Action en justice dans l’affaire Nethys: "il ne faut pas être dans une espèce de football panique", selon Julie Fernandez-Fernandez (Enodia)

Les indemnités de départ de Stéphane Moreau et des autres ex-dirigeants de Nethys sont-elles illégales ? C’est la principale question sur laquelle se penche le conseil d’administration d’Enodia. Ce jeudi soir, les administrateurs ont décidé de mandater ses avocats en vue d’introduire une action civile pour le remboursement des sommes perçues par Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer.

Cette action civile sera assortie d’une requête en saisie préalable desdits montants. "Nous allons estimer à combien est le préjudice subi par Enodia, et nous allons demander au juge de statuer et de procéder à une saisie, expliquait Julie Fernandez-Fernandez, la présidente du CA, dans Matin Première ce vendredi. La question est de savoir comment ça ne va pas." Et c’est pour le savoir qu’un rapport intermédiaire des avocats mandatés par Nethys a été présenté, en présence du CA d’Enodia ce jeudi.

Si on se porte partie civile avant de poser un autre acte, on se met dans l’impossibilité de poser d’autres actes

Mais alors que faire désormais ? Beaucoup attendent une action forte. "Il y a un besoin de gestion de l’indignation autour des montants, admet Julie Fernandez-Fernandez. Le CA était dans sa grande majorité dans l’envie de poser un acte fort et rapide." Pourtant, les avocats ont apparemment voulu tempérer les choses et appelé à la prudence. Les administrateurs PS ont jugé qu’il était préférable de suivre leur conseil, explique la présidente du CA : "il ne faut pas être dans une espèce de football panique et prendre une décision rapide."

Cela veut-il dire que la guerre juridique se fait à reculons ? "Non, on y va, rétorque Julie Fernandez-Fernandez. Il y a deux mandats qui vont être donnés à deux avocats, d’abord au civil pour la récupération des sommes, et quand cet acte sera posé le juge se sera prononcé, on s’alignera sur la décision de la région wallonne pour se porter partie civile." Mais la présidente ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs : "si on se porte partie civile avant de poser un autre acte, on se met dans l’impossibilité de poser d’autres actes".

On a le sentiment qu’ils sont allés trop loin

Les sommes sont colossales : 11,6 millions pour Stéphane Moreau, 3,5 millions pour Diego Aquilina, 2,3 millions pour Pol Heyse et 1,2 million pour Bénédicte Bayez. Est-ce que tout cet argent va être récupéré ? "C’est la volonté des administrateurs d’Enodia, affirme Julie Fernandez-Fernandez. Maintenant on verra ce qui contractuellement était dû."

Dans cette affaire, les indemnités représentent ce que les administrateurs wallons ont perçu après le décret qui a raboté les salaires, multiplié par les années de préavis de chacun. Mais ce n’est pas aussi simple : il faut aussi ajouter les bonus divers et les assurances groupe. "On a le sentiment qu’ils sont allés trop loin", tonne Julie Fernandez-Fernandez. Oui, mais qui va rembourser ? "J’étais d’avis d’attendre et d’avoir une vision globale du dossier, explique la présidente du CA. Pour nous le dossier doit encore être instruit par les avocats pour savoir où sont les responsabilités. Le CA en a décidé autrement, je suis solidaire de sa décision."

Certains ont fait mousser une certaine vérité

Une question subsiste : va-t-on découvrir de nouvelles surprises ? Stéphane Moreau et les autres disposent-ils encore de mandats ? Non, répond Julie Fernandez-Fernandez… "en tout cas de ceux qu’on connaît". "Une des premières choses qu’a faites Renaud Witmeur (le nouveau président par intérim du comité de direction de Nethys, ndlr) quand il est arrivé et que le management a été démissionné, c’est de demander la liste et de demander leur démission ou leur révocation de l’ensemble des mandats des filiales", note la présidente du CA d’Enodia.

Selon Julie Fernandez-Fernandez, les administrateurs sont dans une phase de "screening", c’est-à-dire d’examen. Mais "dans tous les mandats connus, dans les filiales, on a démissionné ou révoqué, affirme-t-elle, et quand on ne l’a pas fait, c’est pour faire fonctionner les institutions." Dans tous les cas, les personnes concernées sont "immunisées de poser quelque acte que ce soit" et bien entendu, ne sont plus rémunérées." Parfois, "on vérifie des infos pas claires, il y a la vérité, l’interprétation, et il y en a certains qui ont fait mousser une certaine vérité", remarque la présidente du CA. Sans oublier que "derrière ce dossier, il y a un outil économique important pour la région liégeoise, et des centaines voire des milliers d’emplois." En tout cas, la saga continue.

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