À Gand, le changement de bourgmestre, c'est sûr... et de majorité? À voir

Daniel Termont, bourgmestre Sp.a sortant, ne se représente pas. Mathias De Clercq, 1er échevin Open Vld, se verrait bien à sa place
Daniel Termont, bourgmestre Sp.a sortant, ne se représente pas. Mathias De Clercq, 1er échevin Open Vld, se verrait bien à sa place - © Belga

Non, il n'y a pas qu'Anvers parmi les villes de Flandre à enjeux pour ces communales d'octobre 2018 ! Gand promet aussi une soirée électorale à suspense. Avec pas mal de partis qui espèrent tirer leur épingle et pouvoir peser sur l'attribution au final de l'écharpe maïorale. Pour une ville ancrée à gauche depuis de quelques législatures, mais avec l'aide des libéraux, résultat d'une stratégie mise au point dans les années 80.

Une alliance contre nature ?

C'est en 1988 que socialistes et libéraux flamands ont conclu le contrat qui, aujourd'hui encore, sert de décor au scrutin à venir. A ce moment-là, Luc Van den Bossche, homme-fort du SP, et Guy Verhofstadt, patron du PVV (futur Open VLD) décident du sort de Gand et promettent de s'allier au pouvoir, avec pour idée que le parti le plus fort des deux détienne le poste de bourgmestre. Sauf que si l'alliance de 1988 écartent durablement les chrétiens-démocrates, elle va bénéficier avant tout aux socialistes. Avec Gilbert Temmerman bourgmestre de 1989 à 1994, puis Frank Beke 1994-2006, et enfin Daniel Termont depuis 2006. En 2006, Spa-Spirit obtenait 31,6% des voix (17 sièges sur 51) et Vld-Vivant 21% (11 sièges).

Daniel Termont a été réélu en 2012 avec son cartel Sp.a-Groen, décrochant une majorité absolue de 26 sièges sur 51 au conseil communal (45,5%) et un record personnel de 44.561 voix de préférence. Du jamais vu! Daniel Termont qui décidait de poursuivre, malgré cette majorité absolue, son alliance avec les libéraux de l'Open VLD et Mathias De Clercq 1er échevin... Mais avec des libéraux ayant senti le vent du boulet et vécu le fait de ne plus être nécessaires aux socialistes (16,5% des voix et 9 sièges) pour occuper le pouvoir.

Le spectre des affaires, le départ de Daniel Termont

Sauf que cette dernière législature 2013-2018 a été loin d'un long fleuve tranquille pour la majorité sortante et pour le sp.a en particulier. Avec au plan communal stricto sensu un plan de mobilité anti-voitures et pro-vélos qui a eu bien du mal à s'imposer. Et surtout des affaires qui ont égratigné certaines éminences de la ville. A commencer par le bourgmestre sortant le sp.a Daniel Termont à qui on a reproché ses liens un peu trop forts avec les patrons de Ghelamco (promoteurs du stade Arena de football de Gand), avec Jeroen Piqueur le patron de la banque Optima en faillite à laquelle la ville de Gand s'était retrouvée associée, ou encore les remous de l'affaire de la S.A. Publipart, dans la foulée de la wallonne Publifin, histoire de jetons de présence et de primes élevées pour des administrateurs publics. Une affaire qui là a poussé à la démission de Publipart, de son poste d'échevin et surtout de sa position de tête de liste sp.a (et successeur annoncé de Daniel Termont) de Tom Balthazar, annoncé comme le nouveau leader des socialistes dans la ville... ceci alors qu'âgé de 65 ans, Termont avait annoncé son intention de passer la main et de ne pas se représenter en octobre 2018. Il pousse la liste Sp.a-Groen cette fois à la 53ème place. A qui iront ses 44.000 voix de préférence désormais libérées ?

Le combat des chefs : qui bourgmestre ?

Pour les élections du 14 octobre, Gand verra s'affronter une petite dizaine de listes différentes. Sp.a et Groen font une fois encore cartel commun, surfant sur des sondages qui restent bons, l'érosion des socialistes se voyant visiblement compensées - pour le moment - par le boom des Verts flamands. Avec pour tête de liste finalement Ruddy Coddens, échevin sortant chargé des affaires sociales, lié au CPAS de la Ville, et plutôt populaire localement (même si en 2012 il n'a recueilli directement que 4155 voix, 10 fois moins donc que son mentor Daniel Termont). Auront-ils encore une majorité absolue ? A voir... 

En face, l'Open VLD, les libéraux retournent au combat avec la même tête de liste qu'en 2006 et 2012 : Mathias De Clercq, 36 ans, petit-fils de Willy De Clercq, 1er échevin sortant (11.088 voix de préférence en 2012), qui ronge son frein, et qui espère faire cette fois de l'Open VLD la première force, avec une sorte de slogan implicite "ou bourgmestre ou rien". Il se murmure déjà que s'il n'avait pas le mandat, son parti lui trouverait un destin national - il a déjà été député fédéral de 2007 à 2014, et est député flamand depuis 2014. L'échevin Open VLD des Finances Christophe Peeters deviendrait alors 1er échevin. 

En 2012, la N-VA, menée par Siegfried Bracke, ancien journaliste politique vedette de la VRT, s'était imposée comme le 1er parti d'opposition avec 17,09% et 9 sièges pour le parti et 8570 voix pour Bracke, devenu depuis président de la Chambre. En 2018, la N-VA se met à rêver de prendre la ville, pourquoi pas avec une éventuelle coalition suédoise avec Open Vld et Cd&V. Des nationalistes flamands qui ont eu bien du mal à se mettre en ordre de bataille et qui ont épuisé 3 têtes de liste... Siegfried Bracke, très critique envers Daniel Termont et "donneur de leçons" dans les dossiers Optima et Publipart, est devenu l'"arroseur arrosé" après des révélations sur les primes qu'il touchait lui-même auprès de Télénet comme membre du conseil consultatif de l'opérateur télécom depuis 2011. Ce qui lui permettait d'arrondir ses fins de mois avec une consultance privée pour 1000 euros brut par mois, plus 2000 euros par réunion... Un poste dont il démissionnait tout en étant très fragilisé au sein même de son parti. Il perdait la tête de liste au profit d'Elke Sleurs, ex-secrétaire d'Etat au fédéral, que le président de la N-Va envoyait jouer les "démineurs" à Gand. Sauf que Sleurs et Bracke allaient se quereller sur la future liste, sur la place même qu'occuperait le président de la Chambre mis sur la touche. Résultat au final : l'apparition d'une nouvelle tête de liste, le députée européenne Anneleen Van Bossuyt. Ceci alors que Elke Sleurs pousse la liste à la 53ème place, et que Sigfried Bracke figure bon 27ème, dans le "ventre mou" de la liste. 

Ajoutons la liste CD&V, des chrétiens-démocrates flamands dans l'opposition depuis plus de trente ans. Menés cette fois par Mieke Van Hecke, 70 ans, ancienne patronne de l'enseignement catholique flamand, et réputée plutôt à gauche, ce qui pourrait contrecarrer les rêves N-VA d'une alliance "suédoise"; la pression sera forte sur le CD&V pour ne pas qu'il penche pour une alliance avec le cartel sp.a-Groen. 

Le Vlaams Belang, qui ne compte plus que 3 élus, aura pour tête de liste pour la 3ème fois l'ex-député fédéral Johan Deckmyn. Le PVDa, Parti des travailleurs de Belgique, qui n'a pas d'élu à Gand tant la gauche y a déjà aspiré tous les suffrages, sera mené par Tom De Meester, par ailleurs grand spécialiste des dossiers "énergie", l'homme dont on dit qu'il a poussé à la démission la ministre flamande Open Vld du Budget Annemie Turtelboom empêtrée dans sa taxe sur l'énergie ("turteltaks"). Une éventuelle poussée de ce PVDA pourrait coûter des voix à une majorité Sp.a-Groen. 

Bref, la ville de Gand et ses 260.000 habitants, devrait faire l'objet de toutes les attentions ce 14 octobre, enjeu d'une solide lutte entre gauche et droite. Et non, il n'y a pas qu'Anvers à surveiller ce dimanche...

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