes de traitement de l’information : celles-ci ne circulaient pas assez au sein du SGRS, au sein de la Défense, entre différents services de sécurité (OCAM, Surêté de l’Etat). "A plusieurs reprises, des infos clés auraient dû être liées entre elles et des mesures plus décisives auraient dû être prises pour écarter Jurgen Conings" a indiqué la ministre Dedonder. Parmi les faits saillants que la socialiste a partagé lors de cette commission, soulignons ces informations policières sur Jurgen Conings, datant de 2010, qui étaient à la disposition du SGRS et qui n’ont pas été mobilisées lors du renouvellement de l’habilitation de sécurité du militaire. Le comité R a également fait l’historique complet des moments où Conings a été sur le radar des services de sécurité. Il a fallu attendre 2020 et des menaces envers Marc Van Ranst pour que son appartenance, connue par d’autres services, à des groupes d’extrême-droite soit communiquée au SGRS et à la Défense.

Pour la ministre, il faut parler de "dysfonctionnements graves à plusieurs niveaux du SGRS. Force est de constater que le traitement de l’information a été défaillant. Cette situation est inacceptable." Ludivine Dedonder a évoqué la mise sur pied d’un plan, pluriannuel, d’ici la fin de l’année, pour agir à court et moyen terme. Parmi les mesures, on notera que pour la ministre "depuis trop longtemps, le SGRS fonctionne sans plan politique qui oriente le service. Il n’y a pas de priorité claire : on essaie de tout faire sans que le service ne dispose des moyens nécessaires. Le manque de personnel au sein du service chargé du suivi de l’extrême-droite en est un exemple." La ministre annonce que la position du SGRS au sein de la Défense sera "revue. Je serai attentive à ce qu’il obtienne les moyens qu’il mérite."

Responsabilités, budget, professionnalisme : des députés sont furieux

Theo Francken, George Dallemagne et Denis Ducarme ont en commun de suivre depuis des années les dossiers liés à la Défense. Et les trois hommes attendent que des responsabilités soient prises par les acteurs principaux de ce dossier.

Theo Francken (N-VA) dit être le "syndicat des militaires, je les défendrai toujours. Mais il n’y a pas que des problèmes budgétaires dans ce dossier. Il y a aussi des responsabilités. […] Il est nécessaire que la ministre demande plus de budget pour la Défense." La ministre est aussi pointée du doigt par le député du Brabant flamand : "Bien sûr qu’elle n’a pas donné les armes à Jurgen Conings. Mais ça me semblerait plus correct qu’elle dise qu’il y a une responsabilité politique, qu’elle dise qu’elle veut continuer le travail."

Georges Dallemange (cdH) estime que ce dossier témoigne d’une "faillite de notre renseignement militaire. C’est très préoccupant. Plus largement, on est toujours confronté à des problèmes de transmission d’information. On a l’impression qu’on n’a pas retenu les leçons de la commission sur les attentats terroristes." Pour l’élu centriste, "oui, il y a une responsabilité politique de la ministre, de l’ensemble du gouvernement, par rapport un service de renseignements qui est aussi défaillant depuis aussi longtemps. Je ne parle pas de démission, mais il y a une responsabilité politique à prendre, nous avons besoin d’un service de renseignement performant, il en va de notre sécurité, que ce soit pour des problèmes d’ex ou d’autres types de problème."

Denis Ducarme (MR) n’a pas caché son grand étonnement face au rapport du Comité R : "C’est un rapport accablant. On peut y lire qu’il y a un manque de professionnalisme, que certains doivent apprendre à travailler. Au-delà de l’aspect du manque de communication au sein du SGRS ou au sein de la Défense, ça va très très loin. C’est un des pires rapports que j’ai vu depuis que je suis en politique active. Ça ne peut pas rester lettre morte. Et il faut tracer un chemin qui nous conduit à une réforme qui est la seule piste pour le SGRS. Sans réforme, il disparaîtra." Pour le libéral, "il est inévitable que des responsabilités soient assumées par les principaux acteurs. Les manquements qui se sont additionnés nous font apparaître le SGRS comme insuffisamment digne de la mission qui est la sienne. Il est probable que dans un autre pays, des démissions spontanées seraient arrivées sur la table du gouvernement ou de la ministre."

Plusieurs députés ont demandé l’audition du patron du SGRS, Philippe Boucké et du CHOD, le numéro 1 de l’armée belge, Michel Hofman.

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