André Flahaut: "Enseigner l'arabe pour améliorer le vivre ensemble"

Après avoir suscité la polémique en proposant de promouvoir l'enseignement de la langue arabe, André Flahaut est venu s'expliquer sur le plateau d'A Votre Avis. Et les critiques qui l'accusent d'électoralisme n'ont pas d'effet sur lui : il maintient sa position et la défend. 

D'emblée, André Flahaut calme les esprits et balaye les critiques qui sont apparues sur les réseaux sociaux : "Il n'est pas question de substituer l'apprentissage de la langue arabe à celui des langues traditionnelles comme le français, le néerlandais ou l'anglais", précise le ministre wallon du Budget, qui ajoute que ce ne serait qu'une option et pas un cours obligatoire.

Il rejoint d'ailleurs son adversaire du soir, Françoise Bertieaux, députée MR, qui insiste sur la nécessité de renforcer d'abord les acquis de base, et notamment le français, avant de proposer l'arabe. André Flahaut se dit d'accord avec cette proposition, et voit plutôt l'apprentissage de la langue arabe comme une ouverture vers l'autre. "Lorsque l'on veut vivre ensemble, il faut apprendre la culture, et la langue est un passage pour apprendre la culture". Il ajoute qu'il ne place pas l'apprentissage de l'arabe comme une priorité pour obtenir un emploi, mais précise que cela peut effectivement jouer un rôle : "À Bruxelles, certaines boutiques demandent la maîtrise de l'arabe, et pas forcément dans les quartiers auxquels les stéréotypes nous feraient penser, comme Molenbeek".

"Quoi que l'on fasse en politique, on est critiqués"

Forcément, les soupçons d'électoralisme font leur apparition: "Monsieur Flahaut s'est certes moins illustré que d'autres dans sa formation politique à chercher des voix dans une communauté particulière, mais je vois sur le terrain un certain nombre de collègues socialistes qui font réellement du communautarisme. Nous sommes dans une année d'élections communales, donc nous sommes tous plus suspects, dans une année comme celle-ci, de faire des choix plus électoralistes que d'autres", estime Françoise Bertieaux. Pour André Flahaut, le problème c'est qu'à chaque fois que les hommes et femmes politiques font quelque chose, ils sont toujours suspectés de le faire par intérêt. "Je préfère être critiqué pour être présent, avoir fait ou avoir dit quelque chose, affirme André Flahaut. Si ma démarche était vraiment électoraliste, je me serais tu dans toutes les langues. Parce que, quand on voit les réactions, objectivement je vais sans doute perdre des votes. Des gens me disent qu'ils ne vont plus voter pour moi parce que je veux soi-disant imposer l'arabe dans les écoles." 

Pourquoi l'arabe? 

Alors qu'une dame présente dans le public se demande pourquoi on proposerait l'arabe et pas le swahili, pour prendre un autre exemple, André Flahaut justifie ce choix par l'importance de l'arabe au niveau mondial. L'arabe est en effet la cinquième langue au niveau de l'ONU, et a une portée très large puisque des millions de personnes le parlent, affirme le membre du Parti socialiste.  

Dépasser la peur de la langue arabe

Si les réactions à la déclaration d'André Flahaut ont été aussi vives, c'est sans doute dû à une certaine peur vis-à-vis de la langue arabe. C'est en tout cas ce qu'affirme Brigitte Maréchal, directrice du Centre interdisciplinaire d'études de l'Islam dans le monde contemporain : trop souvent, on confond encore arabe et islam. "Tous les arabes ne sont pas musulmans, insiste Fadi Benaddi, président du Conseil du centre culturel arabe. L'arabe peut être musulman, juif, chrétien, agnostique, athée...". Et cet amalgame crée des peurs, selon Brigitte Maréchal, surtout depuis les attentats islamistes. Faut-il y voir une corrélation avec le nombre d'étudiants qui choisissent l'arabe? Ce n’est en tout cas pas la langue la plus enseignée à l’Institut Marie Haps, répond Patricia Giot, directrice adjointe de l’institut. La langue la plus choisie par les 2.500 à 3.000 étudiants inscrits n’est en effet autre que le japonais. L’arabe, lui, ne vient qu’après la langue de signes. " Nous avons tout de même plus de 150 étudiants qui étudient l’arabe classique. C’est là une volonté pour eux d’aller au-delà des dérivées de l’arabe qu’ils apprennent à la maison ".

Un débat pas si neuf que ça

Le débat autour de l’introduction de cours d’arabe dans les écoles suscite la polémique. De quoi attiser la jalousie d’autres communautés comme la communauté italienne qui, elle, n’a pas eu droit à "son débat"? " Je ne sais pas si le débat n’a pas été mené autour des Italiens… ", souligne ironiquement Melchior Di Gregorio, animateur radio sur radio Prima, une radio dédiée à la communauté italienne. "Il a eu lieu. Nous avons appris l’italien en classe grâce à des subsides qui venaient d’Italie accompagnés de professeurs italiens. Puis nous avons créé notre radio pour la communauté italienne de Liège". La radio va d’ailleurs aujourd’hui plus loin. Elle s’adresse à plusieurs communautés. L’italienne, bien sûr, l’espagnole, la slave mais également la française. Et ces communautés sont chaque jour plus nombreuses à réclamer de l’espace. "Il faudrait presque une deuxième, voire une troisième radio pour leur donner à toutes de la place, nous attendons le plan de fréquences" sourit Melchior Di Gregorio.

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