Abdication du Roi: un scénario "plausible" mais "pas à l'ordre du jour"

Abdication du Roi: un scénario "plausible" mais "pas à l'ordre du jour"
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Abdication du Roi: un scénario "plausible" mais "pas à l'ordre du jour" - © Tous droits réservés

Le Roi Albert II va-t-il abdiquer en juillet 2013 comme le prétend le journal Le Soir? Le Prince Philippe est-il prêt pour assumer sa succession? A-t-il les compétences pour le faire? Ces questions ont clairement divisé les invités de l'émission Mise au Point ce dimanche.

La journaliste du quotidien Le Soir Martine Dubuisson a publié un article dans lequel elle avance qu’une abdication d’Albert II est prévue pour le 21 juillet 2013. Pour avancer une telle hypothèse elle s’est basée sur une "enquête fouillée" et des propos "recoupés au niveau politique et diplomatique". 

"Le scénario d’une abdication circule, Herman de Croo l’a dit à VTM, mais celui-ci n’est envisagé qu’à un moment opportun", précise-telle. Or le milieu de l’année 2013 pourrait justement être ce moment-là puisque "l’on aura voté le gros de la réforme de l’Etat". "Et, si l’on cherche une date symbolique", le 21 juillet est évidemment lourd de sens en tant que fête nationale ce d’autant plus en 2013 où il correspondra "quasi jour pour jour aux 20 ans de règne" d’Albert II.

"C’est un scénario, je n’ai évidemment pas une boule de cristal. Mais dire que ce n’est pas étudié et que cette date de 2013 ne revient pas", c’est se voiler la face pour Martine Dubuisson.

D'après Anne Quevrin, journaliste spécialisée dans les questions liées à la monarchie, le scénario développé par Martine Dubuisson est "plausible", mais quant à savoir s’il est "crédible, je ne peux pas me prononcer". "Je note que le Palais et le Premier ministre ont démenti", se contente de souligner l’ancienne présentatrice de "Place royale". En tout cas, cette dernière n’a, elle, "pas entendu de bruit allant dans ce sens".

"Le scénario est bien construit mais il est tout à fait non crédible"

Pierre-Yves Monette, lui, ménage moins l’hypothèse avancée par Le Soir.

D’après lui, si "certains hommes politiques et diplomates" disent que le 21 juillet 2013 coïncidera avec l’abdication d’Albert II, le Palais et le Premier ministre ainsi que les hommes que ce conseiller honoraire du Palais interroge lui "disent l’inverse".

Dès lors, il juge que "le scénario est bien construit mais il est tout à fait non crédible".

Il tient cependant à préciser que "l’abdication du Roi n’est pas un tabou"et ne doit pas l’être. Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien à l’ordre du jour aujourd’hui qu'il est exclu "que cela intervienne un jour".

Philippe Moureaux ne dit pas autre chose mais l’exprime avec son style habituel. "Je pense que nous sommes dans une pièce de théâtre", lâche le vice-président du Parti socialiste.

En tant qu’historien, il rappelle que les abdications peuvent intervenir pour des raisons de santé ou des raisons politiques. Or, dans le cas d’Albert II, ni les unes, ni les autres ne pourraient justifier une abdication à court terme, souligne-t-il.  

Plutôt que des sources politiques ou diplomatiques, "il faudrait surtout demander l’avis du souverain lui-même", estime le bourgmestre de Molenbeek. Il pense que l’on "a encore besoin d’Albert II", et pour un moment même puisque le Bruxellois avoue: "j’aimerais bien qu’Albert II soit encore là pour la formation du prochain gouvernement", soit en 2014 si le calendrier électoral est respecté. Quant à Herman De Croo, "il ferait bien de s’occuper de sa santé à lui" plutôt que de celle du souverain.

"Ce n’est pas du tout dans la tradition historique de la Belgique d’abdiquer"

Armand De Decker chante lui aussi les louanges du souverain et moque le scénario d’une abdication fixée au 21 juillet 2013. "Le Roi a rempli un rôle capital dans la crise que nous venons de connaître, il a d’ailleurs eu un rôle capital depuis le début de la crise 2007". "Il est déterminé à remplir son rôle jusqu’au bout. Ce n’est pas du tout dans la tradition historique de la Belgique d’abdiquer. Les rois des Belges sont tous restés sur le trône jusqu’au bout [à l’exception de Léopold III, ndlr]", a affirmé le mandataire MR.

Pierre-Yves Monette appuie cette conception d’un Albert II décidé à assumer ses responsabilités pour un moment encore. "Je ne suis pas dans les secrets du Palais mais je pense qu’il n’a aucune volonté de partir maintenant. Le Roi est un homme de pouvoir, il a bien rempli son rôle et continuera de le faire tant qu’il pourra donner une plus–value à ce qui se met en place".

Philippe serait-il prêt? A-t-il les compétences requises?

Pour Philippe Moureaux, "il est tout à fait légitime de dire" qu’une abdication est envisageable, "ce qui est un peu farce c’est d’annoncer la date mais bon, il faut bien s ‘amuser un peu", ironise l’ancien vice-Premier ministre.

La journaliste Anne Quevrin, elle, "imagine que le Palais pense à la succession en permanence. C’est ce qui rend crédible le scénario de Martine Dubuisson : il serait plus facile d’organiser la succession" que de devoir l’opérer dans l’urgence suite à un décès. "Mais ce seront les politiques et le Roi qui en décideront". Quoi qu’il en soit, d’après elle, "Philippe est prêt".

"Oui, il est prêt depuis longtemps", renchérit Pierre-Yves Monette à propos du Prince âgé aujourd’hui de 52 ans, même si certains pointent le fait que sa connaissance des responsables politiques du pays constitue un sévère désavantage par rapport à son père. "Une très bonne préparation serait de l’associer" plus avant et dès aujourd’hui aux contacts politiques du souverain afin de pouvoir être "plus vite opérationnel en cas de décès ou d’abdication".

"C’est clair qu’on pourrait l’associer plus", concède Martine Dubuisson qui souligne à propos de Philippe qu’il "va avoir 52 ans, est-ce qu’il faut attendre qu’il en ait avoir 75? Préparé il l’est". 

La préparation est donc acquise mais la compétence? "Il est n’est pas très à l’aise en communication, il n’ a pas la même aisance dans le rapport humain que son père". Toutefois, rappelle la journaliste, "la monarchie n’est pas basée sur la compétence mais sur la loi du sang donc oui, quand Albert cèdera le trône", c’est lui qui doit lui succéder.

Un constat implacable qui soulève évidemment la question de la légitimité de l’institution monarchique.

"Il y a un problème fondamental de légitimité de l’institution royale"

Philippe Bekaert, le président du Cercle républicain, a un avis tranché sur la question. "Il y a un problème fondamental de légitimité de l’institution royale", avance-t-il sans ambage. "Il ne s’agit pas de la compétence d’Albert ou de l’incompétence de Philippe. La question c’est celle de la légitimité. On ne se poserait pas ce genre de question si on était en république", estime ce républicain. Il est en outre d’avis que "la Belgique n’est pas si particulière qu’elle doive s’infantiliser en adoptant un système archaïque".

Un point de vue que réfute totalement Armand De Decker selon qui "l’avantage de la monarchie c’est en termes de stabilité, de prestige du pays et de garantie de l’engagement d’une famille à défendre les intérêts du pays, ce qu’aucune république n’a jamais eu".

Et pour rassurer sur la compétence de Philippe, le bourgmestre d’Uccle utilise un argument pour le moins étonnant. Rappelant que Philippe pilotait un avion de chasse dès ses 20 ans, le libéral estime que "quand on pense qu’à 20 ans, il pilotait seul un Mirage alors je pense que 30 ans après continuer à émettre des doutes sur sa compétence, cela n’a aucun fondement ".

Julien Vlassenbroek

 

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