Abdication d'Albert II: "Un choix inscrit dans son époque"

Des Belges se réunissent sur la place des Palais après l'annonce de l'abdication
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Des Belges se réunissent sur la place des Palais après l'annonce de l'abdication - © RTBF

Les politiques n'ont pas tardé à réagir à l'abdication d'Albert II, saluant le roi qu'il a été. Certains s'inquiètent également d'une possible crise institutionnelle.

Suivant le discours d'abdication d'Albert II, le gouvernement s'est exprimé par la voix d'Elio Di Rupo. "Le gouvernement fédéral exprime son respect et sa compréhension pour la décision du Roi. Sa sincérité, son courage et sa lucidité concernant sa décision méritent notre admiration", a déclaré le Premier ministre.
Plusieurs partis et personnalités politiques se sont eux exprimé par communiqué. Voici quelques réactions.
 
"Un ardent défenseur de la construction européenne"
 
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a exprimé ses plus sincères remerciements au Roi. "Tout au long de ses vingt années de règne, Il n'aura cessé d'être un ardent défenseur des valeurs qui sont à la base de la construction européenne", a commenté M. Barroso, cité dans un communiqué. "Je formule d'ores et déjà mes vœux les plus sincères à son fils Philippe, futur Roi des Belges, avec la ferme conviction qu'il poursuivra les liens privilégiés tissés depuis soixante ans entre la Belgique et les institutions européennes", ajoute-t-il. Depuis Strasbourg, où le Parlement européen siège en session plénière, le président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, a lui salué l'action d'Albert II, en lequel il voit "un ami de l'Europe". "Je remercie Sa Majesté le Roi Albert II, un ami de l'Europe, une source de stabilité, d'unité et d'inspiration dans son pays et ailleurs", a-t-il tweeté, en français et en néerlandais.
 
La peur d'une longue crise ?
 
La perspective d'une nouvelle longue crise politique après les élections de 2014 aura fait peur au roi Albert II, affaibli par l'âge et la santé, a estimé mercredi le président du Conseil européen et ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy.

Les cinq derniers années du règne d'Albert II ont été particulièrement difficiles pour le roi, dont le "mérite persistant" aura été d'assurer la stabilité", a commenté M. Van Rompuy sur les écrans de la VRT.

Le roi lui-même a évoqué son âge et sa santé pour justifier dans un message télévisé sa décision d'abdiquer en faveur de son fils Philippe.

Aux yeux de M. Van Rompuy, le prince est prêt pour reprendre la fonction royale. Mais il ne serait pas opportun selon lui de réfléchir aujourd'hui au futur rôle du roi. "Ce n'est pas le moment pour de grandes réformes institutionnelles", a commenté Herman Van Rompuy.

La N-VA salue l'homme
 
Les nationalistes flamands prennent acte de l'abdication du souverain. "Le Roi a atteint un âge auquel il a tout à fait le droit de se retirer de la vie active. Nous réalisons à quel point l'exercice de la fonction royale pèse lourd dans un pays démocratique divisé et bloqué", a souligné Bart De Wever. "Nous exprimons notre respect pour l'homme jovial et sympathique qu'Albert a toujours été. En tant que souverain, il a franchi les étapes supplémentaires vers le fédéralisme avec les accords de la Saint-Michel et a été au-delà en acceptant la réalité institutionnelle de ce pays. Il s'est aussi montré très humain dans des moments de crise comme la Marche blanche. Il est regrettable que l'affaire Boël ait à la fin terni sa réputation", a-t-il conclu.
 
Le CD&V a dit comprendre le choix du roi Albert II d'abdiquer, évoquant la fatigue physique d'un chef de l'Etat "refuge" des tensions communautaires.

"Ces dernières années, le roi s'est beaucoup investi en tant que refuge au cours des difficiles négociations communautaires et pour la formation d'un gouvernement", a fait observer le président du parti Wouter Beke.

"Ce rôle, le roi l'a rempli avec correction, mais cela lui exigeait physiquement toujours davantage. Maintenant que la sixième réforme de l'État est presque accomplie, nous comprenons que le roi lui aussi se voit octroyer un repos mérité".

Les chrétiens-démocrates flamands relèvent que le prince Philippe se trouve maintenant devant une tâche "pour laquelle il a été préparé pendant des années". "Nous lui souhaitons la force et l'inspiration pour remplir cette mission importante avec justesse", conclut Wouter Beke.

Un acte politique d'une grande portée

Par son choix d'abdiquer, le Roi a estimé qu'il devait favoriser sa succession pour préserver l'institution monarchique et éviter une polémique susceptible de déstabiliser le fonctionnement de l'Etat. Il a ainsi rendu un nouveau service éminent au pays, a commenté mercredi soir le président des FDF Olivier Maingain.

Olivier Maingain considère que la décision du Roi d'abdiquer est à la fois un choix personnel éminemment respectable et un acte politique d'une grande portée.

Au nom des FDF, Olivier Maingain par ailleurs exprimé sa vive reconnaissance au chef de l'Etat pour la manière dont il a assumé ses hautes responsabilités avec la volonté d'apaisement qui aura servi la fonction royale.

Voix dissonante

Le Parti des travailleurs de Belgique (PTB) estime mercredi, après l'annonce de l'abdication prochaine d'Albert II, que le "temps est venu pour un président élu au suffrage universel" au sein d'une circonscription fédérale unique.

"Nous actons l'abdication du roi Albert II. Partisan d'une république démocratique en Belgique, nous nous prononçons pour son remplacement par un président élu par tous les Belges dans le cadre d'une circonscription fédérale unique", a réagi Peter Mertens, président de la formation marxiste-léniniste dans un communiqué. "Le PTB est pour une république démocratique de Belgique, unitaire, multilingue, basée sur la coopération et la solidarité, pas sur la division et la concurrence. L'introduction d'une circonscription fédérale unique amènerait à élire des hommes et femmes politiques élus par une majorité de la population des différentes communautés, ainsi qu'un(e) président(e) de la République", plaide le parti. "Au 21e siècle, il n'y a pas de raison de garder une institution, reliquat du moyen âge, qui n'a rien de démocratique, qui s'est construit sur un passé colonial sanglant, qui coûte cher en temps de crise et qui n'est pas sous le contrôle de la population, comme l'a encore montré l'affaire de la fondation de Fabiola". "Nous nous inscrivons dans la tradition républicaine et marxiste de notre pays, celle qui a coûté la vie à Julien Lahaut pour ses convictions républicaines en 1950. " dit encore le président du parti de gauche. " Albert a maintenant droit à une retraite paisible, comme les travailleurs devraient y avoir droit aussi", conclut Peter Mertens. 

Sens de l'Etat

"Parfaitement inscrit dans son époque et dans la réalité multiple du pays, il a su jouer, tout au long de son règne, le rôle délicat qui lui incombait, avec une extrême finesse et un sens de l'Etat profondément empreint de réalisme", a commenté le chef des deux gouvernements du sud du pays, Rudy Demotte, dans un communiqué.
           
Il considère que le choix d'abdiquer est "inscrit dans son époque et dans une conception modernisée des institutions".
     
"La décision prise par le Roi à la veille de ses 80 ans de passer la main à son fils, le Prince Philippe est tout à fait compréhensible et je ne doute pas que le Prince Philippe remplira le rôle de 7e Roi des Belges avec sérieux et conviction. Cette décision montre une fois encore que sa Majesté Albert II agit avant tout dans l'intérêt de notre pays", a déclaré de son côté Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles.
 
Kris Peeters, ministre-président flamand, a estimé qu'Albert II a toujours traité les entités fédérées avec beaucoup de respect. Le chef de l'exécutif flamand souhaite au souverain en partance "encore bien des années de bonne santé".
 
Enfin, le ministre-président germanophone a souligné que le roi a toujours été très attentif aux préoccupations de la Communauté germanophone. "A plusieurs reprises, je lui ai fait part des réalités et des spécificités de notre communauté. Il suivait ces dossiers avec beaucoup de détermination et de continuité. A chacune de nos rencontres, il m'interrogeait sur les évolutions"
 
"Humilité et modestie"
 
Le cdH a tenu à saluer son rôle important dans la crise institutionnelle que le pays a traversé". "Notre pays lui doit d'avoir favorisé, avec le tact et la subtilité qui siéent à sa fonction, la formation  d'un gouvernement fédéral, au terme de la plus longue crise politique qu'ait jamais connue notre pays. Il a démontré par là en quoi la fonction royale moderne peut être ferment de vitalité démocratique et de bon fonctionnement des institutions. Durant tout son règne, le Souverain a réussi à exercer son rôle avec discrétion et efficacité". 
 
"Ces dernières années, alors que le pays connaissait une crise institutionnelle sans précédent, (le Roi) a en effet pu jouer la carte de l'apaisement, ou de la fermeté, à certains moments particulièrement difficiles", ont également constaté les co-président d'Ecolo, Emily Hoyos et Olivier Deleuze. "Il a su donner de l'air et du temps à celles et ceux qui essayaient de jeter des ponts et de construire des solutions équilibrées alors que d'autres tentaient de saborder ce travail".
 
Le président du PS, Paul Magnette a également souligné les qualités du roi sortant: "Tout au long de ses 20 années de règne, le Roi a porté un message de cohésion sociale et de solidarité à l'égard des personnes les plus vulnérables. Il a toujours rempli sa fonction avec humilité et modestie".
 
Même son de cloche du côté du MR qui salue le travail du roi et "sa réelle proximité avec les Belges, partageant avec eux les moments de malheurs et de bonheurs comme la finale belgo-belge de Roland-Garros en juin 2003 ou comme la mort de 10 paras au Rwanda, l'affaire Dutroux, la catastrophe de Ghislenghien ou récemment encore le drame de Sierre".
 
Tous ont également affirmé leur confiance dans les compétences de Philippe qui va donc succéder sur le trône à son père.
 
"Un talent pour consoler"
 
"Personnellement, je me souviens du talent du Roi pour consoler les gens et pour les aider à traverser la tragédie, de sa capacité d'écoute", a réagi Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre.
 
Au niveau politique, Guy Verhofstadt dit avoir "toujours été frappé par sa capacité à combiner un travail exigeant et prenant avec un grand sens de l'humour, même pendant les périodes de crise". "Dans l'exercice de ses importantes fonctions", le Roi "est toujours resté un homme ordinaire, un souverain proche de son peuple".
    
"Cela sert ceux qui veulent l'instabilité"
 
La décision "va servir ceux qui veulent l'instabilité", mais "elle peut aussi rassembler tous ceux qui veulent la stabilité", a-t-elle déclaré à l'agence 
Belga en marge de la session parlementaire à Strasbourg. Mais "ce n'est pas le moment d'une crise institutionnelle. Ce n'est pas une crise qui s'ouvre", 
ajoute l'ancienne vice-Première ministre.
     
Même son de cloche du côté du député PS Marc Tarabella. "Ce qui importe avant tout c'est que l'abdication du roi ne soit pas l'occasion pour certains de déstabiliser notre pays", dit-il.
 
"Pas un roi de transition"

Les premières réactions avaient commencé avant même l'annonce alors que la rumeur enflait dans l'après-midi. "C'est évidemment une surprise", réagissait Daniel Bacquelaine, le chef de groupe MR à la Chambre, le premier à s'exprimer au micro de la RTBF. "C'est un Roi qui a marqué son règne. Ça n 'a pas été un roi de transition comme certains l'avaient dit et on sait le rôle majeur qu'il a joué et joue toujours".

"Je l'ai découvert sur Twitter... Je me suis dit manifestement quelque-chose se passe", glissait pour sa part la cheffe de groupe cdH à la Chambre Catherine Fonck. Pour elle, dès jeudi à la Chambre, "il s'agira de répéter combien la monarchie peut apporter de la stabilité à notre pays". "Le roi est toujours extrêmement attentif aux familles et aux politiques qui peuvent améliorer le quotidien de ces familles", se souvenait encore l'ancienne ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quant au choix de la date, "c'est un moment choisi positivement pour que les choses se passent le mieux possible, pour porter l'avenir de la Belgique".

Albert II portait le titre de Prince de Liège avant de devenir roi. Ce titre avait été octroyé par le roi Léopold III à son plus jeune fils. Devenu roi des Belges le 9 août 1993, Albert II ne porte plus le titre de prince de Liège depuis cette date. "Je ne pense pas qu'il puisse redevenir prince de Liège après avoir abdiqué, car il gardera toujours le titre de Roi", a précisé le gouverneur de la province de Liège, Michel Foret. "Ces dernières années, le Roi et la Reine ont été d'une présence constante lors de tous les événements dramatiques que Liège a subis, comme la catastrophe de la rue Léopold ou encore la fusillade de la place Saint-Lambert. Sur un plan plus heureux, le Roi nous a également soutenus lors de la candidature de Liège à l'expo 2017. Le Roi a toujours eu une certaine proximité, le souci d'être proche des gens."

T.N. (@thomasnagant) et J.C.

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