Adoptions illégales : reconnaître un statut de victime aux "enfants volés", le Parlement s’apprête à en débattre

Ils sont originaires du Guatemala, du Sri-Lanka, d’Inde. Ils ont choisi de sortir du silence lors d’une conférence de presse au Parlement pour dénoncer leur parcours d’enfant adopté. Ces adultes ont en commun d’avoir découvert que les conditions de départ de leur arrivée dans leur pays d’adoption se sont révélées fausses. Derrière chaque histoire personnelle se cache un drame découvert en enquêtant sur leur parcours d’origine.

Le Parlement est invité à se pencher sur ces situations prochainement à partir d’une proposition de résolution déposée par le député fédéral Michel De Maegd, (MR). Celle-ci vise à faire reconnaître la survenance d’adoptions illégales en Belgique.

Obtenir réparation du dommage et assainir le secteur de l’adoption

Séparés très tôt, peu après la naissance le plus souvent, de leurs parents biologiques, ces enfants aujourd’hui adultes ont ensuite été proposés à l’adoption par des organisations aux ramifications internationales : papiers falsifiés, parcours familial fictif, passage par des institutions publiques ou privées, quel que soit le parcours emprunté, ces adoptés se considèrent aujourd’hui comme des enfants "volés" à leurs parents biologiques et à ce titre veulent se voir reconnaître en Belgique un statut de victime.


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Et cela même si le plus souvent, ils se sont parfaitement intégrés au sein de leur famille d’adoption, elle-même victime de la tromperie, car ils veulent à la fois obtenir réparation pour le dommage moral subi, conserver un lien avec leurs géniteurs et agir pour assainir toujours plus ce qu’il faut bien qualifier de "marché de l’adoption", devenu pour certains une simple source de profits.

Un témoignage bouleversant pour une enquête de longue haleine

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© RTBF Devoir d’Enquête

Coline Fanon est l’une des premières à avoir témoigné à visage découvert en 2019 sur les antennes de la RTBF. Sur son parcours depuis son pays d’origine, le Guatemala, dans les années 80, jusqu’à son arrivée en Belgique. Un "Devoir d’enquête" a été consacré à son histoire. Aujourd’hui, elle témoigne au Parlement belge en tant que porte-parole de la Fondation Racines Perdues/Raíces Perdidas, ce qui dit bien ce qu’elle cherche à retrouver. Cette quête identitaire lui a d’ailleurs permis déjà de retrouver sa mère biologique.

Mais pour elle aujourd’hui le parcours n’est pas terminé : "Le combat que nous menons est aussi celui de la reconnaissance de notre statut de victimes. C’est le cas aux Pays-Bas ou en Suisse, mais pas encore en France où en Belgique. Tous mes papiers ont été falsifiés, mes parents adoptifs, comme biologiques, n’étaient au courant de rien". Ce qui importe pour elle-même mais aussi pour tous les autres, c’est de comprendre comment tout cela a été rendu possible. Depuis les années 80, la législation a évolué et les processus d’adoption sont mieux encadrés mais tout est encore loin d’être parfait. En ce qui la concerne, elle veut obtenir réparation du préjudice moral subi et pour cela dégager les différentes échelles de responsabilités de ceux qui ont participé à ces adoptions illégales.

Plusieurs plaintes au Parquet fédéral et une résolution adressée au Parlement

En Belgique, le parquet fédéral est saisi de plusieurs dossiers de plainte à partir de cas personnels. Tandis qu’au Parlement le député fédéral Michel De Maegd, (MR) a déposé une proposition de résolution visant à faire reconnaître la survenance d’adoptions illégales en Belgique : "Il y a trois victimes dans ces drames. L’enfant, arraché et bien souvent déclaré mort, la famille biologique, qui est dans l’ignorance, le deuil ou la tromperie et la famille adoptive, qui ignore totalement le jeu abominable qui se joue en coulisse".

La résolution déposée vise à reconnaître le statut de victimes et enjoindre la Belgique d’entamer une enquête globale sur les adoptions illégales. Le texte sera prochainement débattu en Commission de La Chambre

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