À Votre Avis : la Belgique championne d'Europe du redoublement scolaire

Le débat d’hier soir, sur le plateau d'À Votre Avis, était dédié à l’enseignement en Belgique francophone.

C’est un secteur bien médiocre puisque Les chiffres de l’OCDE publiés en 2015 sur le taux d’échecs dans l’enseignement belge francophone est sans appel. Alors que la moyenne pour les élèves de 15 ans ou moins des pays de l’OCDE est de 12 %, en Belgique francophone, nous en sommes à 46 %. Ce chiffre va même jusque 60 % si l’on monte en 5e secondaire. Ce résultat offre largement le bonnet d’âne à la Belgique au niveau européen. Cerise sur le gâteau, d’après Ariane Baye, docteure en Sciences de l'éducation et chargée de cours à l'ULg, le redoublement des élèves coûte plus de 10 % du budget de l’Enseignement et est, dans la majorité des cas, inefficace voire nul. D’ailleurs, l’école c’était mieux avant. En tout cas, d’après Martine Letellier, professeure d’histoire, aujourd’hui à la retraite, le niveau d’enseignement a perdu deux ans. C'est-à-dire qu'un cours qu'elle donnait récemment en 6e, elle le donnait auparavant en 4e.

Un très mauvais résultat qui se sent aussi dans le monde professionnel. Le taux d’emploi vacants en Belgique est aussi le plus élevé d’Europe. "C'est une catastrophe ! Aujourd'hui, on se retrouve avec 26.000 emplois vacants en Wallonie alors qu'on a 205.000 demandeurs d'emplois.[...] Cela veut dire que les entreprises ne trouvent personne avec les compétences requises", déplore Olivier de Wasseige. Lorsqu'on lui demande quelles sont les compétences de base qui ont disparu, il déclare que beaucoup ne sont plus capables de lire et interpréter un manuel rédigé en français.

Dans la réforme de l’Éducation, un pacte fait beaucoup parler de lui : le pacte d’excellence. Et il est loin de faire l’unanimité auprès des politiques, des professeurs et des parents d’élèves. D’ailleurs, 600 personnes issues de l’enseignement se sont réunies hier matin à la gare de Guillemins pour revendiquer une hausse salariale et pour protester contre ce fameux pacte d’excellence. L’un des grands chapitres de cette nouvelle mesure est l’instauration d’un tronc commun, dont le vote qui devait être fait hier, a été reporté après Pâques. Le tronc commun prévoit un programme similaire pour tous les élèves de 5 à 15 ans, un système qui fonctionne déjà à l’étranger, d’après la ministre de l’Éducation, Marie-Martine Schyns.

Mais à l’état actuel, ce tronc commun belge est loin de convaincre tout le monde. Françoise Bertieaux, députée MR au parlement Wallonie-Bruxelles déplore, entre-autres, la diminution d’heures de français et de mathématiques pour du latin et des cours de technologie. "Quand vous verrez qu’on attend d’un élève de 3e secondaire qu’il sache nommer : le presse-purée, le mixeur, le batteur, le grille-pain. C’est un document officiel. Désolée mais on parle du bagage minimum. Est-ce que c’est ça le bagage minimum d’un élève ?"

À noter que le tronc commun, en lui-même n’est pas une mauvaise idée. Françoise Bertieaux précise qu’il faut se méfier de la version belge, telle qu’elle se présente à l’heure actuelle.

Pas de CEB, mais les secondaires tout de même accessibles

L’une des autres nouveautés est que la réussite du CEB n’est plus nécessaire pour avancer vers l’enseignement secondaire. Au lieu de redoubler, l’élève passera mais il devra suivre des cours de remédiations. La ministre de l’Éducation tient à le préciser : le CEB ne sera pas supprimé et restera certificatif. D’ailleurs, il est déjà possible de passer en première année de secondaire sans le CEB via l’enseignement spécialisé.

Mais selon Martine Letellier, les cours de remédiation prévus par le nouveau système viennent beaucoup trop tard.

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