À quoi pourrait ressembler la commission « vérité et réconciliation » sur la colonisation du Congo ?

Après les discours et les cérémonies, après les "profonds regrets" et l’affirmation royale que "ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés", il est l’heure d’entrer, pleinement, dans le processus devant mener à la mise en place d’une commission "Commission de la vérité / de la réconciliation" proposée par le président de la Chambre, l’Open VLD Patrick Dewael. Après un vote par la Chambre le 17 juin, le travail a débuté assez rapidement en Commission des relations extérieures, qui est chargée de déterminer le "scope" de la future commission. Ainsi, les députés membres de la Commission relations extérieures ont demandé au Musée royal d’Afrique central (MRAC) et aux services des Archives de l’Etat (AE) "un avis détaillé sur la faisabilité d’une telle mission, sur les différents aspects (historiques, sociologiques, etc.) qu’une telle mission devrait comporter, ainsi que sur l’expertise multidisciplinaire (belge et africaine) nécessaire pour la mener à bien" comme on peut le lire dans cette note écrite par le MRAC et les AE. Dans ce document daté du 30 juin qu’un vent favorable nous a transmis, on peut lire que la conférence des présidents de la Chambre a fixé des conditions préalables "importantes" : "l’intention n’est pas de créer une commission de vérité au sens sud-africain, mais de réfléchir à la manière dont nous traitons notre passé colonial et d’essayer d’en tirer des leçons. Il est fait référence à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance, à la gestion du patrimoine historique et culturel, etc. La mission devrait couvrir l’ensemble de la politique coloniale belge, y compris donc le Rwanda et le Burundi. Ce sont non seulement des experts belges (historiens) mais aussi des experts africains qui sont invités à participer à la rédaction d’une note préparatoire. Il convient également d’examiner comment les victimes peuvent être impliquées dans cette étude et quelles seront les conséquences juridiques et financières (indemnités)."

D’abord un premier rapport préliminaire

Les deux institutions fédérales proposent donc, pendant les vacances parlementaires, qu’une première note soit rédigée. Il s’agira, écrivent le MRAC et les AE, de

  • Clarifier l’état de la recherche nationale et internationale
  • Clarifier la disponibilité et l’accessibilité des archives pertinentes
  • Clarifier le degré d’unanimité scientifique concernant le passé colonial belge et ne pas se contenter de reconstituer les faits, mais de les désigner également
  • Expliquer la recherche scientifique sur la relation entre ce passé et le racisme, la xénophobie et l’intolérance
  • Établir un "status quaestiones" : un état de la question vulgarisée spécifiquement destiné au monde de l’éducation
  • Donner un aperçu des actions symboliques et autres menées par d’autres pays par rapport à leur passé colonial ou leur passé chargé d’émotions et de la manière dont ces actions peuvent avoir un effet conciliateur en général ou en particulier

Sacré programme, donc. Certaines questions très précises devront être abordées par cette note : "quels sont les points de vue historiques sur lesquels il existe un consensus parmi les historiens, en particulier sur les violations des droits de l’homme, le racisme et la ségrégation institutionnels, la violence structurelle, le travail forcé, l’exploitation économique" ; "dans quelle mesure d’autres actions concrètes telles que la communication gouvernementale, les cours et la formation de fonctionnaires et / ou de la police, le soutien financier aux initiatives publiques, la restitution du patrimoine volé ou non volé, la coopération au développement et la politique étrangère, etc. peuvent avoir un impact sur l’attitude et le changement de comportement de la population à l’égard du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance", entre autres.

Quelle composition ?

Et pour rédiger ce rapport, les deux institutions proposent la mise en place d’un groupe de 20 personnes – 12 hommes et 8 femmes, 8 néerlandophones et 12 francophones, de Belgique et du Congo – amenés à rédiger pour le 15 septembre ce premier rapport. Ce groupe d’experts n’est pas automatiquement amené à être les experts scientifiques de la Commission "vérité et réconciliation" en tant que telle, mais tout de même, ces 20 personnes pourraient être importantes à l’avenir. Et c’est ici qu’on sent poindre une certaine inquiétude de la part de certaines personnes impliquées et amenées à collaborer avec la future Commission. Sous couvert d’anonymat, un expert des questions coloniales tique : "Déjà, mettre un président, un vice-président, des secrétaires, c’est le passé. Aujourd’hui, on travaille de façon horizontale. Cela démontre un certain conservatisme dans la structure. Conservatisme qui se confirme à la lecture de certains noms." Le document en notre possession indique précisément les noms et qualités des experts proposés par le MRAC et les AE, qui n’ont, selon la note, pas encore été sondés sur leur disponibilité ou leur envie de participer à la rédaction de ce rapport préliminaire, raison pour laquelle nous n’évoquerons aucun nom. Mais notre interlocuteur n’en démord pas : "On va clairement s’en tenir aux enjeux traditionnels du débat, et ne pas aller plus loin. Il n’y a quasiment que des historiens. Où sont les sociologues, les anthropologues à même d’analyser la situation actuelle et l’impact de la colonisation aujourd’hui ? Le débat public actuel, qui est de qualité, est-il vraiment la priorité de ces institutions [comme le MRAC et les AE] qui ont l’habitude d’être prises pour des références ? Il y a de nombreux chercheurs plus jeunes qui feraient parfaitement l’affaire."

Après les "regrets" royaux et une quasi-unanimité politique pour se diriger vers des excuses officielles suivant les conclusions de la Commission, il se pourrait bien qu’il y ait déjà comme de la friture sur la ligne de la vérité et de la réconciliation.

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