Affaire Belliraj: vers un non-lieu et la fin des poursuites en Belgique ?

Abdelkader Belliraj est en prison au Maroc.
Abdelkader Belliraj est en prison au Maroc. - © ABDELHAK SENNA - BELGAIMAGE

La Chambre du Conseil a rendu une ordonnance, ce vendredi, dans le dossier d'Abdelkader Belliraj. Le Belgo-Marocain a été condamné au Maroc en 2011 à perpétuité pour son appartenance à une organisation terroriste et pour six assassinats commis à Bruxelles dans les années 80. La Chambre du Conseil estime que dossier du Parquet Fédéral n'est pas encore en l'état.

Ce dossier portait sur six assassinats qualifiés de politiques,mais aussi sur des préventions de terrorisme. Parmi les victimes plusieurs étaient juives, mais pas uniquement.

Lors de son interrogatoire au Maroc où il avait été interpellé et arrêté, Belliraj avait avoué avoir abattu, lui-même ou avec l'aide de complices,sur le parking de l'hôpital Erasme, le docteur Wybran, alors président du Conseil Consultatif des Organisations Juives de Belgique,le CCOJB, ou encore le recteur de la Grande mosquée de Bruxelles.Tous ces faits remontant aux années 1988 et 1989.

Abdelkader Belliraj est un personnage trouble, à la fois présumé terroriste et suspecté d'avoir joué les indics pour la Sûreté belge.

Il y a un mois alors qu'il avait été condamné à perpétuité par la justice marocaine, le Procureur Fédéral avait, devant la Chambre du Conseil de Bruxelles, requis l'absence de charges et avait aussi évoqué les tortures subies au Maroc par Belliraj.

Ce vendredi, la Chambre du Conseil a, dans son ordonnance, rappelé le raisonnement du Parquet fédéral et ré-évoqué le fait  que la Cour Européenne des Droits de l'Homme indiquait que, lorsqu'il y avait des risques que des tortures aient été pratiquées, il convenait d'écarter les éléments accusatoires.

La même Chambre du Conseil demande également aux autorités belges de prendre contact avec leurs homologues marocains afin que l'avocat de A. Belliraj puisse rencontrer son client dans la prison où il est incarcéré. Jusqu'ici cela n'a pas pu être le cas.

Pour l'avocate de la famille de Joseph Wybran, partie civile dans ce dossier, l'ordonnance ne conclut pas au non-lieu ni à l'absence de charges. A l'inverse, explique Maître Hirsch, la Chambre du Conseil considère que le dossier n'est pas "en l'état" et demande au Parquet Fédéral des devoirs complémentaires. Le juge constate en effet, dit-elle, la carence du Parquet Fédéral dans cette enquête qui prive Belliraj de droits de défense et les parties civiles d'une enquête effective dans le cadre du contexte terroriste que l'on connait aujourd'hui.

"L'attitude du Parquet Fédéral", qui annonce interjeter appel de cette ordonnance est, selon Maître Hirsch, "incompréhensible".

Rappelons que la situation juridique de Belliraj est  pour le moins surréaliste puisque, actuellement, il est détenu au Maroc sous le coup d'une condamnation à perpétuité et que, dans le même temps, la justice belge pourrait elle se diriger, pour les mêmes faits reprochés, vers un acquittement. Mais le dossier n'est pas clos.

Roland Bruneel

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