Accord flamand : une politique d'immigration et d'intégration nettement plus stricte

La politique d'intégration sera plus stricte en Flandre
La politique d'intégration sera plus stricte en Flandre - © HATIM KAGHAT - BELGA

"Nous n’avons pas ignoré que le 26 mai était l’expression de beaucoup de malaises." C’est par cette phrase que Jan Jambon a introduit les mesures de son accord touchant à l’intégration des étrangers en Flandre. Une intégration " inclusive " à en croire les mots employés dans l’accord de gouvernement N-VA, Open Vld, CD&V. Mais à y regarder de plus près, c’est une politique migratoire bien plus sévère que la Flandre s’apprête à mettre en place.

Faut-il voir dans ce durcissement la marque Vlaams Belang ? Les conséquences des discussions entre N-VA et Vlaams Belang ? Une volonté de rassurer les électeurs du Vlaams Belang ? Bart De Wever, le président de la N-VA s’en défend : " Vous ne trouverez pas un point que je n’ai pas défendu avant les élections. Il n’y a pas de points du Vlaams Belang dans l’accord. Mais en Flandre, le consensus est là pour qu’on soit plus dur." Vu la quantité d’interventions de Bart de Wever et de membres de la N-VA durant la campagne, difficile de vérifier cette affirmation.

Quoi qu’il en soit, le côté "plus dur" de cette politique se retrouve dans des mesures très variées. Les négociateurs parlent d’une nouvelle approche dans laquelle "nous exigeons plus d’efforts de la part de ceux qui rejoignent notre société. Une société dans laquelle nous augmentons aussi nos efforts pour vivre plus "avec" et moins "à côté" les uns des autres. Les nouveaux arrivants qui s’intègrent avec succès ont toutes les chances de réussir dans notre société, tous ont les mêmes droits, mais aussi les mêmes obligations ".

Des mesures très variées

Concrètement, cela se traduit par :

  • Des exigences plus élevées en matière de connaissance du néerlandais, des valeurs communes et de participation active à la société. Le parcours d’intégration est obligatoire mais aussi payant : 360 euros pour le parcours et l’examen.
  • Pour accéder aux prestations sociales, le nouvel arrivant devra d’abord avoir cotisé. Il ne sera en fait plus vraiment un nouvel arrivant puisqu’il devra résider légalement en Flandre depuis 10 ans, dont 5 années en continu.
  • Les demandeurs d’asile ne recevront plus d’allocations familiales rétroactives au moment de régularisation.
  • Les symboles extérieurs de convictions philosophiques, religieuses, politiques ou autres ne pourront plus être visibles. L’accord prévoit aussi que les communes ont toute la liberté de choisir les menus de leur cantine (halal ou pas donc).
  • Les règles de reconnaissance des communautés religieuses seront plus strictes "pour mieux séparer le blé de l’ivraie". Pour espérer un financement, les communautés religieuses locales devront attendre au moins 4 ans
  • Les conditions de reconnaissance seront également plus strictes pour les nouvelles écoles. Pour créer une école, il faudra l’accord formel du gouvernement flamand.

Le signal du 26 mai évoqué plus haut se traduit donc clairement par une politique plus à droite. Si a N-VA s’y retrouve pleinement, les autres partis de la nouvelle coalition assument aussi ces mesures. Pour Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld : "Nous nous basons sur nos propres idées. C’est une déclaration forte, où les gens sont encouragés à travailler, à apprendre la langue, à aller à l’école." Même son de cloche chez Wouter Beke, pour le CD&V, parti pourtant plus centriste : "Nous avons toujours dit qu’il fallait un équilibre entre droits et devoirs."

 

La Flandre quittera Unia et créera son propre centre de lutte contre les discriminations

Egalement dans l’air depuis plusieurs mois, la volonté de la Flandre de se retirer d’Unia est inscrite noir sur blanc dans l’accord de gouvernement. Unia, c’est le centre interfédéral de lutte contre la discrimination et de promotion de l’égalité des chances. Aujourd’hui, sur les ondes de la RTBF, son directeur Patrick Charlier ne se dit pas vraiment surpris : " Cela fait partie d’une perspective de vouloir tout faire en Flandre, avec des institutions purement flamandes. Et une institution interfédérale telle que la nôtre est le reflet de la Belgique du 21e siècle, de la Belgique fédérale de coopération. La seule question qui se posait était de savoir si les partenaires de la N-VA allaient résister ou pas."

L’accord flamand prévoit la création d’un centre flamand qui remplirait les fonctions exercées jusqu’alors par Unia. La lutte contre les discriminations risque-t-elle de faiblir en Flandre ? Pour Patrick Charlier, elle pourrait en tout cas changer : "Il y a une analyse différente de la réalité de notre société. Toute une série de nos recommandations et actions, d’études qui établissent par exemple une forme de discrimination structurelle […], c’est quelque chose qui n’était pas partagé par la N-VA […] Il y a un positionnement idéologique estimant par exemple que le racisme était quelque chose de relatif, que les personnes qui se plaignaient de racisme exagèrent, que les personnes qui ne trouvaient pas d’emploi ou étaient dans de mauvaises filières d’enseignement, c’était leur responsabilité. La société n’a, aux yeux de la N-VA, pas de responsabilité là-dedans".

Reste que ce retrait de la N-VA aura des conséquences pour Unia qui verra ainsi filer 10% de ses recettes de fonctionnement. Il pourrait y avoir également des transferts de personnel vers la Flandre. Le directeur d’union préfère se montrer philosophe. Pour lui, si la N-VA veut quitter Unia, c’est avant tout parce que le centre effectue un travail de qualité et indépendant qui peut parfois gêner.

Portrait du nouveau ministre-président flamand: Jan Jambon (N-VA)

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