À Votre Avis : 70 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite

À Votre Avis : 70 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite
À Votre Avis : 70 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite - © LUDOVIC MARIN - AFP

En moins d’une semaine, la Belgique est secouée par deux féminicides. Force est de constater que ce phénomène prend une inquiétante ampleur. Vendredi passé, Aurélie Montchery est victime d’un meurtre prémédité à Bouffioulx. Hier soir, c’est à Wevelgem qu’une femme de 36 ans a été tuée par son ex-compagnon après l’avoir harcelée et menacée. Le point commun entre les deux auteurs des faits ? Ils étaient connus de la justice. L’un avait été arrêté en septembre, suite à une plainte pour coups et blessures, mais a été remis en liberté sous condition. L’autre était connu pour des problèmes de drogue.

Une victime de violences conjugales a accepté de témoigner sur le plateau et son histoire fait froid dans le dos

À entendre ce témoignage et sachant que 21 féminicides ont été commis cette année en Belgique (une femme décède de violences tous les dix jours parce qu’elle est une femme), il parait légitime de se demander si la justice fait le nécessaire pour protéger les femmes. " Je ne dis pas que rien n’est fait mais au niveau de la police et de la justice, il y a énormément de lacunes ".

70 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite. D’ailleurs, la Belgique a été condamnée, par la Cour européenne des droits de l’Homme, pour ne pas avoir donné suite à une affaire de viol. Et tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un manque de budget. Actuellement, la majorité des moyens sont affectés à l’anti-terrorisme et à la lutte contre la drogue. Selon nos invités sur le plateau, les violences contre les femmes doivent devenir une priorité. Dans ce cas, un féminicide devrait-il être considéré comme une circonstance aggravante et donc, être puni plus sévèrement qu'un homicide ? Cette circonstance aggravante existe déjà et permet d’obtenir la peine à perpétuité mais Nadia Laouar, substitut général du procureur du roi de liège, explique qu’elle est très peu utilisée car difficile à prouver.

Pour Diane Bernard, membre de l’association Fem&L.A.W., alourdir la peine n’est pas la solution adéquate : " Alourdir la peine, pourquoi ? Est-ce que mettre des gens cinq, dix ou trente ans en prison sans les accompagner va changer quelque chose ? Il faut se demander comment on peut changer les choses et éviter des récidives ".

Alors, quelle est la solution pour prévenir tout acte de violence envers les femmes ? L’idée de l’instauration d’un bracelet anti-rapprochement a été posée sur la table d’À Votre Avis. Ce dispositif fait déjà ses preuves en Espagne et sera bientôt introduit en France. Et en Belgique ? Le cdH a déposé une proposition de loi en ce sens à la chambre, qui sera d'ailleurs discutée demain. Mais encore une fois, pour que cela marche, comme en Espagne, il faut y mettre les moyens. Pour Vanessa Matz, députée fédérale cdH, ce bracelet pourrait être prévu à trois stades : " avant, après et pendant ". En d’autres termes, le bracelet peut être utilisé à des fins de prévention, avant toute procédure judiciaire. Il pourrait aussi faire office d’alternative à la détention préventive et le dernier cas de figure concerne les conditions probatoires à une condamnation.

Toujours est-il que l’efficacité de ce bracelet n’est pas optimale. Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État à l’égalité des chances (PS), met l’accent sur la nécessité d’une meilleure prévention et indique, parallèlement, qu’un projet pilote est en cours dans la zone de Gand. Il s’agit d’un téléphone de grand danger, remis aux victimes, qui permet de prendre directement contact avec la police.

On a pu l’entendre dans le témoignage, même si la femme sent le danger, il est difficile pour elle de le fuir. Cela peut être pour des raisons financières, elles peuvent aussi être liées à leurs enfants, mais le problème majeur, c’est le logement. Les violences conjugales sont une cause directe du sans-abrisme. Sauf qu’aujourd’hui, Diane Bernard le souligne, le Parquet peut interdire à tout moment, l’accès au logement, à l’auteur des violences. Ce n’est pas une solution pour Ariane Dierickx puisque l’adresse est connue alors que selon elle, les victimes préfèrent se mettre à l’abri de toute menace.

Et ce problème, le gouvernement bruxellois précédent a essayé d’y pallier. Il a mis en place une mesure qui vise à imposer aux sociétés de logements sociaux un quota de 3 % de logements attribués aux victimes de violences. Mais d’après Ariane Dierickx, une condition à cette mesure ajoute une violence à la violence.

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