Accord de gouvernement: "C'est la coalition du mensonge"

Bien que les détails de l'accord ne soient pas totalement connus, les réactions se succèdent déjà. La majorité de celles-ci ciblent le chapitre sur le recul de l'âge de la pension. En attendant les précisions budgétaires et les orientations du futur gouvernement, présentées sans doute jeudi, certains redoutent déjà les résultats globaux des négociations.

"Les classes moyennes et les familles", cibles des négociateurs pour le cdH

Le parti humaniste a indiqué, dans un communiqué, prendre acte de la conclusion des discussions menant à la constitution d'un "gouvernement MR/N-VA". Sur la base des rares informations disponibles et confirmées par les négociateurs, "le cdH constate que les classes moyennes et les familles seront touchées de plein fouet par les mesures décidées", affirme-t-il.

Il déplore en particulier un saut d'index qui, tout en épargnant les plus bas revenus, touche pleinement les salaires moyens, un relèvement de l'âge légal de la pension, alors que le MR s'était engagé à le maintenir à 65 ans, des taxes et impôts nouveaux (accises, TVA...) et des restrictions sur le remboursement des soins de santé.

Benoît Lutgen s'attend au pire et dénonce en particulier le gel des salaires de la classe moyenne, avec les conséquences sur le commerce, les 3 milliards et demi de taxes nouvelles qui toucheront aussi la classes moyennes, avec le relèvement des accises, donc un mazout plus cher, et d'autres part moins de dépenses en matière de sécurité sociale, des soins de santé moins bien remboursés : ce sont des mesures "extrêmement brutales et violentes, tout était pré-annoncé dans la note de Bart De Wever de l'époque", selon lui.

"Ce premier aperçu des mesures préconisées par le gouvernement MR/N-VA amène le cdH à un double constat: le MR avait déjà trahi les francophones en décidant de s'allier avec la N-VA, cette fois il y ajoute une nouvelle trahison envers la classe moyenne et les engagements électoraux pris à son égard", ajoute le texte. Le cdH affirme enfin regretter "que le bien-être des Belges soit mis à mal par cette coalition de droite nationaliste".

Le PS accuse le MR de mensonges

Dans les couloirs du gouvernement wallons, ce mercredi, les socialistes du groupe socialiste y allaient de façon franche: "C’est un accord qui est scandaleux, car il va toucher les citoyens de la classe moyenne", a réagi Philippe Courard, le chef de file du PS. "Certains vont se rendre compte que la diminution du pouvoir d’achat va toucher les commerçants et les indépendants, et va mener le pays à la crise".

"Sur les pensions, personne n’a fait cela. C'’est une tricherie et je ne comprends pas que le MR puisse en être complice".

"Le saut d'index c'est de l'argent en moins dans la poche des citoyens c’est scandaleux", ajoute-t-il. "C'est la coalition du mensonge et de la tromperie", réagit la député fédérale Karin Lalieux.

"Je suis inquiet, surtout pour les travailleurs qui vont travailler plus longtemps, gagner moins, alors que dans le même temps tout deviendra plus cher", a déclaré pour sa part le ministre-président wallon Paul Magnette, en marge des festivités du 75e anniversaire du Canal Albert.

"Les rentiers et le patrimoine des plus fortunés ne sont pas touchés" par les mesures de la coalition suédoise, a-t-il ajouté, disant attendre de prendre connaissance de l'accord gouvernemental avant de faire d'autres commentaires.

Pas de mesures "vertes"

Ecolo et Groen pointent, eux, le fait qu'il n'y a pas de mesures "vertes" dans le programme de ce gouvernement. Ils dénoncent l'injustice sociale et l'absence d'ambition environnementale qui ressortent selon les Verts d'une première analyse de l'accord de gouvernement fédéral.

"Les familles, les jeunes, les aînés: des centaines de milliers de Belges verront leur pouvoir d'achat une nouvelle fois affaibli par un saut d'index qui n'a rien de social. C'est d'autant plus injuste que les vrais responsables de la crise, le monde de la finance et de spéculation, sont eux, sans surprise, largement protégés par le MR et la NVA", a notamment réagi la coprésidente d'Ecolo, Emily Hoyos.

"La vraie question sera celle de savoir si le MR qui a pris des engagements électoraux tellement significatifs notamment sur la fiscalité sur les revenus du travail les aura engrangés dans l'accord", a réagi Olivier Maingain, président du FDF,  préférant postposer ses commentaires sur le contenu de l'accord au moment où il en aura eu connaissance.

Il a ajouté avoir le sentiment que les négociateurs MR ont accepté "des avancées très fortes là où ils ont dit le contraire", en matière de pensions, d'allocations sociales et de saut d'index "dont ils ne voulaient entendre parler". "Je pense que le Mouvement Réformateur s'est beaucoup éloigné de son propre programme pour aller vers un autre largement inspiré par la N-VA, misant sur une stratégie de l'isolement au niveau francophone, dans l'espoir de devenir le premier parti à Bruxelles et en Wallonie".

"Un gouvernement qui enrichit les actionnaires", dénonce le PTB

"Le gouvernement Michel 1er a fait son coming out mardi soir, comme un gouvernement qui appauvrit les travailleurs, les pensionnés, les jeunes et enrichit les actionnaires", a dénoncé mercredi le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw.

Qu'il s'agisse du saut d'index, du relèvement de l'âge de la pension ou de l'encouragement des heures supplémentaires, le parti y voit les signes d'un gouvernement qui "va casser le pouvoir d'achat, l'emploi et l'investissement public".

"Avec des milliards de nouveaux cadeaux aux grandes entreprises (près de 2,5 milliards d'euros avec saut d'index et baisses de cotisations sociales), le gouvernement refinance les actionnaires des grandes entreprises tandis que les caisses de la sécurité sociale sont vidées", a-t-il ajouté. "Ce gouvernement n'est pas seulement anti-social mais aussi anti-pacifique, anti-écologique et anti-démocratique", a encore dit le député fédéral.

La CGSP parle d'un Robin des Bois... à l'envers

Pour la CGSP, le nouveau gouvernement fédéral sera un "gouvernement d'économies" qui "touchera le plus durement celui qui possède peu et épargnera celui qui possède beaucoup".

"Un Robin des Bois à l'envers", résume la présidente de la CGSP, Chris Reniers. Les "travailleurs ordinaires" seront les grandes victimes du gouvernement à venir car ils devront travailler plus pour une pension qui ne sera pas plus élevée, juge la responsable syndicale. Le syndicat déplore également les mesures d'économies prévues et le saut d'index annoncé, qui continuera à peser durant toute la carrière du travailleur, celui-ci perdant, in fine, des milliers d'euros. "Si le CD&V qualifie cela de social ou souligne de soi-disant accents sociaux, alors je les invite à regarder une fois la définition du mot 'social' au dictionnaire", fulmine encore Chris Reniers.

Regardez les réactions tant de la FGTB que de la CSC et de la CGSLB: une condamnation unanime.

RTBF, avec Belga

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